Publicité

Conditions de réussite

29 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il est des secteurs publics où le recours à l?expertise étrangère semble inévitable. Telles la douane et la prison. Dépendant qu?ils soient au sein de l?opposition ou au gouvernement, les politiques ont une position à géométrie variable sur la question. A l?opposition, on dénonce ces étrangers grassement payés. Au pouvoir, on met l?accent sur la compétence et l?impartialité de ces mêmes étrangers. Au-delà des rodomontades politiques, il demeure que cette expertise étrangère témoigne du dysfonctionnement de certaines institutions et du rapport souvent vicié qui existe entre employés et responsables de certains secteurs.

Le schéma est connu. A chaque fois qu?un étranger est nommé à la tête d?une institution, les représentants syndicaux élèvent la voix pour dénoncer la marginalisation des compétences locales. Les employés, pour leur part, font ressortir qu?ils sont mieux placés pour comprendre les spécificités de leur travail. En fait, c?est le propre de l?esprit corporatiste et il ne faut pas s?étonner de ce genre de réactions. Des réactions souvent légitimes mais rarement rationnelles.

Pour les gouvernants, la démarche vise, dans la majorité des cas, à minimiser l?étendue du pouvoir de certains responsables locaux. Il est un fait que certaines affinités politiques peuvent desservir un pouvoir en place et, par extension, les institutions publiques. Il y a définitivement des réseaux qui se mettent en place et qui installent inévitablement des complicités.

Aujourd?hui que ce soit à la prison ou à la douane, voire à la corporation nationale de radio-télévision, au-delà du fait qu?on doit ou non avoir besoin des étrangers, il faut provoquer toute une remise en question du mode de fonctionnement de ces institutions. L?opacité extrême a trop régné. Et comme nous ne nous signalons pas particulièrement par une certaine culture de transparence, nous continuerons à prétendre qu?il suffit de faire comme si certains problèmes n?ont jamais existé.

C?est d?ailleurs l?une des caractéristiques de cette nation. Elle a le goût du masque. Elle prend ainsi rarement le risque de bousculer ses habitudes. C?est ainsi que les gouvernants, eux, ne se risquent jamais à donner les vraies raisons pour lesquelles ils font appel aux experts étrangers. Ce serait admettre l?amateurisme de certains qui se sont autoproclamés chefs. C?est également la raison pour laquelle nos politiques font souvent venir des conseillers étrangers pour contourner les résistances que pourraient incarner certains hauts fonctionnaires.

Aujourd?hui il faut l?admettre, nous avons besoin de ces compétences étrangères dans certains secteurs stratégiques. Afin, d?une part, de surmonter notre nombrilisme et, d?autre part, de mieux nous inscrire dans une dynamique d?ouverture. Nous avons eu l?habitude d?une administration hermétique où la notion de transparence et d?indépendance est absente. Il faudra graduellement s?émanciper de ce réflexe de repli.

Les institutions qui fonctionnent dans l?opacité rendent compte d?un dysfonctionnement institutionnel. A cet effet, il est bon de souligner que le principe de l?ancienneté a fait son temps. La valorisation des compétences locales passe par cette remise en cause de certains fondements de l?administration publique. Sa modernisation, elle, procède d?une rationalisation des modes de fonctionnement. Le changement ne peut être que structurel. Et, dans bien des cas, les Mauriciens ont trop pris goût au statu quo pour le tenter.

Publicité