Publicité

Cancun : des avancées mais aussi de nouveaux dangers

18 septembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le ministre de l?Agriculture, Pravind Jugnauth, a une opinion mitigée sur la question des retombées de la conférence ministérielle de l?Organisation mondiale du commerce (OMC), qui s?est tenue à Cancun la semaine dernière. C?est ce qui ressort d?un point de presse qu?il a animé hier à son retour du Mexique.

Certes, avec l?échec des négociations, les préférences commerciales dont bénéficie Maurice demeurent inchangées. Mais qui sait ? Un éventuel accord aurait peut-être intégré les garde-fous souhaités par Maurice pour sauvegarder ses intérêts.

Par ailleurs, Pravind Jugnauth met en garde contre de nouveaux dangers menaçant les préférences commerciales. Premièrement, il y a le fait que la ?clause de paix? expire en décembre. Cette clause prévoit qu?aucun pays membre de l?OMC ne peut attaquer et remettre en cause les préférences commerciales, qui sont effectivement incompatibles avec les règles de l?OMC.

Cette ?clause de paix? était en quelque sorte un cessez-le-feu. Lorsqu?elle expirera, en décembre, tout pays se sentant lésé par les préférences commerciales pourra les remettre en cause et en faire un cas auprès de l?OMC. ?C?est une menace sérieuse. A l?expiration de cette clause, nous serons potentiellement en difficulté?, dit Pravind Jugnauth.

Gare aux propositions de Lamy

Le ministre de l?Agriculture indique toutefois qu?il est toujours possible d?obtenir cette extension à travers les instances de l?OMC, à Genève. Mais il faudra l?accord de tous les pays. ?Ce ne sera pas évident car tous n?ont pas les mêmes intérêts. Un gros travail nous attend?, affirme-t-il.

Le ministre de l?Agriculture attire également l?attention sur une proposition faite par le commissaire européen au commerce, Pascal Lamy. Lors d?une réunion à Cancun avec les ministres de l?Union africaine (UA), le négociateur de l?Union européenne (UE) a invité les pays africains à soumettre une liste de produits agricoles sur lesquels ils souhaitent que les subventions soient enlevées.

Le plus grave est que Pascal Lamy a déclaré que l?UE serait même prête à considérer l?élimination des subventions sur le sucre si l?UA le demande. Une suppression de subventions qui implique une baisse du prix obtenu par Maurice pour son sucre exporté.

?C?est un autre danger qui nous menace. Nous devons être très vigilants?, poursuit Pravind Jugnauth. Celui-ci a d?ailleurs déjà fait part de ses appréhensions à son homologue français au cours d?une discussion bilatérale.

Concernant l?échec des négociations à la conférence de l?OMC à Cancun, le ministre de l?Agriculture est assez mitigé sur la question. ?Nous ne pouvons pas être catégoriques. On peut se dire que le statu quo vaut mieux que de ne pas avoir trouvé ce que nous souhaitions dans l?accord. Mais si tel avait été le cas, alors il s?agit peut-être d?une occasion ratée?, analyse Pravind Jugnauth.

Mais des avancées ont été notées à Cancun, malgré l?échec des négociations qui ont principalement buté sur les ?singapore issues? et sur le dossier coton.

Ainsi, si le concept des préférences commerciales figurait déjà dans le projet de déclaration finale avant même la réunion ministérielle de l?OMC, le texte adopté à Cancun est mieux que la première ébauche. Maurice et l?alliance des pays les moins avancés ? de l?Union africaine et du groupe Afrique-Caraibes-Pacifique (ACP) ? ont pu y faire inclure des propositions importantes.

Lutter pour survivre

La première est que les pays pauvres auront davantage de temps pour réduire les droits de douane et à un rythme plus lent. Le texte final prévoit aussi que la réduction des subventions agricoles soit étalée sur une plus longue période et qu?elle tienne compte de l?importance des préférences commerciales. La marge de préférence doit être maintenue et un mécanisme mis sur pied pour atténuer l?impact de l?érosion des préférences.

Un fait demeure néanmoins certain : l?élimination des subventions agricoles arrivera tôt ou tard et Maurice doit continuer à lutter pour s?assurer que cela se passe dans les meilleures conditions possibles.

L?élimination des subventions est un principe qui a été agréé en 2001 lors de la réunion de l?OMC, à Doha. La seule chose que Maurice puisse faire, c?est de s?assurer que ce processus soit étalé sur une longue période.

Cette baisse est inévitable, mais il faut veiller à ce qu?elle soit très graduée et étalée dans le temps afin de ne pas pénaliser l?industrie locale. Notre pays se prépare déjà à faire face à ce scénario avec les profondes réformes engagées dans ce secteur, rappelle le ministre de l?Agriculture.

Publicité