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Chine, la déterminée
Le feu est vert. Wang Fei fonce, ignorant totalement l?agent qui se tient au carrefour pour régler la circulation. Coups de sifflet rageurs. Le policier interrompt la course du taxi qui s?arrête sur le bas côté. Le trafic est stoppé pour permettre le passage d?un cortège.
Wang Fei, chauffeur de taxi, la mine soucieuse s?extirpe de son cagibi en plastique. Mesure de précaution, les taxis chinois sont équipés d?une cloison en plastique transparent séparant chauffeur et clients. De longues minutes de pourparlers dans un quartier de Shanghai.
Autour, le royaume des gratte-ciel a allumé ses néons. Il n?est pas encore 21 heures. Deux femmes seules peuvent encore marcher dans les rues. Conseil du guide, c?est une chose à ne pas faire aux petites heures du matin.
Le chauffeur revient, farfouille dans la boîte à gants et s?en va à nouveau discuter avec le policier. Ses grands gestes ne parviennent pas à éviter la contravention à Wang Fei.
Morose, le chauffeur de taxi reprend la route. Son expression ? celle d?un homme au bord d?une crise de larmes ? pique notre curiosité. Qu?est-ce qui s?est passé ? Wang Fei répond à contrec?ur. Pour n?avoir pas écouté les consignes de la police, il a reçu une contravention.
Double contravention
Mais la sanction ne s?arrête pas là. Une amende de même valeur que la contravention lui sera infligée par sa compagnie de taxi. Au total : 700 yuan, c?est-à-dire environ Rs 2 800. Une somme qui équivaut à trois jours de travail. C?est dur d?être chauffeur de taxi à Shanghai. Profession qu?il exerce depuis deux mois seulement.
Nous prenons part à ses malheurs (moins de 100 yuan en plus du prix de la course), ce qui délie davantage la langue de Wang Fei. Après nous avoir demandé si nous venons des Etats-Unis (l?odeur de l?argent sans doute), il répète à plusieurs reprises ?Mauritius? comme un nom familier. Agréable surprise. Cela nous change de Beijing où une réceptionniste d?un hôtel ?international? nous a demandé d?épeler le nom du pays.
L?Afrique, Wang Fei en a sa petite idée. Il a travaillé un an en Tanzanie pour une compagnie de construction. Il ne lui viendrait pas à l?idée de se retourner au passage d?un Africain, comme cela s?est vu dans les rues de Lanzhou.
Un regard inquisiteur qui dévisage le voyageur venu de loin. Des sourires ? pas malveillants mais curieux ? et des commentaires insaisissables. ?J?ai l?impression d?être Michael Jackson?, lâche un confrère du Burundi, amusé au début. C?est qu?il faut quand même avoir une dose de courage pour marcher dans les rues comme si de rien n?était alors que certains s?écartent un peu sur son passage, se retourne un bon moment sur son passage, avant de laisser échapper un commentaire en chinois.
Africain dans la ville
Assise sur la banquette arrière à repenser à l?intérêt pas du tout discret du quidam chinois (de la ville de Lanzhou, capitale de la province de Gansu, connue pour figurer sur la route de la soie et sa proximité avec le désert de Gobi), nous arrivons à destination. Wang Fei poursuit sa route.
Si nous avons pu ?dialoguer? avec lui, c?est grâce aux bons soins du guide (un jeune homme à qui l?on donnerait à peine 20 ans, mais qui nous a confié au dîner qu?il a deux maîtrises, dont l?une décrochée à une université canadienne).
Se balader, faire du shopping en Chine (nous n?avons vu qu?une partie de Beijing, de Lanzhou et de Shanghai seulement), c?est entrer dans un monde où l?anglais et le français (pire encore pour le créole) sont comme inconnus.
Anglais, français : aucune utilité
Dans la rue, demander son chemin dans l?une de ses langues est une entreprise extrêmement hasardeuse. Elle est à déconseiller car infructueuse. Pour s?en sortir, une solution : avoir sur soi écrit en chinois le nom de son hôtel ou de l?endroit où l?on veut aller. Solution de facilité : faire signe à un taxi de s?arrêter, passer au chauffeur le morceau de papier avec ses caractères chinois (il le prendra dans ses mains gantées de blanc) et prendre son mal en patience dans les embouteillages (et espérer qu?il ne vous balade pas pour faire tourner le taximètre).
Le shopping peut devenir une expérience particulièrement gratifiante? à condition de manier à la perfection la calculatrice. Règle de l?art de faire des bonnes affaires : marchander. Encore une fois les mots ne sont pas d?un grand secours. Si le prix n?est pas affiché, le vendeur l?indique sur la calculatrice. Secouez alors la tête et tapez un chiffre (de préférence la moitié du prix qu?il vous a indiqué au préalable). Insistez jusqu?à arriver à un accord.
Déambuler dans les rues, c?est croiser une multitude de visages. Des groupes de gens accroupis. Posture de patience infinie. D?acceptation de son sort. Nulle plainte ne semble meubler les conversations.
Un petit creux ? Les marchands de brochettes font cuire des fruits de mer à ciel ouvert. Là, une saucisse juteuse piquée sur un bâton fait saliver. Mais la peur des amibes est toujours la plus forte.
Une petite soif en ce début d?automne ? En cette fin de septembre, les températures tournent autour de 25°C à Beijing et Shanghai, il faut donc se munir d?une bouteille d?eau. Celle du robinet n?est pas potable. Embouteillée, elle a un goût qui peut surprendre.
Une visite d?une station d?épuration et un tour au bord du fleuve Jaune rappellent parfois à notre souvenir l?heure de la douche. Les amateurs de thé vert eux sont servis. Chaque visite ? notamment dans les ministères ? chaque repas au restaurant débute avec le cérémonial du thé. D?abord la petite serviette éponge blanche imbibée d?eau chaude. S?y essuyer soigneusement les mains. Ensuite, le ?planton? (souvent féminin) se chargera de remplir la tasse déjà garnie de feuilles de thé d?eau bouillante. Pareil au resto où les serveuses remplissent inlassablement le petit bol en porcelaine blanche, posé à côté de l?assiette.
Laissez infuser. Et le goût de la Chine s?imprimera de manière indélébile dans votre mémoire.
Agriculture
Nature sculptée, la force de la volonté
Chine rurale. Loin des clichés des rizières et des chapeaux pointus. Paysage lunaire de Lanzhou, ville de la province de Gansu. Les terres sablonneuses trahissent la proximité du désert de Gobi. De l?avion (trois heures de Beijing), les dunes font s?écarquiller nos yeux. De la route (de l?aéroport à l?hôtel), difficile de détacher le regard de ce relief couleur de sable.
Des montagnes qui semblent avoir été rabotées. Certaines ont été râpées jusqu?à devenir des terrasses régulières. D?autres, des dunes immenses et denses sont percées d?un tas de trous. Allons-nous à la rencontre d?un peuple troglodyte ?
Internet mais pas d?eau courante
Dans les rues, pas âmes qui vivent. La montre indique 18 heures. Même si la Chine compte cinq fuseaux horaires, toutes les régions sont alignées sur l?heure de Beijing (quatre heures d?avance sur Maurice). Dehors le soleil est encore haut dans le ciel. Il ajoute au mystère de Lanzhou. Elle est connue pour sa population de foi musulmane.
La réalité reprend le dessus. Applaudissement du personnel à notre arrivée à l?hôtel. Envie palpable de nous mettre à l?aise. Repas chargés (formule dim sum avec les boulettes vapeur en moins et les volailles (canard, poulet), les charcuteries, le poisson (fin et succulent) en plus et l?inévitable thé vert. A l?occasion d?un banquet officiel nous sera servie une soupe d??ufs de grenouille aux graines de lotus. Une soupe sucrée où les graines de lotus ont un goût de cerise. L?arrivée des tranches de melon signale la fin du repas.
Au matin, nous longeons le fleuve Jaune, ?notre mère? disent les Chinois. Une couleur due non pas à la couleur de l?eau (polluée) mais au sable (rare) sur les berges. Une route en lacet (à donner des frissons à ceux qui croient avoir les nerfs solides) nous conduit à Dinxi. Presque une heure de route de Lanzhou. La température descend perceptiblement.
Il fait froid dans ce village où se met en place un ?projet de lutte contre la pauvreté? à travers l?agriculture. En clair, vaincre cette terre argileuse à travers un projet de reboisement à grande échelle. Planter des arbres pour attirer la pluie et faire reculer le désert. Revenu par tête d?habitant dans cette région, l?une des plus pauvres de la Chine : US$ 150 à 200.
Et partout, le sourire. Des gens qui ne voient aucun inconvénient à vous laisser entrer chez eux. Qui cueillent une poire pour vous l?offrir. Paradoxe de la Chine : là, il y a l?internet mais pas d?eau courante. L?eau du puit est stockée dans une ?touk?. Ânes, moutons et chiens de garde s?agitent à notre arrivée.
Le guide traduit les propos des responsables locaux. ?Nous sommes à la convergence du plateau tibétain, de la Mongolie et de celui du fleuve Jaune. Le principal obstacle au développement de la province c?est sa situation naturelle, ses montagnes arides?.
Au retour, le mystère a laissé la place à l?ébahissement. Impossible de ne pas être frappé par la volonté d?avancer qui l?emporte sur toute autre considération. Energie renouvelée pour vaincre la désertification. Sans dévier du but.
C?est sans doute cela la force de la Chine. Une progression régulière, sans états d?âme. Avancer un point c?est tout. Serait-ce trop s?avancer de faire le parallèle entre les tenues militaires à la mode à Lanzhou et la volonté de ces Chinois. Certes, le guide nous expliquera que ces tenues de camouflage servent en fait de bleu de travail. Mais l?évidence est là.
S?il est impossible de dialoguer avec un villageois sans avoir recours au guide, le sourire, l?accueil, le naturel de ces gens simples vaut tous les discours. Pas une paille ne dépasse des bottes de foin. Notre arrivée était attendue.
Chine, terre de contraste. A quelques kilomètres de là, la Lanzhou Petrochemical Company. Politique d?ouverture de la Chine dans le concret : son côté rural avec son ?décor naturel? artificiel, ses arbres replantés au cordeau et ses paysans qui ont du ressort. Son côté industriel avec ses industries en plein essor.
Billet
Chine ?nouvelle?
Le sommet Chine-Afrique aura lieu à Beijing début novembre. La coopération entre pays en voie de développement, prétexte idéal pour parcourir Beijing, Lanzhou et Shanghai. Partout : la même volonté de s?en sortir.
Un milliard 300 millions de Chinois et moi, et moi, et moi. Fin septembre, nous avons débarqué au pays de la politique de l?enfant unique. Un début d?automne au pays qui ambitionne de n?avoir qu?un seul et vaste territoire (Hong Kong, Macau, Taïwan, Tibet).
Visite orientée dans le sens de la coopération entre ?le plus grand pays en voie de développement? définition qui reviendra à chaque fois dans les discours des interlocuteurs chinois et l?Afrique ?le continent avec le plus grand nombre de pays en voie de développement?. Politique d?ouverture qui signale le passage de l?économie planifiée à l?économie de marché.
Thématiques abordées : d?abord les relations diplomatiques. Cette année marque le 50e anniversaire des liens diplomatiques entre la Chine et le continent. Les interlocuteurs chinois rencontrés ne manqueront pas de souligner à chaque fois que les ?amis africains? les soutiennent sur les dossiers sensibles aux Nations unies.
Ensuite, la coopération dans le domaine de la santé, notamment le paludisme qui ravage le continent. Des médecins chinois envoyés pour travailler dans les hôpitaux sur le continent. Du secteur de l?agriculture.
A l?heure des questions, celles qui ciblent un pays spécifique, les interlocuteurs (dont Li Mingzhu, directeur de la division Asie et Afrique du département de la coopération au ministère de la Santé, Zhai Jun, vice-ministre des Affaires étrangères, entre autres) seront clairs. Ils expliqueront qu?ils répondront de manière globale et pas au cas par cas. Que la politique future de coopération sera fixée dans la Déclaration de Beijing à l?issue du sommet Chine-Afrique, ainsi que le plan d?action pour la période 2007 à 2009.
Agenda
JO 2008 à Beijing
Les regards du monde entier seront braqués sur la Chine. Evidemment pour les Jeux Olympiques qui se tiendront à Beijing en 2008. Au moment de notre visite, le stade olympique ?Nivaso? ou ?nid d?oiseau? avait été débarrassé de ses échafaudage. A un peu plus de 600 jours de l?ouverture, la structure massive tout en tubes d?aciers tenait toute seule. 38 disciplines, 18 jours de compétition du 8 au 24 août 2008. Une première révision du budget a porté les dépenses à 1 milliard 600 millions d?euros.
Exposition universelle 2010 à Shanghai
Le génie, l?innovation seront dans la ville construite en 16 ans à partir de terres agricoles en 2010. Exposition universelle et médiatique pour la Chine et son sens de l?organisation.
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