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Ca sent le gaz à plein nez

25 septembre 2004, 20:00

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«Mo bann zanfan revinn lakaz avek malad latet. Zot vomi, zot gaign lafiev. Ena foi, zot pas kapav al lekol enn ou de zour par semenn », confie Medgé, qui habite Grande-Rivière Nord-Ouest (GRNO). Depuis le début de l?année, son fils de 11 ans et sa fille de 10 ans, élèves de l?école GRNO font le va-et-vient chez les médecins, mais les symptômes ne s?estompent guère. Bien que ce parent d?élève sente aussi une odeur insidieuse imprégner l?atmosphère, il ne se doute pas que le pire est à venir : « Souvent nou senti enn loder, li pas oussi for ki petrol, me li fatig ou. Ou senti lagorz grate. Nou pas finn trop pan kont.. Fode enn bann zanfan inn tombe pou ki nou kompran ki pe arive en réalité ».

En quatre jours, une cinquantaine d?enfants et certains enseignants souffrent de malaises et de maux de tête, et sont immédiatement conduits à l?hôpital. Alertés, les ministères de la Santé, de l?Environnement et de l?Education réagissent rapidement. Un camion-laboratoire pour vérifier si l?air contient des atomes polluants a été placé dans l?enceinte de l?établissement scolaire, alors que les enfants et le personnel de l?école ont repris le chemin des classes.

<B>Nuisances olfactives chroniques</B>

Une entreprise fabriquant de l?acétylène, implantée près de l?école depuis 1952, les Gaz Industriels Ltée, est montrée du doigt comme étant responsable de ces émanations toxiques. Selon les habitants du quartier, des plaintes ont été faites au sujet de ces effluves polluants, mais en vain.

Toujours est-il que les habitants sont obligés de supporter cette odeur insalubre. Pour Sadeo, 70 ans, qui vit à GRNO depuis une vingtaine d?années, il ne peut pas profiter d?un moment pour se relaxer sous sa varangue. «Parfoi ler pe asize, sa loder la fer ou gaign vertiz. Bizin sove, rent dan lakaz, ler la pou kapav respire », confie-t-il.

Vivre et surtout supporter de mauvaises odeurs : voilà le calvaire de nombreux Mauriciens. Si certains taisent leur souffrance, d?autres ne mâchent pas leurs mots. « Non, pas pou kapav, ne pli kapav res isi. Monn degoute, mo pe bizin van mo lakaz mo pe ale.» Roseline Goetz qui a pourtant une jolie maison prend la clef des champs parce qu?elle n?en peut plus, et qu?après six ans de lutte acharnée, elle n?a plus l?espoir de venir à bout des problèmes qu?elle rencontre à Baie-du-Tombeau.

Les coupables sont insidieux : « loder kaka melanze ar loder somon ek loder manzé animo ». Ce cocktail de matières fécales d?un sewerage et d?émissions malodorantes des usines situées dans les parages en incommode plus d?un. « Kouma sey ouver lafnet ou laport, gaigne enn loder kaka ou bien somon. Pena fet, pena narien kapav fer isi. Si ou pe manze, sa loder la monte, ou gaigne maloker », déclare cette femme qui a remué ciel et terre pour venir à bout de ces effluves.

« Akoz loder nou prisone dan nou lakaz. Kan dimounn vinn kot nou nou onte. À croire ki kot nou ki ena sa loder kaka la. »

Pour ajouter à leur misère, il y a aussi un champ de canne à sucre à côté, et quand on brûle la canne, c?est la galère. Récemment, la fumée a envahi les maisons à deux heures du matin et une vieille dame a dû être hospitalisée à cause d?un malaise, témoignent les voisins. « Nou sey gard nou lapenn, nou sufrans me zordi nepli kapav tini », déclare Roseline Goetz, qui vit à Baie-du-Tombeau. Au beau milieu de l?entretien, l?air se remplit d?une odeur putride de poisson mêlée à celle d?excréments. On éprouve du mal à respirer. « Ki nou bizin fer, kraz kik biro, alle manifeste, al koz lor tou radio enkor ? », se désespère-t-elle.

Même son de cloche pour Frédéric Baptiste qui habite Baie-du-Tombeau depuis 14 ans et à qui ces effluves rendent la vie difficile. « Le matin pendant que j?attends le van pour aller travailler, je dois me boucher le nez avec mon t-shirt. Nou mari dan lapen, loder la rent dan lakaz ek tasse ar ou. »

Frédéric fait aussi partie de ceux qui se sont plaints de ces nuisances olfactives chroniques, mais en vain. Ca empeste aussi parfois au rond point Kaya, une puanteur qui viendrait d?une usine de Riche-Terre. Ghislaine Joli, qui habite derrière une entreprise, subit ces odeurs pestilentielles. « Sa passe dan bann menol. Kan sa leve pas kapav tini, sa vir ou lestoma. »

<B>Un cocktail d?insecticides</B>

De l?autre côté, il y a ces pesticides que l?on hume. Étymologiquement, on pourrait traduire le mot pesticide par « tueurs d?hôtes indésirables ». Est-ce ce que l?on réserve à tous ces enfants dont l?école se trouve à proximité des grandes plantations ? Au début du mois, 46 élèves et deux enseignants ont été envoyés d?urgence à l?hôpital Sir Seewoosagur Ramgoolam pour une intoxication aux pesticides.

Une trop forte dose de ces produits aurait été épandue sur des arbres fruitiers. Les méfaits des pesticides sur les gens ne datent pas d?hier. Pendant que les planteurs continuent à augmenter le rendement, ces produits chimiques provoquent des malaises.

Quid des responsabilités? Un employé du ministère de l?Agriculture fait ressortir qu?il existe une réglementation à ce sujet. « Les problèmes surgissent quand les planteurs utilisent des doses largement supérieures à ce qui est nécessaire. D?autres font un cocktail d?insecticides sans évaluer le risque d?associations avec d?autres substances », explique-t-il. Il paraît même que des agriculteurs utilisent du DDT, pourtant banni par le ministère de l?Agriculture il y a une dizaine d?années, pour arriver à bout des insectes.

Mais que pense notre informateur sur ces cas répétés ? « Je me méfie. Je me demande si on n?a pas affaire à une sorte de psychose. Les gens vivent tellement de malaises sociaux. Il suffit qu?un enfant ne veuille pas travailler, qu?il invente un malaise pour que les autres croient ressentir la même chose », se hasarde-t-il à dire, tout en se référant à un cas qui s?est produit en Amérique.

Le problème est que la perception des odeurs est un phénomène complexe et subjectif. Quand les habitants insistent auprès des différentes autorités, et menacent de venir manifester, il y a une accalmie qui ne dure pas. L?odeur vient et repart, elle réveille les gens même en pleine nuit. Des moyens pour assainir les odeurs doivent pourtant exister, et certaines usines investissent pour ce faire, mais les odeurs ont la vie dure?

<B>Réaction du ministère de l?Environnement</B>

Comment expliquer que des usines polluantes ou toxiques se situent à proximité des zones résidentielles ? L?aménagement du territoire est pris en charge principalement par le ministère des Terres et du Logement en association avec le Town and Country Planning Board et les autorités locales, nous explique-t-on. Toutefois c?est seulement depuis que l?Environment Protection Act, promulgué en 1991, a été révisé en 2002 que le ministère de l?Environnement a son mot à dire dans la planification du développement des terres, et ce, grâce à l?Environment Impact Assessment (EIA).

Avant 1991, les industriels n?avaient pas besoin de cette licence EIA pour s?installer. Pour réduire les nuisances possibles, il est désormais indispensable de détenir une licence EIA. Les procédures, la distance entre les usines et les groupes vulnérables (résidences, écoles, etc.), le type de déchets générés, etc. sont pris en considération. « Il est à noter que plusieurs industries étaient là bien avant et que le morcellement en quartiers et la construction d?écoles sont venus après », fait-on ressortir. Mais les usines implantées avant 1991, font-elles l?objet de contrôles pour veiller à ce qu?elles appliquent les normes en vigueur aujourd?hui.Existe-t-il des moyens de réduire les effets polluants?

À cela, le ministère affirme que des contrôles de sites dans les usines à risques sont régulièrement entrepris.

« Nous avons mis en place deux Ambiant Air Monitoring Stations pour mesurer les paramètres de l?air ambiant. Le National Environmental Laboratory de Réduit analyse l?air et la surface de l?eau. En cas de non-conformité aux normes, le ministère s?assure que les usines en questions prennent des mesures », déclare un fonctionnaire. En matière de pollution d?eau ou de bruits, des entreprises privées, des laboratoires, et même certains ministères possèdent les équipements nécessaires pour mesurer le taux de pollution. « En ce qui concerne les effluves, en l?absence de normes, nous devons nous fier au sens de l?odorat des officiers », précise-t-on.

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