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Chirac cherche l’apaisement
Entre hommes d’Etat, les fâcheries n’ont qu’un temps. Lorsque les crises se dissipent, il leur faut, au-delà des constats de désaccord, poursuivre leur dialogue sans renier leurs convictions ni trahir leurs intérêts nationaux.
Telle est la situation de Jacques Chirac et Tony Blair à la veille de la “visite spéciale” - selon la formule du protocole britannique - du président français à Londres d’hier et aujourd’hui.
Ayant déjà accompli une “visite d’Etat” en 1996, privilège accordé une seule fois par la Couronne à tout dirigeant étranger en exercice, Jacques Chirac ne pouvait donc prétendre à une seconde. Il aura néanmoins l’honneur très rare de passer la nuit au château de Windsor, près de Londres, où il sera l’hôte de la reine.
Le traditionnel sommet annuel franco-britannique, auquel participeront six ministres français, un discours sur les questions internationales et une réception au Parlement ponctueront jeudi la partie politique de la visite du chef de l’Etat qui clôt les célébrations officielles du centenaire de l’Entente cordiale.
Entre Blair et Chirac, l’heure semble donc à l’apaisement. Dans un entretien avec plusieurs journalistes britanniques en poste à Paris, publié mardi 16 novembre, le président a donné le ton. “Tony Blair, un homme que j’estime et admire, et moi-même, nous ne nous sommes jamais querellés à propos de l’Irak, a-t-il rappelé. Nous nous sommes disputés une seule fois (le 24 octobre 2002 à Bruxelles), et c’était à propos de l’agriculture. Nous avons échangé des mots rudes. Mais nous étions tous deux fatigués à la fin d’un sommet européen. Cela a vite été oublié.”“Il n’y a pas d’opposition entre une vision britannique et une vision française de l’Europe. Tout cela n’a aucun sens. Nous avons toujours eu des différences avec la Grande- Bretagne, et nous avons toujours continué la main dans la main.” Chirac s’est dit persuadé que les Britanniques voteraient “oui” à leur référendum sur la Constitution européenne car, “à la fin, le bon sens triomphe sur l’humeur.”
Tout en brocardant au passage le secrétaire américain à la défense Donald Rumsfeld - “ce chic type en Amérique, comment s’appelle-t-il déjà ?” - qui avait opposé la “vieille” et la “nouvelle” Europe, le président a souligné que “le lien transatlantique est absolument essentiel à un monde multipolaire” et que “les deux pôles fondés sur les mêmes valeurs - l’Amérique et l’Europe - doivent s’entendre”.
<B>Le Proche-Orient au menu</B>
De son côté, Tony Blair continue de rejeter la vision chiraquienne d’un “monde multipolaire”. Mais le premier ministre donne l’impression de prendre subtilement ses distances avec la vision américaine du monde. Dans son plus important discours de politique étrangère de l’année, Tony Blair a exprimé lundi plusieurs réserves obliques à l’égard de Washington. Il a dit avoir “peu de sympathie pour un unilatéralisme de principe”, ajoutant : “Rien ne marchera si les Etats-Unis ne se tournent pas vers les autres.” Tony Blair a concédé que les Etats-Unis, “en raison de leur sentiment d’insularité, étaient parfois sourds aux problèmes du reste du monde”, et a déclaré “ne pas être en faveur - j’insiste sur cela - d’une série de solutions militaires” pour répandre la démocratie. Une sécurité durable face au terrorisme, estime Blair, “ne peut être seulement le fruit d’une réponse militaire conventionnelle”, mais “résultera d’un engagement en faveur de la démocratie, de la liberté et de la justice.” Ces dernières remarques auraient pu tout aussi bien sortir de la bouche de Chirac.
L’Irak sera bien sûr au menu du sommet. Au fil des derniers mois, la France a voté sans barguigner les résolutions de l’ONU favorisant la reconstruction de l’Irak et la réconciliation nationale après des élections libres. Pour le reste, les deux pays connaissent trop bien leurs positions - et leurs désaccords - mutuels sur l’Irak pour qu’ils s’y attardent.
Paris et Londres auront assez de grain à moudre avec les grands dossiers sur lesquels ils ont des vues très proches, voire identiques : l’Afrique, l’aide au développement, l’Iran, pour lequel leur diplomatie patiente, boudée par l’administration Bush, porte ses fruits, le réchauffement climatique, la coopération en matière de défense, qui se développe lentement mais sûrement, qu’il s’agisse des armements ou des actions sur le terrain, dans les Balkans ou en Afghanistan.
Sans oublier le conflit israélo-palestinien, qui a inspiré à Chirac, dans l’entretien déjà cité, sa seule remarque déplaisante sur Blair : “J’avais dit à Tony Blair : vous devez absolument obtenir en échange - de votre soutien aux Etats-Unis - une relance du processus de paix au Proche-Orient. La Grande-Bretagne a apporté son soutien mais n’a rien eu en retour. Je ne suis pas sûr, avec l’Amérique telle qu’elle est, qu’il soit possible à quiconque, même aux Britanniques, d’être un honnête intermédiaire. Je ne suis pas sûr que ce soit dans la nature de nos amis américains, en ce moment, de rendre systématiquement des faveurs.” C’est aussi ce que pensent aujourd’hui la majorité des Britanniques.
<B>Jean-Pierre Langellier</B>
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