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Crise de l''euro: la Grande-Bretagne, insulaire et isolée

13 décembre 2011, 20:00

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Crise de l''euro: la Grande-Bretagne, insulaire et isolée

Le Premier ministre britannique conservateur David Cameron a défendu lundi devant les députés son veto contre un nouveau traité européen. David Cameron ose tourner le dos à l''''Europe de demain pour protéger la City d''hier, écrit l’essayiste français  Edouard Tétreau dans L’Express.fr mardi. Une analyse pertinente dont nous reproduisons de larges extraits.

« Y a-t-il quelque chose de pourri dans le royaume de Shakespeare? », se demande l’auteur. Avant d’affirmer que ce pays est de nouveau « l''homme malade » de l''Europe : près de 4 millions de ses enfants vivent au-dessous du seuil de pauvreté,  un million de ses jeunes (16-24 ans) sont au chômage, et ses  ménages sont aussi surendettés que leurs homologues américains. Le Royaume Uni détient le record mondial de déficits publics (rapportés au PIB), derrière la Grèce en ruines et l''Egypte en révolution. Sa croissance est quasi nulle, son inflation, à 5%.

Malgré ce constat des plus amers, l’essayiste rappelle  que les Britanniques ont su garder leur sens de l''humour. « Celui du chancelier de l''Echiquier donnant des leçons de finances publiques (sic) à ses confrères européens. Celui des agences de notation tirant à vue depuis leurs desks londoniens sur les dettes des Etats européens, multipliant des oukases truffés d''erreurs, et des fuites organisées dignes de la presse Murdoch. Celui, hélas, du Premier ministre David Cameron », poursuit Edouard Tétreau. 

L''Europe a besoin de la Grande-Bretagne

« Il fallait oser, d''un veto, tourner le dos à l''Europe de demain pour protéger la City d''hier: ses bonus, ses dark pools et ses banques sous perfusion. Sacrifier l''intérêt de 500 millions d''Européens pour préserver ceux de quelques happy few, rarement britanniques: cette bad joke est-elle digne d''un héritier de Churchill? Cameron voudrait-il donner raison à de Gaulle, qui a toujours refusé l''entrée de la Grande-Bretagne dans l''Union européenne?», s’interroge l’essayiste.

Cependant, l’auteur ne désespère pas de la Grande-Bretagne. Il estime que sa crise économique et sociale est telle que « cette comédie ne devrait pas durer ». « Pour connaître et aimer ce pays, je le sais capable de rebond, de résistance et de courage, dont nous pourrions d''ailleurs nous inspirer. Nous aurons besoin de la Grande-Bretagne demain. En plus de son pragmatisme, sa culture du "think different", sa langue qui permet au monde de parler le même langage, ses moyens militaires seront nécessaires pour battre, demain, nos adversaires communs », soutient l’essayiste.

Réinventer l''Europe

Le mouvement de repli initié par David Cameron aura des conséquences. « Il faudra veiller à ce qu''il n''encourage pas une inquiétante anglophobie renaissante en Europe, ni la tentation dangereuse du protectionnisme. Mais que faire désormais des 1146 fonctionnaires britanniques de la Commission européenne? Comment pourraient-ils continuer de participer à des travaux et réunions sur l''avenir de l''Europe, qui ne les concerne plus depuis que leur Premier ministre en a décidé ainsi? On comptera sur un exemple venu d''en haut: la démission de lady Ashton, vice-présidente de la Commission, chef de la diplomatie européenne, dont on ne sous-estimera pas les talents. Et la contribution significative à l''inflation des budgets de fonctionnement de l''UE ». 

« En attendant que Westminster cesse de jouer la City contre les intérêts du peuple britannique et de l''Europe, il appartient aux Européens de reprendre en main leur destin et leur avenir. La crise actuelle est une occasion historique à saisir pour nous réinventer. Le moment est venu de mettre le Parlement de Strasbourg, seule institution représentative des peuples européens, au centre du jeu: en le transformant en une assemblée constituante. C''est à Strasbourg que naîtront les Etats-Unis d''Europe. Pas à la City », conclut Edouard Tétreau, essayiste, conseiller de dirigeants d''entreprise, enseignant à HEC, et  également le créateur du site Etatsunisdeurope.com.

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