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Ce que notre transit de Vénus doit à Amédée Nagapen et consorts
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Ce que notre transit de Vénus doit à Amédée Nagapen et consorts
A présent que le premier budget de Pravind Jugnauth et le débat budgétaire, ou plus exactement les insipides séances d?auto-glorification, ont éclipsé le transit de Vénus 2004, il ne restera bientôt, comme présence matérielle de cette journée, ô combien mémorable ? puisqu?on en reparlera à profusion en 2012 et même en décembre 2117 et en décembre 2125 ?, que les comptes rendus de nos journaux et le livre d?Amédée Nagapen sur ce sujet. A moins que, dans les jours qui suivent, notre Premier ministre, judicieusement briefé par sa conseillère Marie Josée de Robillard, ne décide génialement de confier au comité national, dirigé par Michael Glover, le soin de publier d?ici la fin de l?année un bel album, abondamment illustré des meilleurs clichés astronomiques et d?ambiance disponibles, et pouvant faire le bilan de l?événement historique rarissime du 8 juin 2004 à Maurice et à Rodrigues.
Il est dit plus haut que lorsque tout aura été oublié, il restera le livre d?Amédée Nagapen sur Le Transit de Vénus mais qui ne s?étend guère sur la journée du 8 juin 2004 pour la bonne raison qu?il a été imprimé et publié ? ô combien soigneusement et pieusement par la Government Printing de Sylvio Empeigne ? pendant les mois précédents. C?est dire combien s?imposent la poursuite de l?effort national, la rédaction et la publication d?un livre-l?album, retraçant, dans ses moindres détails, l?enthousiasme national du vécu du 8 juin 2004 à Maurice et à Rodrigues.
Mais si tout se termine, jusqu?à preuve du contraire, par le livre Le Transit de Vénus, tout commence aussi avec le projet de publication de ce livre. On peut même reculer dans le temps et situer la genèse des préparatifs à l?invitation faite par l?Académie des sciences d?Outre-Mer de Paris à Amédée Nagapen pour qu?il devienne un membre sociétaire de cette savantissime association. Le hic réside dans l?obligation qui lui est faite de se présenter à ses nouveaux pairs par l?entremise d?un exposé de nature scientifique, requête plutôt étrangère aux préoccupations mêmes historiques du vicaire général du diocèse de Port-Louis de l?époque. Notre pauvre Monsignore est sur le point de renoncer mais l?Esprit-Saint, qu?il a fidèlement servi à Bel-Air?Rivière-Sèche dans les années 1950 vient à son Bon Secours et le sort de son Trou (d?Eau-Douce), en l?invitant à aller chercher inspiration du côté du chanoine Gui Pingré.
L?historien du diocèse de Port-Louis sait, pour avoir fait l?historique de la paroisse Saint-Gabriel à Rodrigues, que les premières traces d?une présence sacerdotale à Rodrigues remontent au passage d?un prêtre, chanoine et astronome de surcroît, nommé Alexandre-Gui Pingré (1711-1796). Il faut dire que ses activités sacerdotales sont réduites au minimum. Notre brave religieux génovéfain de Senlis (congrégation dédiée à Sainte-Geneviève, 420-502, patronne de Paris, connue pour ses pouvoirs anti-Attila), passe le plus clair de ses jours et de ses nuits à des observations astronomiques quand elles ne sont pas de nature météorologique, géographique ou biologique.
Ce que Saint-Esprit veut, Amédée Nagapen le veut aussi. Il axera donc son discours de réception sur les faits et gestes à Rodrigues du chanoine Gui Pingré. Sur ce sujet, il bondira d?une découverte à l?autre pour finalement aboutir à une multitude d?informations les unes plus enrichissantes que les autres, de quoi estomaquer ces bons savants de Paris. Sans compter que, tout transi par ce que lui fait découvrir son confrère Pingré, Amédée Nagapen va devoir passer du transit du 6 juin 1761 à Rodrigues à celui du 9 décembre 1874, toujours à Rodrigues, mais aussi à Belmont, au Caudan, à Pamplemousses, à Solitude (Plaine-Magnien) et faire plus ample connaissance avec Lord Lindsay et David Gill, avec C.B. Neate et ses compagnons, avec Charles Meldrum, avec le capitaine Bews et son équipage, tous plus ou moins transis de Vénus.
Le discours à l?Académie des sciences d?Outre-Mer ne sera que résumé succinct de toutes ses découvertes, pour ne rien dire de la masse des manuscrits de Pingré sur Rodrigues, sa faune, sa flore, son climat, son relief, disponibles à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris, mais toujours inédites, faute de défricheurs disponibles. La fin de sa charge de vicaire général, le transfert de son bureau de l?évêché à sa résidence de Bonne-Terre, le déménagement d?une paperasse équivalente sinon supérieure à celle de Pingré sur Rodrigues, permettent à Amédée Nagapen et à sa secrétaire, Marie-Josée Craig, de sortir des oubliettes le discours de réception et de découvrir que le prochain transit est prévu pour le 8 juin 2004. Il n?y a plus d?hésitation possible. Le discours sur Pingré doit devenir un livre accessible à la population intellectuelle et bibliophile de Maurice. Et le livre doit impérativement paraître avant le 8 juin 2004.
Nous connaissons tous la puissance de travail rédactionnel d?Amédée Nagapen. Il livre cependant, en l?occurrence, une course contre la montre. Le temps et les ressources financières font défaut. Comme la plupart des gens de plume à Maurice, notre historien publie à compte d?auteur des ouvrages dans lequel il engloutit ce qu?il peut avoir comme économies. Il ne peut s?étendre autant qu?il le voudrait sur une observation scientifique d?autant plus passionnante qu?elle se situe au XVIIIe siècle, qu?elle est la seule à avoir été menée dans l?hémisphère Sud avec celle du Cap de Bonne-Espérance et qu?elle jouit de ce fait d?une considération astronomique. Les possibilités d?illustrations sont énormes mais coûtent beaucoup de sous, qui pour l?instant ne sont pas disponibles.
Janvier 2004, Amédée Nagapen et Marie Josée Craig convoquent un petit cercle d?amis pour leur faire part du projet de publier un livre sur le transit de Vénus de 1761. Le projet rebondit alors pour prendre de nouvelles ampleurs. Au fur et à mesure qu?Amédée Nagapen expose son projet de publication, les personnes présentes lui accordent leur appui, partagent son enthousiasme, ajoutent leurs grains de sel, font des suggestions, recommandent de donner au projet toute l?ampleur possible. Bref, ils pressent Amédée Nagapen de faire preuve d?une plus grande ambition littéraire, d?autant plus que les finances pointent à l?horizon. L?ambassade de France et Mauritours, l?occupante hôtelière du site de Pointe-Vénus à Port-Mathurin, à Rodrigues, là où eurent lieu les observations du lieutenant Neate en 1874, manifestent leur désir de financer en partie le projet de publication.
Un autre fait devait, en janvier 2004, encourager les membres du comité Nagapen à s?accrocher davantage au succès de l?entreprise. Marie Josée Craig se charge du suivi des sites Internet. Elle est vite dépassée par l?évolution de la situation. Les 800 sites Internet disponibles en décembre 2003 sont devenus 55 000 à la mi-janvier 2004. Ils dépasseront les 200 000 le mois suivant. Ils sont nombreux à souligner la place exceptionnelle de Maurice et de Rodrigues, tant en raison de leur emplacement idéal, permettant une observation de trois heures avant et après midi, qu?en raison des précédents historiques (1761 et 1874), permettant les plus utiles comparaisons pour l?histoire de l?astronomie universelle. Ces sites Internet manifestent l?intérêt de plusieurs pays à vouloir exploiter le transit de Vénus du 8 juin 2004 à des fins de promotion touristique. Plusieurs tours opérateurs proposent des visites organisées à Maurice et à Rodrigues autour du 8 juin. Plusieurs pays, moins bien situés que Maurice, prennent des dispositions pour attirer le plus de visiteurs possibles en préparant à leur attention des expositions, des conférences, des observations centrées sur ce transit. Des astronomes amateurs ou officiels de plusieurs pays et agences, dont de la NASA, manifestent leur désir de se rendre à Maurice et à Rodrigues à cette occasion. Une conclusion s?impose : il serait dommage que Maurice et Rodrigues passent à côté de cet engouement mondial alors que tant de pays envient leur emplacement idéal au milieu du sud de l?océan Indien. Il serait aussi malheureux que des astronomes émérites et des visiteurs de marque viennent à Maurice et à Rodrigues alors que rien ou presque n?est fait pour les accueillir dignement. Des contacts sont donc pris avec les milieux touristiques mais, l?agence Mauritours mise à part, ils ne sont guère couronnés de succès.
Attention les yeux
Les membres du Comité-Nagapen découvrent graduellement l?apport que peut présenter le transit du 8 juin 2004 au développement de l?intérêt des étudiants et des professeurs à tout ce qui touche
l?astronomie et la connaissance de notre univers galactique. L?intérêt du transit du 8 juin est à la fois scientifique et historique, compte tenu de la place jouée par Rodrigues en 1761 et en 1874. Il serait regrettable qu?un tel événement, survenant une fois par siècle, ne reçoive pas la considération voulue. Les contacts établis avec les milieux scolaires et universitaires ne sont non plus guère encourageants. Le Comité-Nagapen n?a aucun statut officiel pour aller au-delà d?une simple invitation.
Il en sera de même pour la santé publique. Les membres du comité se rendent vite compte de plusieurs choses contradictoires : 1) Plus on se rapprochera de la date du 8 juin 2004 et plus les Mauriciens seront avertis, entre autres par les médias étrangers, sites Internet compris, de l?importance universelle du transit de Vénus. 2) Si les Mauriciens ne sont pas dûment avertis, ils risquent de vouloir observer à l??il nu, ou pire encore avec de longues-vues, le phénomène, alors que rien ne peut être visible à l??il nu. Ils risquent fort d?être victimes d?éblouissements pouvant endommager irrémédiablement la rétine. 3) Il convient donc d?avertir la population (i) qu?on ne peut rien voir à l??il nu ; (ii) que, même à l?aide de télescopes appropriés, Vénus ne sera qu?un point noir sur le Soleil et (iii) que la tentation de regarder le Soleil à l??il nu peut entraîner des pertes de vision irrémédiables. Mais encore une fois comment un Comité-Nagapen auto-proclamé peut-il prétendre dire au ministère de la Santé ce qui doit être fait pour prévenir les risques possibles d?aveuglement ?
Une conclusion s?impose. Au départ, il n?y avait que les préparatifs à la publication du livre d?Amédée Nagapen. Ces préparatifs débouchent désormais sur des répercussions et des responsabilités dépassant de beaucoup les compétences et la bonne volonté, si grandes peuvent-ils être, d?un comité créé spontanément et n?ayant aucun mandat officiel. Le projet prend, dès février 2004, les dimensions d?un événement national, dépassant manifestement la compétence du groupe mis sur pied par Amédée Nagapen. Il faut passer la main à un comité organisateur plus officiel où siègeraient des représentants des autorités gouvernementales. Mais comment s?y prendre ?
C?est alors qu?intervient providentiellement Marie Josée de Robillard, conseillère du Premier ministre, Paul Bérenger. Ayant pris connaissance du contenu des délibérations du Comité-Nagapen, elle accepte de participer à sa réunion du 26 février 2004. Elle prend note des différents points de vue, résumant l?essentiel des constats et des recommandations précités. Elle saura briefer adéquatement Paul Bérenger. Ce dernier comprend tout de suite l?importance que peut prendre sur le plan national la journée du 8 juin 2004. Il convoque officiellement les parties concernées à une réunion, pour le 4 mars 2004. Après avoir pris connaissance de tous les aspects du projet, il décide la nomination d?un comité national qui sera ultérieurement confié au ministre du Tourisme, Anil Gayan, et à Michael Glover.
La suite, tout le monde la connaît. Elle a été amplement racontée avec force photos et prises d?images par tous nos médias. Elle raconte le succès national, l?enthousiasme général, l?engouement plus prononcé pour les sciences astronomiques suscités par le transit de Vénus du 8 juin, avec un minimum de dégâts au niveau des yeux. Nous pouvons parler d?une véritable démocratisation du transit de Vénus qui n?avait été observé, en 1761 et 1874, que par quelques privilégiés, pour la plupart étrangers. On peut toutefois valoriser davantage cette journée mémorable et mieux la pérenniser en rassemblant dans un ou plusieurs albums, abondamment illustrés, les temps forts de cette journée inoubliable.
Mais l?île Maurice ne doit jamais oublier ce qu?elle doit à ce sujet à Amédée Nagapen, à Marie Josée Craig, à Marie Josée de Robillard, à Paul Bérenger, à Michael Glover et à tous ceux qui les ont aidé à faire de ce 8 juin un événement historique aussi retentissant que le souvenir des journées du 6 juin 1761 et du 9 décembre 1874. Grâce à eux, Mauriciens et Rodriguais n?ont pas raté leur rendez-vous avec l?Histoire mais, au contraire, ont pu le vivre intensément.
<I>?Ils sont nombreux à souligner la place exceptionnelle de Maurice et de Rodrigues, tant en raison de leur emplacement idéal, permettant une obser-vation de trois heures avant et après midi, qu?en raison des précédents historique, permettant les plus utiles comparaisons pour l?histoire de l?astronomie universelle.?</I>
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