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Collection Maurice :déferlantes de fécondité
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Collection Maurice :déferlantes de fécondité
Les lames de fonds soulèvent l?imagination. Le clapotis des mots commence par un fait divers. Peu sanglant, bien liquide. Débordant des petits travers et des grandes faiblesses de l?humain. Une noyade. Des vacances dorées qui tournent mal. Une banale virée en planche à voile, et une gamine se retrouve orpheline de père.
La Collection Maurice, elle, ne s?est pas dérobée à l?échéance. Le onzième numéro a été lancé jeudi par son éditeur, Rama Poonoosamy. Les 21 plumes qui y figurent ont trempé leur inspiration dans le bleu de l?océan.
Résultat : des histoires saisissantes de réalisme. Conçues en anglais, en français ainsi qu?en langue maternelle, les nouvelles nous happent au détour d?une attaque bien tournée, nous tirent au large des sentiments, avant de nous rejeter sur la grève de l?émotion exacerbée.
<B>Lecture rapide</B>
En ouverture du recueil : Une goutte d?eau dans l?océan de Thierry Chateau, sensibilité artistique, qui est également journaliste à l?express. Si l?auteur nous arrache un sourire dès les premières lignes de son drame, c?est pour mieux nous noyer dans l?immensité du désespoir ordinaire d?une fillette de 6 ans qui, ?soudain (?) se met à détester cette mer qui lui a pris son papa (?) du revers de sa petite main, elle gifle l?eau à toute volée avant de s?enfuir en courant.?
Le doigt alerte, l??il attentif, nous filons vers d?autres aventures. La lecture atteint rapidement la vitesse de croisière. Une allure en proie à des turbulences bienvenues au fil de Land, blood, sea and air. Cette nouvelle, conditionnée par la subjectivité de son auteur : Lindsey Collen, juxtapose lutte syndicale et partie de pêche.
Au réveil, la première action de son héros, Brij- ?over troubled waters,? Kalapen est de porter un coquillage à son oreille. Eveil à l?appel de la mer qui secoue cet employé d?un abattoir de porcs. Des créatures qu?il tue pour gagner sa vie. Des animaux qu?il aime. ?Adores, more accurate. Mysterious, warm creatures. Affectionate. Cuddly. Even loving.?
Les lignes coulent, fluides et mouvantes. En traître s?y cache la marée montante d?une menace de mort formulée par un employeur ? dont le prénom est Mal ? excédé par des revendications syndicales. Lindsey Collen surfe la vague d?une mafia de la viande porcine. Ce qui ne l?empêche pas d?embarquer pour les rivages lointains de la poésie d?une humanité déchirée entre ses penchants écologiques et son enchaînement à la matérialité de l?existence. ?Kalapen knows he?s also a sea creature, someone who isn?t a fisherman but who, for some reason, has come to know as much about the sea as any fisherman knows.?
Sourde douleur
Lor lamer, at sea, en mer a le mérite de nous bercer avec ?ce tangage incessant (qui) n?était qu?une immobilité capturée au c?ur du mouvement?, comme l?écrit Ananda Devi dans Les Banjaras. Nageant entre deux eaux, celle d?un « temps indéfini dans le moisi d?une cale, » nous tirons la tête hors de l?eau pour mieux remplir nos poumons de l?air du ?temps punitif, sous le silence des étoiles et du ciel.?
Chut. Le vent tourne. Il n?est plus l?heure de se laisser aller à des rêvasseries innocentes au bord d?une eau paisible. Il s?agit de crier, d?exorciser une sourde douleur. De mettre du baume sur une plaie géante. Celle tailladée dans la chair des Chagossiens déracinés.
Lamer inn fermé, clame Shenaz Patel, par ailleurs consoeur de Weekend. Mais cela, ce n?est qu?après coup que son personnage, ?li? le saura. Choisissant de commencer l?histoire par la fin, l?auteur qui clôture la onzième édition de la Collection Maurice, plante son décor en bout de quai, « dan finisyon warf, kot platform beton aret galupé, enn sel kut li tom dan dilo. »
Son regard, dont la brillance s?enflamme au contact avec l?actualité, dirige celui du lecteur vers les larmes de sang versées par les Chagossiens floués par des grandes puissances assoiffées de terre. Une soif qui boit l?espérance de cette femme de Salomon, qui sait peut-être de Peros Banhos.
Seule en bout de quai, son c?ur se dessèche, s?effrite en miette dans l?océan physique qui la sépare de sa terre natale. Océan émotionnel qui la tient éloignée de la terre des ancêtres. Une fosse affective infestée de requins. A force d?y penser, de ruminer, c?est comme si ?li? se liquéfiait devant nos yeux. ?Ziska zordi li pa ankor konpran mem. So zil fermé ? Bé li pa enn biro, li pa enn labutik. Zot pé koz nenport.? La Collection Maurice ne tombe pas aussi bas. Ses vagues d?espoir et de douleurs sont en vente en librairie à Rs 250.
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