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Bruno Cunniah décode ?Le Notaire du Havre?

7 février 2005, 00:00

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Inscrit au programme du School Certificate, Le Notaire du Havre de Georges Duhamel, s?accompagne désormais d?un compagnon critique. Publié aux Editions Le Printemps, cette analyse du premier des dix volumes de la Chronique des Pasquier, est signée Bruno Cunniah, responsable du département de French Studies à l?Université de Maurice. Elle est disponible à Rs 125.

?L?homme est incapable de vivre seul et il est incapable de vivre en société. Comment faire ? ? Lancinante question que Bruno Cunniah tente d?élucider en prenant le soin de nous prévenir : ?Pour l?humaniste que deviendra Georges Duhamel, cette question demeure à jamais sans réponse.? Le critique délimite les contours de ce ?mystère? en dressant la liste des préoccupations de l?auteur tout au long de son ?uvre titanesque.

?L?individualisme, l?amour de la solitude et sa relation avec les notions de religion et de moralité.? Des concepts basés sur l?ego ? voire l?égoïsme ? que Bruno Cunniah juxtapose à un ?immense tissu social où se confondent la communauté des hommes, l?amitié et la famille.? Points de vue, semblent-ils irréconciliables que Duhamel explore en allant chercher jusqu?en Amérique. Cunniah nous rappelle que fin 1928, Georges Duhamel, né en 1884, se rend aux Etats-Unis, ?pour découvrir le monde d?après-guerre.?

Mais l?auteur sera déçu par le Nouveau Monde. Il verra les Etats-Unis ?comme une dictature commerciale et industrielle qui ne fait qu?imposer de nouveaux besoins et de nouveaux désirs à l?humanité.? Autant de désillusions qui alimenteront le cycle de romans de la Chronique des Pasquiers. Bruno Cunniah relève que l?auteur lui-même décrit l??uvre comme ?une histoire de l?élévation et de l?accession à l?élite d?une famille française à la fin du XIXème et au début du XXème siècle.?

Bruno Cunniah suit Duhamel à la trace pendant que celui-ci cherche à expliquer les mécanismes de la formation de l?élite dans une société moderne. Selon lui, ?ce qui fait le charme de ce roman, c?est son atmosphère (?) ce que l?on qualifie aujourd?hui d?esprit classique.?

Le critique démêle l?écheveau des générations de Pasquier ? le père Raymond, ses enfants Laurent ? le héros du Le Notaire du Havre qui deviendra l?un des plus éminents biologistes de son époque. Penché sur l?épaule de Duhamel, le critique rend également compte de la vie de l?auteur, de son sens de l?humanisme, des autres thèmes qu?il traite.

Bruno Cunniah ne manque pas de noter ?une forme de retenue volontaire chez Duhamel (?) Un manque d?exubérance (qui) se retrouve également sur le plan du style qui est simple et directe, (sans) aucun exemple d?éloquence pure.?

Pour lui, ?Le Notaire du Havre ? sorti en 1933 ? fait partie de ces romans intimistes qui reprennent des souvenirs et des expériences personnelles de l?auteur (?) où Duhamel développe les conflits entre sa vie privée et sa conscience.? Etablissant des liens avec des contemporains de l?auteur tels André Gide, Paul Claudel et Marcel Proust, Bruno Cunniah décode cette ?nouvelle vague? ? chaque génération en a forcément une ? en dirigeant le regard vers des sensibilités d?après-guerre telles François Mauriac et Jules Romain.

Sans équivoque, le critique résume ?le secret du bonheur pour Duhamel? en ces termes : ?l?ordre, la paix et une certaine harmonie. Cependant, ces facteurs sont difficiles à atteindre et encore plus à maintenir. Duhamel ne cessera jamais de mettre en valeur les vertus de la solitude et de la méditation.?

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