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Ce ?détestable mépris?
Notre lecteur trouvera bientôt dans nos pages le Code de conduite et de pratique qui servira aux journalistes de l?ensemble des publications du groupe La Sentinelle. A ?l?express?, la réflexion sur ce projet de publication, que nous avons depuis longtemps à coeur, est bien engagée. La polémique provoquée par le rédacteur en chef du ?Mauricien? nous a rendu davantage conscients de l?urgence de faire savoir à nos lecteurs ce qui dicte nos choix. Ce sera fait.
Cette réflexion nous a amenés à consulter les codes d?éthique de plusieurs pays ainsi que celui de la Fédération internationale des journalistes. Cela nous permet de penser que le rédacteur en chef du Mauricien s?inspirerait en particulier du code allemand. C?est là qu?il aura trouvé une nouvelle occasion de critiquer nos choix. Le code allemand, que citait d?ailleurs Gilbert Ahnee mardi pour soutenir un autre argument, réprouve explicitement l?évocation des suicides. Ce n?est pas le cas pour bien d?autres codes, dont celui de France et celui de la Grande-Bretagne. C?est dire si la profession est divisée sur la question. Nous le sommes d?ailleurs nous-mêmes : pas plus tard qu?hier, nous avons débattu de la manière dont nous devrions traiter deux nouveaux cas de suicide de jeunes. Jusqu?ici le lecteur ne s?est jamais offusqué de notre couverture. S?il l?est, son avis sera bienvenu à notre réflexion.
Nous pensons que Gilbert Ahnee a une préférence pour le code allemand. En fait, nous ne sommes sûrs de rien. Car le premier principe même qu?imposent ces codes, unanimement, est ?accuracy and fairness?. Or, le rédacteur en chef a encore démontré hier qu?il n?est ni exact, ni juste dans ses propos. Il suggère que nous aurions ?dénigré? ou ?tourné en dérision? son professionnalisme ces deux derniers jours. Nous récusons ces reproches. Nous avons constamment répété que nous ne considérons pas cela éthique de s?en prendre de la manière dont il l?a fait à un confrère. Nous avons été attaqués, nous nous sommes défendus en justifiant nos choix éditoriaux. Un point c?est tout.
Nous doutons d?autant plus que Gilbert Ahnee se réfère à quelque écrit que les codes disent encore : ?News and information accepted for text or pictorial publication must be checked for accuracy with all the thoroughness circumstances permit?. C?est la raison, et la seule pour laquelle nous n?avons pas exploité comme il l?a fait le débrayage des employés de la banque. Nous avons reçu la nouvelle et nous l?avons vérifiée auprès de quatre succursales. Des quatre, trois nous ont dit qu?elles travaillaient ?normalement?. Que ce débrayage ne fut pas général nous a donné à penser qu?il n?était pas important. Dans l?urgence, nous n?avons pas suffisamment mesuré les conséquences de la fermeture ne serait-ce que d?une succursale. Nous nous sommes concentrés sur la colère du conseil d?administration de la MCB contre la Justice et avons plutôt cherché à savoir ce que ferait le n° 1.
Nous avons eu tort, nous le reconnaissons. Le journaliste lutte perpétuellement pour ne rien manquer, pour toujours bien évaluer. Il n?y parvient pas toujours. Celui du ?Mauricien? aussi. Deux jours plus tard, ce journal ratait la disparition de deux hommes dans la rade, survenue pourtant quelques heures avant sa parution. Si Gilbert Ahnee insinue autre chose qu?un ratage, qu?il y a eu par exemple volonté délibérée de ?minimiser? l?information suivant quelque intérêt, il faudra qu?il nous explique quelle logique nous inspirait alors la décision de titrer en Une, deux jours plus tard, la sanction qu?imposait la Banque centrale à la MCB?
Gilbert Ahnee se laisse aller à un autre ?reproche? encore qui nous déconcerte. Nous tomberions dans le ridicule si nous cherchions à démontrer que ce ne devrait pas être à notre consoeur Shenaz Patel, plus sensible à l?écriture que ne le serait un autre de ses collègues, d?animer la page littéraire de l?hebdomadaire du groupe de Gilbert Ahnee, sous prétexte qu?elle est elle-même écrivain. Tout comme la plasticienne Jeanne Gerval Arouff, notre collaboratrice, n?a jamais commenté une de ses expositions, Shenaz Patel ne pensera jamais à commenter un de ses ouvrages. Y a-t-il matière à discussion ?
Nous avons la preuve par les chiffres du respect que le lecteur porte à ?l?express?. Parce que cette polémique lui a donné à mieux voir notre honnêteté et notre professionnalisme, elle n?aura que renforcé ce respect. Elle aura aussi renforcé notre volonté de nous améliorer pour mieux servir ce lecteur. S?améliorer est un ?commitment? pour notre jeune équipe. Par la formation, mais aussi par les leçons des anciens. L?une d?elles, récentes, nous semble particulièrement appropriée ici. Elle enseigne l?humilité face à l?arrogance qui guette le journaliste, face aussi à ses limites. Elle l?invite à accepter qu?il ne peut tout maîtriser. Cette leçon se lit ainsi : ?D?un confrère plus au fait d?une question particulière, d?un lecteur ayant personnellement vécu un incident que nous aurions partiellement rapporté, d?un contradicteur soulevant un point qui nous aurait échappé, voire d?un homme politique attirant notre attention sur la complexité d?un dossier que nous aurions traité de manière réductrice, d?une foule de gens, nous avons plein de choses à apprendre, plein d?utiles leçons à recevoir. Ce n?est pas au ?Mauricien? que l?on encouragera l?arrogance journalistique et ce vedettariat à la petite semaine qui peuvent parfois, entraîner l?un ou l?autre à se murer dans ses certitudes et à traiter le commun des mortels avec un détestable mépris?? L?auteur de ces lignes était bien entendu l?éditorialiste du ?Mauricien?.
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