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Connivence avouée entre Ananda Devi et ses héroïnes
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Connivence avouée entre Ananda Devi et ses héroïnes
L?une court. L?autre boitille. Ananda Devi observe, comprend, s?attendrit, sympathise, compatit, se fait l?écho, l?interprète d?un mal de vivre, qui peut aussi être une fureur de vivre, une vengeance permettant de surmonter un calvaire et d?atteindre une qualité de vie d?un niveau supérieur, transcendant même, de parvenir à une véritable transfiguration. Elle communie tellement avec les héroïnes de ses romans qu?elle n?ose plus s?attribuer les qualités littéraires évidentes et méritées que ses nombreux lecteurs lui reconnaissent.
C?est tout de même elle, l?auteur, qui crée ses héroïnes. Elles existent d?abord dans l?imagination créatrice d?une romancière géniale et talentueuse, faisant le plus grand honneur à son pays, autant par la force irrésistible d?une écriture d?apparence pourtant tranquille que par l?extrême modestie de notre meilleure plume.
Ananda Devi Nirsimooloo-Anenden, qui fait une entrée remarquée, avec Ève et ses décombres, dans la collection classique de Gallimard où elle rejoint les André Gide et autres Paul Claudel et Roger Martin du Gard, a animé mardi dernier, à la résidence de l?ambassadeur de France, à Floréal, l?après-midi littéraire baptisée « Trait d?Union ».
À un auditoire sélect, elle a présenté ses héroïnes littéraires, avec une franchise forçant l?admiration et la plus vive sympathie. Nous lui en savons gré d?être la plus belle figure de proue de la littérature mauricienne contemporaine et d?être la meilleure ambassadrice à Paris dont peut rêver notre pays.
L?on pourrait pourtant lui reprocher d?accuser trop facilement une société, une économie même, ayant fort à faire pour survivre, pour nourrir tous ses enfants, et ne pouvant pas, toujours, accorder le temps voulu ni l?assistance particulière à ses membres les plus démunis.
La grande force d?Ananda Devi est justement qu?elle n?accuse jamais la société au sens politique du terme. Elle se contente d?occuper une position de force, entre ses héroïnes et ses futurs lecteurs. Il ne s?agit pas tant d?accuser la société ni d?avoir mauvaise conscience, en raison des imperfections de la société dans laquelle nous vivons, que d?épurer notre regard à l?égard des marginalisés qui nous entourent, de le rendre fraternel, de faire en sorte qu?il ne soit jamais un jugement ni encore moins une condamnation.
<B>Une précieuse thérapie</B>
Elle fait de ses romans une affaire entre ses lecteurs et ses héros et héroïnes. Tout nous pousse à condamner, a priori, ces marginalisés afin de rester du côté des bien pensants et autres pharisiens. Ananda Devi se met, phrase après phrase, mot après mot, à nous dévoiler les sentiments, l?intimité, les émotions profondes, le coeur, l?âme de ces paumés, pouvant toutefois passer, à tout moment, de l?état de survivants à celui de résistants, de battants.
Peu à peu s?opère le miracle constamment renouvelé de la qualité thérapeutique de l?écriture, de la pensée, de la bonté d?âme de l?auteur. Son lecteur se surprend à éprouver de la compréhension et même de la sympathie pour de véritables épaves humaines, des condamnés à perpétuité dans une prison nommée vie humaine. La sympathie naissante se transforme en tendresse, en affection filiale ou fraternelle. Par la vertu d?une écriture, pleine de tendresse humaine, on se sent devenir le frère ou la soeur d?une fille, se prostituant par esprit de vengeance contre une vie ne lui faisant guère de cadeau, ou encore d?un truand affectionnant Arthur Rimbaud.
Une telle thérapie est précieuse car nous savons que nous ne serons pas forcément capables d?autant de noblesse ni de grandeur d?âme si, demain, nous devions tomber dans une telle déchéance.
Nous aurons toujours des pauvres autour de nous. Perpétuel doit donc être le combat des hommes et des femmes de c?ur pour que les meilleurs d?entre nous deviennent ce rayon de lumière, capable de redonner ne serait-ce qu?une lueur d?espoir aux plus désespérés d?entre nous. Il suffit parfois d?un regard plein de compréhension et de sympathie, d?un regard qui ne soit pas un nouveau rejet, une nouvelle condamnation, pour que le pire des désespérés reprenne confiance et retrouve goût à la vie, redevienne un battant comme les meilleures héroïnes d?Ananda Devi.
Les livres d?Ananda Devi sont finalement autant de clés, aidant leurs lecteurs à purifier leur regard sur les frères et s?urs les entourant et à ouvrir les portes des prisons invisibles et immatérielles dans lesquelles toute société, par trop matérialiste et pleine de préjugés, peut nous enfermer pour mieux nous déshumaniser.
Malheur donc aux familles mauriciennes ne possédant pas encore tous les livres publiés à ce jour par Ananda Devi. Elles peuvent passer à côté d?une lumière pouvant opérer en elle la plus heureuse des transformations, celle capable de changer des c?urs de pierre en c?urs d?hommes et de femmes, en c?urs capables d?aimer les plus misérables d?entre nous et de nous attacher à eux comme nous nous attachons à nos enfants. Ananda Devi Nirsimooloo-Anenden, merci !
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