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Chauds les ?dholl puris? à la Réunion

6 juin 2006, 00:00

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L?absurdité de certaines réalités laisse quelquefois pantois. A la Réunion, il est plus aisé d?obtenir du gigot importé de France, située à 10 000 kilomètres de l?île, qu?une paire de dholl puris de Maurice. Pour les Réunionnais et les Mauriciens établis à la Réunion, il est impossible de déguster ces savoureuses préparations à l?île s?ur. Il fallait jusqu?à tout récemment les consommer sur place ou les ramener lors d?un voyage à Maurice, puis les congeler et les savourer plus tard. Mais cela, c?était avant Steeve Payen. Ce fin cuisinier, installé à la Réunion depuis dix ans, a lancé récemment une petite affaire tout à fait sympathique et originale : il prépare et vend des dholl puris dans les marchés forains et les brocantes de l?île.

La Réunion n?aurait pu rêver de meilleur vendeur de dholl puris. Car Steeve a été formé très jeune par ?Monsieur Dewa? dont le nom à lui seul veut tout dire? Au début des années 90, l?apprenti montre un savoir-faire certain. Il ouvre alors sa propre entreprise. ?Monsieur Dewa faisait souvent appel à moi lorsqu?il était en rupture de dholl puris. Il m?en achetait pour ensuite les revendre?, se souvient Steeve, non sans un brin de fierté.

A l?époque, Steeve est amateur de football et joue dans une équipe. Sa vie change radicalement lorsqu?il accompagne pour quelques jours son entraîneur à la Réunion. Il rencontre celle qui deviendra sa femme. Mais pour le jeune homme venu s?installer à la Réunion commence alors une longue période de déboires.

<B>?J?ai dû essuyer pas mal d?humiliations?

Steeve, sans emploi, se voit contraint d?exercer de petits métiers mal rémunérés. ?Mon intégration professionnelle a été difficile, sans doute parce que j?étais étranger. Comme je n?avais pas le choix, j?ai dû essuyer pas mal d?humiliations ?, confie-t-il sans amertume.

L?avenir s?éclaircit quelque peu lorsqu?il trouve de l?emploi à l?UR 2 Vanille, à Bras Panon, dans l?est de l?île. Cette coopérative développe depuis plusieurs années un site agro-touristique avec un restaurant La Vani-La. Steeve y est embauché comme aide-cuisinier et se retrouve enfin dans un milieu familier. Il y travaille pendant sept ans, assurant souvent le service des clients, jusqu?à ce que la direction lui annonce en mars dernier qu?il fait l?objet d?un licenciement économique.

?Je ne pouvais pas rester là sans rien faire. J?ai une femme et deux enfants. La première chose qui m?est venue à l?esprit, c?est de lancer une petite entreprise spécialisée dans la fabrication de dholl puris?, explique Steeve. Avec des moyens de bord, il commence à préparer son nouveau métier. Il démarre avec des ingrédients et une volonté farouche de réussir. Pour concocter ses dholl puris, Steeve se lève aux aurores. Ensuite, il prend la route. Direction : les marchés forains de Saint-André et de Saint-Paul.

Ses efforts sont payants. Les premières ventes sont encourageantes et notre cuisinier commence déjà à fidéliser sa clientèle, qui comprend pas mal de compatriotes. Un Mauricien vendant des dholl puris faits maison, la nouvelle a vite fait le tour auprès de la communauté mauricienne installée à la Réunion. Pour attirer les autres clients, Steeve les invite à s?approcher et leur explique les détails de ses préparations, mais surtout, combien elles sont délicieuses. Et c?est le cas!

<B>Deux euros la paire</B>

Ses dholl puris, vendus à 2 euros la paire, sont accompagnés (au choix) de vindaye de poisson, de brèdes songe, d?achards de légumes, de massalé de pommes de terres et de petits pois et d?achards de piments. Même le sénateur-maire de Saint-André, Jean-Marie Virapoullé, fin gourmet, n?y a pas résisté? Au point de proposer à Steeve un emplacement à Saint-André, à mètres de la mairie.

Steeve est actuellement à la recherche de financement pour l?achat d?une remorque. Pour lui, son affaire se stabilise et il en est fier: ?Même si j?ai acquis la nationalité française, je suis avant tout Mauricien. Je suis donc heureux de gagner ma vie en mettant en valeur la culture mauricienne.?

Outre les dholl puris, Steeve prépare des faratas, accompagnés de curry de poulet ou de poisson ou encore de préparations de légumes comme le sauté de ?giraumon? ou de haricots verts. Enfin, il propose également du bon et vrai ?briani? de poulet et de légumes à 4 et 5 euros la barquette respectivement. Bientôt, il commercialisera également du ?briani? de cabri. Son ambition: consolider sa petite entreprise et ouvrir un jour, un véritable restaurant qui proposera à la fois de la cuisine indienne et créole. On lui suggère déjà de le prévoir spacieux?

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