Publicité

Cinq Questions à votre psy

20 mai 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pourquoi est-il si difficile d?annoncer sa séropositivité à son entourage ?

Il est toujours difficile d?annoncer à son entourage que l?on est séropositif, et il ne s?agit pas seulement de difficultés d?ordre personnel. Annoncer sa séropositivité, c?est, aujourd?hui encore, prendre le risque du rejet et de l?exclusion à cause de l?image que l?on se fait du sida dans notre société.

Et quelle est précisément l?image du sida dans notre société ?

Contrairement à ce que l?on pourrait croire, il n?est pas sûr que cette image soit réellement celle d?une ma-ladie. À notre époque, en effet, les maladies peuvent encore susciter la peur si elles sont graves et si l?on ne sait pas les guérir, mais chacun sait néanmoins, grâce au développement de la science, que leur origine n?est ni magique ni divine. Elles restent dans le domaine du rationnel, et l?on a vis-à-vis de ces malades soit de l?indifférence, soit de la compassion. Il n?en va toutefois pas de même avec le sida, car les séropositifs disent ? et c?est vrai ? qu?on les traite comme des coupables.

Pourquoi cette culpabilisation ?

On peut, pour tenter de trouver une réponse, évoquer les débuts de la maladie, à l?époque où l?on croyait avoir affaire à un cancer qui ne touchait que les homosexuels et où le sida a hérité de tout le rejet que suscite l?homosexualité. Cette première période passée, on s?est rendu compte que le mal frappait aussi des toxicomanes et des hétérosexuels « à partenaires multiples ».

De « maladie d?homosexuels », le sida est devenu « maladie de gens de mauvaise vie ». Sinistre itinéraire? Si cette valse d?étiquettes injurieuses n?est pas sans importance, elle ne suffit pas à expliquer le statut particulier de cette maladie, car l?on sait aujourd?hui que tout le monde peut attraper le sida sans que cette certitude ne change rien à l?imaginaire. En fait, tout se passe comme si une maladie qui s?attrape « par le sexe » était par définition une punition.

Qu?est-ce qui explique que le sida soit associé à un « châtiment » ?

C?est le vieil interdit de l?enfance qui se réveille et qui fait que chacun se sente coupable, et donc, potentiellement menacé. On tente alors, pour échapper à cette menace, d?effectuer une partition du monde en deux : d?un côté une « bonne sexualité », « normale », sans péchés et? sans risques de sida, et de l?autre, une « mauvaise sexualité », « anormale », et « à risques ». Chacun espère ainsi, en son for intérieur, que seuls les mauvais seront punis, comme dans la Bible, lorsque Sodome a été brûlée. Cette division ? tout à fait absurde ? du monde en deux camps a trois conséquences dramatiques :

  • Le rejet des soi-disant « mauvais » : les séropositifs.

  • Le fait que les soi-disant « bons » ne se protègent pas puisque, dans leur logique, le sida n?atteint que les autres, les « mauvais ».

  • Une vision de la contagion si fantasmatique qu?elle résiste à toutes les explications scientifiques. On la croit, aujourd?hui encore, sans limites, semblable en cela au Mal lui-même : le diable, selon certaines croyances, serait susceptible d?entrer dans le corps par tous les orifices.

Que ressent-on lorsque l?on doit annoncer sa séropositivité ?

On ne peut annoncer sa séropositivité sans angoisse, car cela revient à parler de sa sexualité, et ce n?est jamais chose aisée, surtout si l?on est homosexuel. De plus, chacun sait ce qu?il peut rencontrer dans le regard de l?autre : soit une image du séropositif qui risque de le déstabiliser au moment où il a besoin de toutes ses forces et de tout son narcissisme pour faire face à la maladie, soit de la peur, de la pitié ou de l?angoisse qui seront pour lui une charge supplémentaire.

Publicité