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Comment réduire l?échec
Il n?y a pas à sortir de là. Il faut à tout prix que les chercheurs en sciences de l?éducation trouvent des solutions pour faire baisser le taux d?échec aux examens du Certificate of Primary Education (CPE). Cette année encore, ce taux a franchi la barre des 30 %. Ils sont 33,83 % de candidats à avoir été recalés, ce qui signifie qu?en somme, trois élèves sur dix auront été exclus de tout projet de formation. Trente ans que cela dure?
Des enseignants, des syndicalistes et des maîtres d?écoles expliquent que plusieurs conditions doivent être réunies pour qu?un élève décroche le CPE. Ceux qui réussissent ont deux choses en commun. Ils sont généralement issus d?un milieu aisé, quoique cela ne soit pas forcément la norme, et sont soutenus par des parents qui ont à c?ur leur éducation. Le soutien familial, se sentir aimé sont des conditions sine qua non pour un passeport vers l?éducation. Certes plusieurs initiatives ont été prises depuis la réforme enclenchée par le ministère de l?Éducation pour permettre à un maximum d?enfants d?aspirer à une éducation de qualité.
« Une nouvelle culture du travail »
Mais avec des matières qui demandent davantage d?analyse qu?un apprentissage par c?ur, il s?avère désormais nécessaire d?engager une réflexion profonde sur le type d?enseignement. Ici, la formation d?enseignants de qualité constitue un véritable challenge. « Le plus gros problème, c?est parvenir à changer une manière de travailler avec les élèves. Il faut une nouvelle culture du travail », explique, pour sa part, Elsa Geneviève, maîtresse d?école de l?établissement de Camp-Levieux. Mais il s?agira aussi de permettre aux élèves, dits faibles, d?intégrer la classe en leur proposant un système d?éducation adapté à leurs besoins.
Nasser Beeharry, enseignant à l?école primaire de Bel-Air-Rivière-Sèche, trouve « inacceptable » le taux d?échec de 33 % aux examens du CPE. Toutefois, il ne se cantonne pas à ce constat. Depuis ses débuts comme enseignant, il a eu le loisir de réfléchir à la question et a tenté de trouver des pistes pour intéresser les élèves dits faibles à s?ouvrir à l?éducation. Outre le fait de préconiser un suivi et un soutien continu des élèves dès la quatrième, il a mis en ?uvre un projet baptisé Edutech, qu?il dévoilera dès janvier.
« Ce projet va peut-être tout changer. Ce sera mon cadeau de Noël aux enfants », affirme-t-il, optimiste. Comme on peut le deviner, il s?agit d?utiliser la technologie informatique pour éveiller les sens des petits élèves de la sixième. Mais il s?agira aussi de dire adieu aux livres et cahiers volumineux et lourds à porter, car Nasser Beeharry a eu l?idée de les diviser en modules. Par exemple, le chapitre sur les fractions se retrouvera dans un minilivre où il sera expliqué. Les exercices à faire se retrouveront dans un livret, et ainsi, plus besoin de cahiers et de livres encombrants.
« Les enfants se fatigueront moins et lors des révisions, ce sera encore plus facile pour eux de se retrouver dans leurs notes », explique Nasser Beeharry. Mais il est conscient que cette méthode d?enseignement pourrait ne pas faire l?unanimité en raison des considérations pécuniaires. « Je suis contre les leçons particulières et c?est pourquoi je m?attends à une résistance, car mon projet sonnera la fin de cette pratique? »
Derrière la faible performance des écoles classées Zone d?éducation prioritaire (Zep), se trouvent des enfants de familles brisées. Parmi les 27 écoles de Zep, seules trois sont parvenues à aligner un taux de réussite de 50 %. « Pour moi, l?absentéisme est le plus gros problème. J?ai un enfant qui ne vient en classe que deux fois pas semaine », soupire une enseignante d?une école de Zep. Le man-que de régularité dans les études est l?une des principales causes d?échecs au CPE. Les enseignants estiment qu?ils sont au moins 40 % à tomber sous cette catégorie.
Dans des écoles fréquentées par des enfants en difficulté scolaire et familiale, les enfants ont d?abord besoin d?amour et d?un encadrement spécifique. « Les enfants sont de fins psychologues. Ils savent quand un professeur s?intéresse vraiment à eux. Quand c?est le cas, ils seront encouragés à apprendre », souligne Nasser Beeharry.
Manque de soutien et d?intérêt des parents
Aussi préconise sa collègue de l?école de Zep, il s?agit d?écouter les enfants, de devenir leurs amis, avant d?être leurs enseignants. « Nous vivons leur problème au quotidien. Ces enfants viennent à l?école sans avoir pris de petit-déjeuner. Beaucoup ne viennent que pour avoir ce pain qu?on va leur offrir à midi. Après l?école, ils doivent filer à la maison pour s?occuper du petit dernier, ou accomplir de petits boulots pour ramener quelques sous au bercail. » Le manque de soutien et d?intérêt des parents à l?éducation de leur enfant est également déploré.
La Government Teachers?Union (GTU) estime, pour sa part, que le taux d?échec incombe, en grande partie, au Mauritius Examinations Syndicate qui aurait pu simplifier les choses, notamment dans la formulation des questions posées aux candidats. « Les élèves ont eu du mal à comprendre certains mots. Par exemple, dans l?une des matières, on avait utilisé le mot restored, que beaucoup d?élèves n?ont pas compris. Il faut que ce soit d?un niveau acceptable? », explique Vinod Seegum, le président de la GTU.
La formation des enseignants reste l?un des problèmes principaux. « Le Mauritius Institute of Education devra revoir sa copie. L?enseignement qu?il prodigue devra être réactualisé. Sur le terrain, c?est un monde différent qui attend les futurs enseignants », poursuit notre interlocuteur. Ces 30 % d?échec ont toujours interpellé le syndicat qui souhaite depuis des lustres un meilleur partenariat entre les différents acteurs de l?éducation. « Parents, enseignants, pédagogues, chercheurs et techniciens de l?éducation doivent réfléchir ensemble pour engager une réflexion profonde à ce sujet. » Cette année encore 7 647 enfants ont échoué. Combien en 2008 ?
<B>STATISTIQUES
Le pourcentage de réussite aux examens du CPE</B>
■ 2003 - 62,60 %
■ 2004 - 63 %
■ 2005 - 64,89 %
■ 2006 - 67,93 %
■ 2007 - 66,17 %
Le taux de réussite chez les filles est de 72,65 % cette année, contre 74,26 % en 2006, 71,19 % en 2005, 68,43 % en 2004 et 69,05 % en 2003.
Chez les garçons, ils sont 60,06 % à décrocher leur CPE en 2007. En 2006, ils étaient 62,03 %, en 2005, 58,97 %, en 2004, 57,88 %, et en 2003, 56,59 %.
En anglais on enregistre un taux de réussite de 74,70 % comparé à 76,70 % en 2006. En français, ils sont 72,60 % à obtenir leur certificat, alors qu?ils étaient 77,70 % l?année précédente. Concernant les mathématiques, le pourcentage de réussite est de 71,10 % en 2007 et de 75,20 % en 2006. En sciences, c?est 72,30 % de réussite cette année, alors qu?ils étaient 72 % à l?obtenir en 2006.
En histoire et géographie, 70 % d?élèves ont réussi, alors qu?en 2006 ils étaient 75,10 %.
Dharam Gokhool reste confiant</B>
Les résultats du Certificate of Primary Education (CPE) 2007 accusent une légère baisse. En effet, ils sont passés de 67,9 % en 2006 à 66,17 % cette année. Cette baisse est nullement dramatique, selon le ministre de l?Education, Dharam Gokhool. Et cela s?explique par la nouvelle orientation du Mauritius Examinations Syndicate (MES) en termes de Paper Setting. « L?accent est plus mis sur les Higher Order Skills, tels que le Critical Thinking, c?est-à-dire l?analyse critique, le raisonnement et la réflexion. On veut que l?élève s?oriente graduellement vers des compétences et qu?il abandonne cette habitude d?apprendre par c?ur. »
Au ministère, on récuse le fait que le taux d?échec est une mise en cause du système d?éducation. Le taux de 30 % d?échec au CPE, n?est pas une fatalité et le ministre déclare que tous ceux au ministère ont la volonté de changer cette situation. « La réforme engagée dans le secteur pré-primaire et primaire vise à assurer une éducation de qualité à tous et à rehausser la performance des élèves. »
Le ministre reconnaît toutefois, que « nous sommes dans une période de transition et que les enfants ont rencontré certaines difficultés ». Cependant, dans les milieux du ministère, on estime qu?il faut privilégier la qualité de l?éducation. Sur ce point précis, Dharam Gokhool se dit confiant que la situation va évoluer positivement. Et il souligne que malgré cette légère baisse, les résultats sont meilleurs que ceux des années 2003 (62,6 %), 2004 (63 %) et 2005 (64,59 %).
D?autre part, pour cette année, le nombre de 4 A + est de 1 080 comparé à 1 050 l?année dernière. Le ministre de l?Éducation estime que globalement, les résultats sont encourageants.
Par ailleurs, selon Dharam Gokhool, tout sera mis en ?uvre pour améliorer les résultats en 2008. Tout d?abord, le MES continuera à organiser des ateliers sur les rapports des examens du CPE pour les enseignants. Ces ateliers leur apporteront une meilleure compréhension concernant la nouvelle orientation du Paper Setting axée sur les Higher Order Skills. Le ministère travaille aussi sur un programme de Remedial Education pour épauler les enfants en difficultés.
Par ailleurs, un projet innovateur est en cours : Bridging the Gap. Il a pour but d?assurer une transition en douceur de l?enfant du pré-scolaire au primaire. Des nouveaux manuels scolaires, qui sont plus learner centred et activity based learning,seront introduits. Il y a déjà un contrôle continu intégré dans les manuels scolaires. D?autre part, la Remedial Education se met en place. Ainsi, selon Dharam Gokool, transformer l?échec en réussite sera le grand défi de 2008 et il est confiant que le ministère pourra relever ce défi.
QUESTIONS À
<B>Lucien Finette, directeur du MES
« La base n?est pas là »</B>
<B>Le pourcentage de réussite a sensiblement baissé cette année. Comment l?expliquer ?</B>
Le pourcentage a baissé par rapport à 2006. Mais quand on prend en compte les résultats du CPE par rapport aux chiffres des années 2003 à 2005, il est supérieur. D?autre part, nous avons constaté une baisse dans la plupart des sujets. Lorsqu?on a analysé les réponses par rapport aux questions posées, on a constaté que les élèves avaient des difficultés lorsqu?il fallait appliquer les concepts. Cela s?est vérifié plus particulièrement dans la matière histoire-géo. Alors qu?on croyait que ces concepts avaient été compris par les élèves, force est de constater que des lacunes existent au niveau de la compréhension physique.
Que faire pour redresser la barre ?</B>
Il faudra s?y prendre à partir de la troisième et vérifier si les élèves ont une compréhension des concepts de base. Ainsi, quand on parle de la région de Grand-Baie, par exemple, l?élève devrait pouvoir la situer. Je pense qu?arrivé au CPE, il est trop tard pour inculquer certaines notions et certains concepts aux enfants. On devrait accorder une attention particulière aux enfants tout en soutenant ceux qui ont des difficultés au niveau scolaire. Il faut apprendre aux enfants à travailler en groupe et à échanger leurs idées. Leur permettre de développer leur potentiel et leur esprit d?analyse.
<B>Qu?est-ce qui explique le taux de 30 % d?échec ?</B>
En fait, on parle d?échec quand les élèves ne peuvent avoir 30 % sur 100 %. Or, les examens sont divisés en deux parties. La section A compte pour 60 % (Essential Learning Competences) des points, alors que la section B, compte pour 40 % pour les compétences souhaitables. Ce qui est préoccupant, c?est que ceux qui échouent n?ont pas les compétences essentielles. Ces élèves peinent pour arriver ux 30 % pour passer leurs examens.
C?est encore plus préoccupant pour ceux qui redoublent. La base n?est pas là. Il faut trouver les moyens pédagogiques pour les aider à avancer.
Êtes-vous optimiste pour l?année 2008 ?</B>
Oui, bien sûr. Nous allons continuer dans notre campagne de sensibilisation, de communication et d?explication auprès des enseignants. Nous allons continuer avec les ateliers de formation. D?autre part, de nouveaux manuels scolaires seront utilisés. Il y aura un meilleur suivi à tous les niveaux.
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