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Cate Shortland et la nouvelle vague de réalisateurs australiens
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Cate Shortland et la nouvelle vague de réalisateurs australiens
Le cinéma australien est depuis quelques années, sous l?emprise d?une nouvelle vague. La cinéaste Cate Shortland en fait partie. Elle a lancé le Festival de films australiens mercredi dernier.
Cate Shortland aime les gens. Pas l?argent. C?est en tout cas ce qu?elle affirme avec force. Consciente des réalités sociales de son pays, sensible à la cause aborigène, elle ne fait pas des films qui rapportent gros. En dollars australiens s?entend. Car ses films portent, en revanche, un regard sans complaisance sur la société australienne.
La cinéaste fait partie de cette génération d?Australiens qui effectue un retour sur les valeurs indigènes de leur pays. Une génération qui a vu le jour il y a une dizaine d?années déjà. Elle a donc tourné la page sur ce que Ian Mc Conville, le haut-commissaire australien à Maurice, appelle le cinéma colonial et l?épisode Crocodile Dundee. ?Comédies dramatiques, films à suspense, le nouveau cinéma australien parle des enjeux de l?Australie d?aujourd?hui?, commente le haut-commissaire australien.
Le choix des films qui sont projetés au festival australien, depuis jeudi, en est l?illustration. Les comédies dramatiques tiennent le haut du pavé. Elles parlent des réalités de l?Australie moderne, à travers la vie de gens ordinaires. Des vies peu banales.
C?est le cas de Somersault, le film de Cate Shortland. Il raconte l?histoire d?Heidi, une fille de 16 ans, interprétée par Abbie Cornish.
?Le film raconte comment une petite fille découvre la sexualité et l?attirance physique?, résume Cate Shortland. Mais ce sont aussi ses rencontres avec des jeunes qui ont subi divers traumatismes qui ont inspiré Cate Shortland. Elle a rencontré des jeunes de différentes origines des régions urbaines, victimes d?agressions sexuelles. ?En Australie, les jeunes vivent beaucoup avec leur corps et accordent beaucoup d?importance à l?apparence?, témoigne la cinéaste.
Des échanges avec des cinéastes mauriciens
Mais elle travaille aussi beaucoup dans le milieu aborigène. Elle est fortement influencée par les spiritual lands australiens.
?J?habite dans un petit appartement et ma motivation n?est pas de faire des films pour de l?argent?, confie la cinéaste. Pour elle, la simplicité est aussi un style de vie. Et c?est cette simplicité qu?elle veut probablement communiquer. Elle est d?ailleurs ravie de pouvoir effectuer des échanges, durant son séjour, avec les cinéastes mauriciens. Une rencontre a eu lieu à la Mauritius Film Development Corporation. ?C?est très excitant d?être dans une société multiculturelle.?
Cate Shortland est sensible à la réalité mauricienne, à plus forte raison parce qu?elle est aussi du multiculturalisme. ?En Australie, nous sommes très divisés, il y a beaucoup de xénophobie?, témoigne-t-elle.
Cate Shortland avoue, au passage, son admiration pour l?un des films programmés au festival. Il s?agit de Green bush, de Warwick Thornton, qui raconte l?histoire d?un Dj, très populaire parmi les pensionnaires de la? prison de la ville. Le réalisateur est aborigène et sa carrière est prometteuse. Le film est simple, sa qualité première, selon la cinéaste australienne.
SYNOPSIS
Un regard doux de mère
■ On pourrait penser que ?Somersault? (de 2004 et projeté ce soir à 19 h 30) décrit d?abord une jeunesse sans repères, dans un pays de peuplement bâti sur un mythe de figures conquérantes, à la manière du Far West américain, et dont la réussite économique et sociale reste un modèle (et une option) pour beaucoup d?entre nous. On suit les errements d?une ado dans un monde ?vaste?, ?blanc?, ?vide? et ?froid?, comme celui du voyageur des vieilles légendes allemandes. Certes, pour s?être intéressée au sort de jeunes de milieux difficiles, la réalisatrice australienne Cate Shortland connaît parfaitement son sujet. Mais le film nous a vraiment surpris par son extraordinaire puissance et sa chaleur, qui ressemble beaucoup à l?énergie aimante des mères. On est transporté par ce regard qui, des deux bords, celui de la réalisatrice ou celui que nous voyons briller (de façon si complicitement Aussie) chez les acteurs qu?elle dirige, embrasse tout, est parfois cru (le viol, la bisexualité, la violence latente et l??dipe généralisé) mais n?exclut rien. Et qui, sans jamais perdre de vue le flot de vie qui le gouverne, prend tous les risques: celui de la mièvrerie (le côté fleur bleue, les attentes d?Heidi), celui de la banalité (la scène du resto), de la carte postale, de l?ennui (peu de bande son, des silences, des chuchotements) sans jamais y sombrer. Pour en ressortir avec davantage de vérité et de sympathie, dénoncer la démission des pères, la faiblesse des fils, et la force de la compassion des mères.
Va-t-on au cinéma pour se sentir moins seul (car Heidi erre seule aussi), pour un bon scénario et de beaux acteurs (l?adorable Abbie Cornish est une révélation), pour voir ou pour être touché ? On sent beaucoup, dans ce film de la veine des ?Company of strangers? de Cynthia Scott (pour l?amour de la vie et des femmes), ?Monsoon Wedding? de Mira Nair (pour l?amour de la ville et des gens), de la Jane Campion d??Angel at my table? (Cate Shortland connaît sans doute aussi bien Robert Bresson). On sent le parfum d?une femme et celui d?une cafetière à pression, le goût d?un nugget salvateur et l?abattement d?une chute de neiges, la torpeur fétide d?une chambre de motel et le bras musclé d?un fermier soulevant ses meules, la blessure de l?ami et la tendresse de l?aveu. Bref, il y a du plaisir pour le cinéphile et de la beauté brute pour tous.
Olivier MASSON
CALENDRIER
Un cinéma différent
■ Le Festival du film australien a démarré le 14 au Théâtre Serge Constantin, avec la projection de ?Somersault?. Organisé par le haut-commissariat australienne, en collaboration avec le ministère des Arts et de la Culture, il propose une dizaine de longs-métrages et autant de courts-métrages.
Parmi les films proposés, signalons ?Danny Deckchair? de Jeff Balsmeyer, ?Lantana?, de Ray Laurence, ?The Man who sued God? de Mark Joffe, ?Three dollars? de Robert Connelly, ?Hildegard? de Di Drew et ?The Magic pudding? de Karl Zwicky. Parmi les courts-métrages citons ?Crooked mick? ou encore ?Harvey Krumpet?. Le festival prend fin mercredi. Les séances sont à 19 h 30.
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