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Crise du ciment à l?horizon

6 décembre 2005, 20:00

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L?industrie de la construction pourrait être en crise dès l?année prochaine. En effet, le groupe Lafarge qui importe plus de la moitié des besoins du pays en ciment, pourrait arrêter ses opérations dès janvier 2006.

Lafarge Mauritius Cement, importateur du ciment de la marque Baobab, réclame la mise en place d?un système automatique d?indexation du prix du ciment et la révision de la marge des importateurs.

?Nous sommes dans une situation financière intenable. La continuité de nos activités sur le territoire mauricien est remise en question?, lâche le directeur général du groupe Lafarge Mauritius Cement, Hédi Rafaï.

Les comptes de résultat de la compagnie est en zone rouge. Les pertes de la société pour l?année financière 2004-2005 avoisinent les Rs 30 millions. Son concurrent, Holcim, qui commercialise le ciment Kolos, a lui essuyé des pertes cumulées de Rs 50 millions pour ces deux dernières années.

Ainsi la maison mère du groupe Lafarge a dépêché ses représentants à Maurice, le mois dernier, pour discuter officiellement de la situation avec la direction de la State Trading Corporation (STC).

Un comité sur les prix

Une réunion est recherchée ce mois-ci, avec le ministre des Finances et celui du Commerce. Au ministère du Commerce, on a déclaré n?avoir aucun commentaire à faire.

Le directeur général de Lafarge Mauritius Cement affirme ne pas vouloir faire de chantage au gouvernement. Pas plus qu?il ne remet en cause sa politique sur le contrôle des prix. Mais il estime que son application doit se faire d?une manière rationnelle afin que sa société puisse être rentable.

?Nous ne sommes opposés à ce que la STC entre en concurrence avec nous. Mais nous ne pouvons pas continuer à subventionner l?importation du ciment?, affirme ce dernier.

De son côté, Holcim n?envisage pas la cessation immédiate de ses activités. La société a fait une demande aux autorités concernées afin de créer un comité sur la politique des prix pour 2006. ?Si rien de concret n?est proposé, on va commencer à réflechir sur la viabilité de notre business à Maurice?, affirme Pascal Naud, directeur général d?Holcim.

La STC n?importe que le quart de la consommation annuelle, mais cela a un impact direct sur le prix du ciment. En choisissant son fournisseur, elle se retrouve avec un coût qui est utilisé comme référence par le ministère du Commerce pour fixer le prix du ciment.

La STC importe 150 000 tonnes de ciment par an, qu?elle vend aux groupes Lafarge (Baobab) et Holcim (Kolos) qui se partagent le marché. Ces entreprises importent également leurs propres ciments vu que la consommation annuelle du pays tourne autour de 630 000 tonnes. Le groupe Lafarge vend 380 000 tonnes de ciment sur le marché contre 250 000 tonnes pour le groupe Holcim.

Un hub du ciment pour la région

Selon Hédi Rafaï, pour résoudre le problème que rencontre les importateurs, deux solutions s?imposent. D?une part, il faut la mise en place d?un Automatic Price Mechanism comme sur les produits pétroliers pour permettre de corriger la variation de change. Surtout que la dépréciation de la roupie par rapport au dollar ne fait que s?accentuer.

D?autre part, il faut revoir la marge de profit sur le ciment, qui est restée inchangée depuis 2002. ?Nous avons une marge de Rs 25,30 sur le sachet de ciment. Elle comprend l?emballage, les frais d?opération, l?électricité?, explique Hédi Rafaï. Il rappelle qu?il y a eu plusieurs augmentations, notamment du pétrole, ce qui a eu pour effet de gonfler les coûts.

Par ailleurs, le groupe avait envisagé de créer un hub régional en 2006. L?investissement tournerait autour de Rs 70 millions et nécessiterait une transformation du terminal.

L?idée était de réexporter en vrac ou en sachet par bateau du ciment vers les pays tels que Madagascar et Mayotte. Les sources d?approvisionnement serait l?Inde ou les Philippes. Madagascar et Mayotte importaient du ciment du Kenya jusqu?à récemment. ?Le Kenya n?arrive plus à satisfaire sa propre demande. Il doit importer de l?Inde?, souligne Hédi Rafaï.

Or il faut quatre jours en mer pour relier le Kenya à Madagascar et il faut compter dix jours si la source d?approvisionnement se trouve en Inde. Pour réduire les coûts, il faut de gros bateaux.

Contrairement à Madagascar ou à Mayotte, Port-Louis possède la logistique nécessaire pour accueillir les gros navires. D?où l?idée de créer ce hub. ?Ce projet sera remis en cause, si nous arrêtons l?importation du ciment à Maurice?, affirme Hédi Rafaï.

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