Publicité
Chikungunya : le compte à rebours a commencé
Par
Partager cet article
Chikungunya : le compte à rebours a commencé
Depuis que ce bâtiment de trois étages a été transformé en dortoir pour ouvriers étrangers, l?avenue Samy, à Moka, est détrempée en permanence. Les eaux usées s?écoulent sur la chaussée, formant des flaques d?eau. Et les ruines d?une ancienne boutique située à côté s?effondrent un peu plus chaque jour. Les crevasses sont une invite pour les moustiques.
À un jet de pierre de là se trouve un terrain vague transformé en dépotoir. Autant d?exemples qui démontrent que l?Aedes albopictus, vecteur du virus du chikungunya, a encore de beaux jours devant lui.
Le constat est inquiétant : dans cha-que localité, on dénombre des gîtes de choix pour ce moustique réputé agressif et vorace. L?arrivée de l?été risque de faire mal, car les ?ufs de l?Aedes albopictus ont la capacité de s?adapter aux conditions climatiques peu favorables pour éclore dès la remise en eau du gîte.
Les collectivités locales multiplient donc les efforts pour contrecarrer une prochaine flambée de la maladie. Mais elles butent contre des obstacles qui risquent d?anéantir leurs efforts. Il y a d?abord des terrains abandonnés dont les propriétaires sont injoignables ou à l?étranger. C?est ce que constate le président du Public Health Committee pour la région nord, Doobnarain Daby.
Les gîtes sont traqués
« Nous recevons de nombreuses requê-tes pour le nettoyage des terrains abandonnés. Malheureusement, on ne peut pas tout faire », dit-il. Les propriétaires récalcitrants n?ont qu?à bien se tenir, le conseil de district compte les rappeler à l?ordre et avoir recours à des procédures légales si aucune amélioration n?est notée.
Au Nord, à l?Ouest comme à l?Est, les gîtes sont traqués. Les conseillers de village travaillent selon un plan bien établi pour assainir l?environnement immédiat des habitants. Le ramassage des ordures est plus systématique et des facilités sont mises à la disposition des familles qui souhaitent se débarrasser de gros déchets tels que les matelas, les vieux meubles, appareils électroménagers, ou encore les pneus usagés. En outre, le lit des rivières est dragué, et les berges sont débroussaillées.
Dans les villes, le compte à rebours a commencé depuis plusieurs semaines. Et on n?hésite pas à sévir contre ceux qui font montre d?incivisme. Ainsi, une dizaine de personnes habitant Belle-Rose a été sanctionnée pour avoir déversé ses eaux usées dans des égouts.
« Ce qui est malheureux, c?est que parfois il faut supplier les gens pour qu?ils nettoient leur cour? », déplore le maire de Quatre-Bornes, Suren Appadu. Il met en outre un point d?honneur pour que les drains soient nettoyés et prévoit aussi d?élaguer les arbres.
Pour le maire de Curepipe, « c?est business as usual ». Les travaux d?assainissement se poursuivent, mais il compte sur la responsabilité de tout un chacun pour barrer la route au chikungunya. « Nous travaillons de concert avec la Santé et l?Environnement. Mais j?estime qu?il faut être proactif et préventif car l?été approche à grands pas. »
542 terrains vagues nettoyés
À Vacoas-Phoenix, on note pourtant une baisse dans l?intensité des actions pour combattre les moustiques au niveau de la Santé et des compagnies privées. « On essaye de compenser en proposant des facilités aux organisations non-gouvernementales et aux clubs de jeunesse pour nettoyer leur environnement immédiat. Les gens commencent à comprendre leur responsabilité », souligne le maire de Vacoas-Phoenix, Hiren Jankee.
Son collègue de Beau-Bassin-Rose-Hill espère que la décision du ministère de la Santé de ne plus leur confier la désinsectisation est bonne. « Les autorités veulent éviter que le fogging soit fait à tort et à travers. Désormais, seuls les officiers du ministère de la Santé seront autorisés à accomplir cette tâche », explique Varen Andee. La municipalité a déjà nettoyé 542 terrains vagues depuis le début de l?année. « Nous ne pourrons plus continuer ainsi. Je lance un appel pour que les propriétaires fassent le nécessaire. »
À la Santé, on précise que le fogging est préconisé en période de crise dans les régions à risque. « Si on abuse des insecticides, le moustique développera une résistance. La base de la lutte c?est la salubrité. Les autorités de même que les citoyens doivent assumer leur rôle. »
Trois experts contre le chik
Du 6 au 13 août, trois experts, le professeur Paul Reiter, spécialiste des maladies provoquées par les moustiques de l?Institut Pasteur, Paris, le professeur Andrew Spielman, expert en maladies tropicales de la Harvard School of Public Health, et son assistante, Rebecca Moll, auront pour mission de se pencher sur l?épidémiologie du chikungunya. Ils travailleront aussi sur le mécanisme de prolifération du moustique ainsi que les mesures prises pour contenir la maladie.
Publicité
Publicité
Les plus récents