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Cinéma de voyage

3 juillet 2006, 00:00

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par Aline Groëme

Question pour un cinéphile : quel est le point commun entre ?Bisanvil? ( court-métrage de David Constantin), ?Bénarès? ( long-métrage de Barlen Pyamootoo) et ?La Cathédrale? ? Profitons du temps de la réflexion pour saluer le projet de Harrikrisna Anenden. Entouré de l?aura d?Ananda Devi (son épouse et auteur de la nouvelle originale et du scénario), le film reste celui d?un réalisateur mi-nostalgique, mi-documentariste.

Réaction spontanée et partagée du public à l?issue de la diffusion jeudi dans les jardins du Centre Charles Baudelaire : Harrikrisna Anenden nous a montré le ?vrai ? Port-Louis. Et les spectateurs de s?extasier sur les images du marché central, des vieilles maisons en bois toutes déglinguées. Arrêts sur la crasse qui s?amoncelle à ciel ouvert. Ce Port-Louis que pas grand monde ne voit du haut des buildings climatisés.

Comme pour mieux le revendiquer, très vite est apparue l?étiquette de ?film mauricien?. Qu?est-ce que cela signifie. Si pour Ananda Devi, cela ne va au-delà de la nationalité du réalisateur, le qualificatif de ?film mauricien? dénote là un sentiment d?appartenance, des références communes. Est-ce à dire que pour ?faire mauricien? il faut impérativement montrer le marchand de ?dholl puri? et de gâteaux piments ? Qu?il fait bon d?inclure une scène d?exorcisme avec une ?longaniste? caricaturale à souhaits (surprenante Micheline Virahsawmy toute en léopard). Faut-il obligatoirement transiter ( comme c?est le cas pour ?Bisanvil? et ?Bénarès?), ou habiter Port-Louis, capitale de Maurice, comme c?est le cas pour ?La Cathédrale? ?

Certes, c?est aussi cela le cinéma : montrer un quotidien tellement présent (et laid) que le spectateur a perdu l?habitude de le regarder. Dans ?La Cathédrale?, le pas nonchalant de Lina quand elle passe du côté du vieux bazar a de quoi étonner. Soyons honnêtes, ce bout de coaltar a plutôt tendance à nous donner la nausée tant y est écoeurante l?odeur de poisson, aggravée par celle émanant de la benne à ordure municipale qui se remplit à vue d??il au cours de la journée. C?est bien le dernier endroit pour une gentille balade. Pourtant la caméra d?Anenden nous aide à y croire. Naturellement.

Ses plans sont léchés, sa lumière dosée. ?La Cathédrale? est un film techniquement réussi. Quid de l?histoire ? Manichéenne à souhait, elle identifie clairement les ?bons?, le ?méchant? (un photographe français qui a dans l?objectif la beauté innocente de Lina) est suggéré plus qu?autre chose. La journée de Lina est divisée de manière égale entre la balade ensoleillée et le moment de la réflexion, où sa vision du monde change, où elle voit (enfin) les ordures, l?abandon, la misère.

Ananda Devi nous l?a dit. C?est une nouvelle écrite à l?âge de 17 ans. Elle a choisi de respecter la jeune fille qui a livré une partie d?elle-même à ce moment-là. Ce qui laisse ?La Cathédrale? loin de la noirceur d?encre qui caractérise les écrits de la romancière.

Au fait, avez-vous trouvé ce qui relie des films aussi différents que ?Bisanvil?, ?Bénarès? et ?La Cathédrale? ? C?est évidemment le voyage. Littéral dans ?Bisanvil?, ?un bus direction la ville?, dont le trajet file de Quatre-Bornes à Port-Louis. ?Bénarès? choisit la boucle bouclée du village à la capitale et le retour. Alors que le film de Harrikrisna Anenden est un voyage pédestre d?un quartier pauvre de la capitale jusqu?à la cathédrale St Louis. Les films mauriciens sont atteints de bougeotte. Ils ont le mérite de faire bouger un secteur qui n?a que trop longtemps stagné. Vivement la prochaine destination.

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