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Chagos, les ?sacrifiés de l?Indépendance?
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Chagos, les ?sacrifiés de l?Indépendance?
Le ?bolom? Ramgoolam n?avait pas le choix. C?était l?excision contre l?Indépendance. Face à des Britanniques qui avaient décidé à l?avance de l?issue de la conférence de Lancaster House, ?pov bolom inn krake?. Il a ?parfaitement compris? le jeu de ses interlocuteurs : Harold Wilson, le Premier ministre anglais de l?époque et Anthony Greenwood, Secretary of state for colonies.
Résultat : les Chagossiens seront les ?sacrifiés de l?Indépendance?. Un calvaire commencé en 1965. Ce sont là quelques-uns des points saillants de la septième conférence de Paul Bérenger, sur l?histoire de Maurice. Thème choisi : La conférence de Lancaster House de 1965, l?Indépendance et l?affaire des Chagos. C?était samedi à la mairie de Quatre- Bornes.
Des ?sacrifiés? estimés en novembre 1965 à 1 000 par Anthony Greenwood. ?Li enn sif ron?, alors que ?le gouvernement britannique n?a jamais fait de recensement?, affirme Paul Bérenger. Il cite une première étude qui chiffre cette population à 426 familles, majorée en 1977 à 557 familles. En 1981, le rapport Sylva conclut à l?existence de 942 familles, soit 2 867 Chagossiens. Des îlois natifs de leur île dès 1900.
Dans le style imposé depuis le début de la série de conférences, Paul Bérenger prend d?abord le soin de dessiner avec forces détail le contexte politique entourant l?événement qu?il a choisi d?éclairer. Il en a été de même pour cette conférence de Lancaster House, tenue du 7 au 24 septembre 1965, à Londres. Un style qui, plus nous approchons de l?histoire contemporaine, s?étoffe de témoignages d?acteurs de l?Histoire. Paul Bérenger dira à un moment : ?Anerood finn rakont moi.? Contribution aussi de son propre vécu, en tant que membre du select committee mis sur pied le 21 février 1982, et présidé par Jean Claude de l?Estrac.
Nous retrouvons un parti travailliste ( PTr) en difficulté avec 42 % de voix aux élections générales de 1963. En mai 1965, des bagarres communales éclatent, à Trois-Boutiques notamment. C?est l?état d?urgence, les troupes britanniques débarquent.
Pour le conférencier, c?est impossible ?pour tous ceux qui suivent l?actualité?, d?ignorer les projets de Londres et de Washington d?installer une base sur Diego, et qu?il y a sur les Chagos une population d?environ une centaine de familles, qui y vit depuis plusieurs générations. Démenti à ces ?dimoun ki pretann pa ti kone ena dimoun lor Chagos?.
Paul Bérenger retrace l?intention des Américains de s?installer dans l?océan Indien à 1962. Ils ont besoin d?une base de soutien dans cette partie du monde. Un accord est signé en 1964. Il porte sur une étude conjointe des îles pour en évaluer le potentiel comme base militaire et le transfert des habitants. L?accord stipule que les Américains prendront en charge les frais de construction et d?entretien, ainsi que l?utilisation conjointe des équipements. Les Britanniques prennent l?engagement d?assurer le contrôle direct de l?archipel et d?offrir une compensation aux gouvernements mauriciens et seychellois, et aux habitants transférés.
Le 14 juillet 1964, Sir John Shaw Rennie, gouverneur général, qui préside le Conseil des ministres, l?informe qu?une étude des îles commencera le mois suivant. Elle estimera qu?il n?y a pas d?obstacles insurmontables au projet de base sur les Chagos.
C?est quelques mois auparavant (soit au 22 février 1964) que Paul Bérenger situe le début des articles de presse sur les développements entourant la question chagossienne. Journaux locaux mais aussi The Economist, ?lecture préférée? du conférencier, Reuters, Daily Telegraph sont mis à contribution.
à la lumière de ces articles, le député Bickramsing Ramlallah prend la parole au Parlement le 10 novembre 1964. Sa question porte sur les ?projets de base à Maurice et Diego Garcia?. ?Minis Satcam Boolell interompt li ek dir : government has not been made aware? ? ce que Bérenger dément. C?est, pour le conférencier, la première référence à la possibilité que Diego soit détaché du territoire mauricien.
Des positions politiques divergentes
Ramlallah recevra sa réponse le 14 décembre 1964, sous forme d?une lettre du chief secretary. Elle dit en substance qu?une étude technique conjointe des îles par les Américains et les Britanniques, a eu lieu mais qu?elle n?inclut pas Maurice.
De son côté, le 12 avril 1965, le Conseil des ministres britannique accepte la proposition américaine et recherche la participation des états-Unis aux coûts. Un mois plus tard, le 9 mai 1965, le Washington Post écrit que l?acquisition de terres à Aldabra ? incluant le rachat de terres et le transfert d?indigènes estimés à environ 2 000 ? coûte 28 millions de dollars américains. ?Cet article révèle que si seulement Diego sera utilisé, tout l?archipel sera racheté.?
à Maurice les articles de presse s?enchaînent. L?un d?eux rapporte que le ?bolom? essaie d?obtenir une location pas le détachement des Chagos. Depuis mars 1965, le Parti mauricien social-démocrate (PMSD) a rejoint le PTr, le Comité d?action musulman ( CAM), l?Independent Forward Block ( IFB) dans un gouvernement d?unité nationale. S?envolent pour Lancaster House : le ?bolom?, Guy Forget, Veerasamy Ringadoo, Satcam Boolell, Dr Maurice Curé, Harold Walter entre autres pour le PTr. Gaëtan Duval, Jules Koenig pour le PMSD, Sookdeo Bissoondoyal, Anerood Jugnauth pour l?IFB, Razack Mohamed, Abdool Rahman Osman pour le CAM et deux membres indépendants : Maurice Paturau et Jean Ah-Chuen.
La conférence de Lancaster House est présidée par Anthony Greenwood, Secretary of state for colonies. Une réunion qui doit servir à trouver un accord sur le statut ultime de Maurice, le calendrier pour sa mise en place. Sera-ce l?Indépendance, y aura-t-il la tenue d?un référendum ?
Avant la conférence, les partis ont des positions divergentes. Le PTr est en faveur de l?Indépendance le plus tôt possible, et contre le référendum. Ce parti est à la recherche d?un système électoral qui soit à la fois en sa faveur et qui protège les minorités. Le ?bolom? veut d?un traité de défense incluant la sécurité intérieure. Auparavant, le 3 juillet 1965, le Conseil des ministres local s?est prononcé contre le détachement des Chagos préférant le bail à long terme.
?A l?autre extrême?, dit Paul Bérenger, se trouve le PMSD qui est ?contre l?Indépendance et est pour l??association? avec la Grande-Bretagne. Ce parti réclame la tenue d?un référendum, des listes électorales séparées et des sièges réservés.
?Entre ces extrêmes?, le CAM qui n?est pas pour une Indépendance immédiate, réclame des garanties pour la minorité musulmane, dont la Muslim personal law.
Pour sa part, l?IFB se dit pour l?Indépendance, avec toutefois la question de défense et de sécurité restant entre les mains des Britanniques. Ce parti est en faveur du best loser system.
Un bail de 99 ans à la place de l?excision
Quatre mois avant la conférence (en avril), Anthony Greenwood visite Maurice. Il a jaugé les mobilisations organisées par le PMSD (100 000 personnes) et le PTr (moins de 50 000 personnes). Le président de la conférence est d?avis que ce n?est pas pratique d?aller vers l?Indépendance. Il changera de position et sera ?résolument contre le détachement des Chagos sans le feu vert du gouvernement mauricien. Il craint les conséquences politiques à Maurice.?
À l?ouverture de la conférence, Anthony Greenwood souligne qu?aucune proposition pour le futur constitutionnel de Maurice n?est exclue. ?Les Britanniques ont maintenu le suspense jusqu?au bout.?
Au départ, les délégations campent sur leur position. Le 20 septembre, Seewoosagur Ramgoolam réitère sa demande de concession aux Américains, de bail de 99 ans, ce qui amène Greenwood à dire : ?Mauritians have opened their mouth very wide over compensation.? Là, est décidée une réunion avec le Premier ministre britannique Harold Wilson et Seewoosagur Ramgoolam. Citant Jocelyn Chan Low, le conférencier rapporte qu??après avoir déploré que les Mauriciens font monter les enchères trop haut, Wilson dira que Seewoosagur Ramgoolam peut retourner à Maurice avec ou sans l?Indépendance?.
Commentaire de Paul Bérenger : ?C?est la perfidie d?Albion, zot finn fini deside ki pou fer.? Une réunion entre Ramgoolam, Bissoondoyal, Mohamed et Greenwood donne le feu vert au détachement des Chagos. Le PMSD est absent de la réunion. ?Devant le select committee de 1982, Gaëtan Duval dira que Greenwood a suspendu la séance et a invité les chefs de délégations à le rencontrer et que le PMSD a refusé d?y aller?. Un select committee qui dira dans son rapport que Ramgoolam n?a pas caché que sa ?priorité à Lancaster est l?Indépendance. Si j?avais à refaire le même choix, j?aurais fait la même chose.?
Le 23 septembre 1965, veille de la clôture, les ?komper angle zoinn ant zot?. Le lendemain, le PMSD boycotte la clôture. Paturau et Ah-Chuen se retirent. L?IFB (?Anerood Jugnauth finn fer Bissoondoyal sanz so pozision. L?Histoire retiendra sa contribution.?) et le CAM se sont ralliés au PTr. Le ?bolom? repartira avec de nouvelles garanties dans la Constitution, notamment concernant l?Indépendance du judiciaire. ?C?est la grande ?uvre de Seewoosagur Ramgoolam.?
Le 5 novembre 1965, le Conseil des ministres mauricien approuve le détachement des Chagos, mais le PMSD (Duval, Koenig, Devienne) dit son désaccord concernant la compensation. Trois jours plus tard, Londres publie un order in council (?enn zafer Moyen Age, enn laloi ki pa pass par parlman?) détachant les Chagos de Maurice et Farquhar, Aldabra des Seychelles, pour créer le British Indian Ocean Territory. Le 11 novembre, le PMSD claque la porte du gouvernement, à cause de divergences sur les conditions de la scission. Paul Bérenger, citant un ouvrage sur Gaëtan Duval dira aussi qu?il ?était en faveur de l?Indépendance. Son intention était de gagner les élections, de devenir Premier ministre et de demander l?Indépendance.? Prochain rendez-vous : 1968 à 1982 : Les années de braise et de transition.
COMPENSATION
La précision d?Olivier Bancoult
■ Présent dans l?assistance, le leader du Groupe Réfugié Chagos a jeté un éclairage sur les compensations reçues par les déplacés des Chagos. Armé d?un cahier à la couverture rose, Olivier Bancoult dira qu?une première compensation financière à l?intention des Chagossiens a été débloquée en 1978. ?L?argent avait été reçu en 1972. C?est Veerasamy Ringadoo qui était aux Finances. La somme est restée à la banque pendant six ans.? En 1978 donc, chaque Îlois a reçu, selon Olivier Bancoult, la somme de Rs 7 790. Un argent qui, ?a servi pou rakit tou bann det. à l?époque, certains devaient jusqu?à trois ans de location.? Des fonds distribués avant la compensation de 1982, qui représentait la somme totale de quatre millions de livres sterling, soit trois millions versés par les Britanniques et une contribution d?un million de Maurice.
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