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Blair encouragé à ne pas négocier avec les ravisseurs de Bigley
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Blair encouragé à ne pas négocier avec les ravisseurs de Bigley
Rarement un chef d?Etat ou de gouvernement aura été l?objet autant que Tony Blair depuis quelques jours d?implorations publiques, directes ou indirectes, l?adjurant de faire ce qu?il sait impossible : laisser croire par une initiative, une promesse ou quelques phrases rassurantes qu?il pourrait envisager de négocier avec les ravisseurs islamistes de l?otage britannique Kenneth Bigley, 62 ans. Ce dernier a été capturé le 16 septembre avec deux ingénieurs américains, Eugene Armstrong et Jack Hensley, qui ont tous deux été décapités par leurs bourreaux.
La Grande-Bretagne était encore, jeudi 23 septembre, sous l?émotion du poignant message vidéo adressé la veille au premier ministre par Kenneth Bigley « S?il vous plaît, M. Blair, montrez un peu de la compassion que vous affirmez avoir. (...) Je ne veux pas mourir, je ne le mérite pas. S?il vous plaît, aidez-moi à revoir ma femme...», et de la prière faite dans la nuit aux ravisseurs par le fils de l?otage, Craig «Merci de l?avoir laissé lancer son appel. Toute la famille est très reconnaissante pour son message. Soyez clément comme on sait que vous pouvez l?être. Relâchez Ken pour qu?il rejoigne sa femme et sa famille», lorsque la mère du détenu intervenait publiquement à son tour.
D?une voix étranglée par les sanglots, fermant les yeux pour retenir ses larmes, Elizabeth Bigley, 86 ans, entourée de deux de ses fils, a supplié les preneurs d?otages : «Je vous prie d?aider mon fils. Ce n?est qu?un travailleur qui veut soutenir sa famille. S?il vous plaît, montrez de la pitié et renvoyez-le-moi vivant. Sa famille a besoin de lui. J?ai besoin de lui.» Une heure plus tôt, Tony Blair avait parlé pour la seconde fois par téléphone avec la famille de l?otage. Comme mardi, lors d?une première conversation, rien n?a filtré de cet échange. L?épouse thaïlandaise de Kenneth Bigley a, elle aussi, demandé aux ravisseurs de faire preuve de pitié. «Je prie pour votre miséricorde et vous supplie de le relâcher. (...) Mon époux est un homme normal, travailleur, qui aime sa famille et voulait aider la population de l?Irak, un pays où il s?est fait de nombreux amis.»
à trois semaines de la retraite
L?un des frères de l?otage, Paul Bigley, a exprimé sa colère, jeudi, en accusant les Américains d?avoir «saboté» la libération de son frère en empêchant l?élargissement de trois prisonniers irakiens approuvé, selon lui, par le ministère de la justice à Bagdad : «Cela a été un tout petit peu de lumière dans un long tunnel froid et dégoûtant. Maintenant, cela a été saboté. Est-ce que c?est un gouvernement fantoche ou est-ce que les Américains changent encore les règles du jeu ?»
Le gouvernement britannique a réaffirmé, jeudi, qu?il ne négocierait pas avec les preneurs d?otage. «La situation est comme avant, a souligné un porte-parole du Foreign Office. Cela n?a pas changé depuis la nuit dernière et cela ne va pas changer pendant longtemps. Ce qu?ils font, c?est en fait de torturer l?otage.»
Même mise au point à Downing Street : «Le gouvernement fait tout ce qu?il peut pour obtenir la libération de Ken Bigley, mais il n?a pas l?intention de négocier avec les terroristes.»
Tout en compatissant avec le calvaire de l?otage et de sa famille, la majorité des Britanniques comprennent ou soutiennent l?attitude intransigeante du gouvernement face aux ravisseurs islamistes. La presse est unanime dans son appui au pouvoir, chose inédite à propos de l?Irak. C?est notamment le cas des deux journaux les plus hostiles à la guerre, The Independent et le Daily Mirror.
«Tous les gouvernements concernés, y compris le nôtre», commente The Independent, «ont raison lorsqu?ils insistent publiquement sur leur refus de négocier avec les terroristes. (...) D?une certaine manière, l?échec du gouvernement français à obtenir la libération de ses journalistes retenus en otages est salutaire pour le gouvernement, car elle démontre l?inutilité d?efforts diplomatiques et compliqués.»
«Quelle que soit son envie de sauver la vie de M. Bigley, renchérit le Mirror, M. Blair sait qu?en cédant aux fanatiques, il mettrait en danger d?autres personnes en encourageant les terroristes à croire qu?ils peuvent réussir.»
Le drame de Ken Bigley rappelle que quelque 2 300 Britanniques travaillent actuellement en Irak, pour le compte d?une soixantaine de compagnies. Le Foreign Office avait averti ceux qui estimaient leur présence «essentielle» de renforcer leur sécurité, en déménageant vers les quartiers ou hôtels de Bagdad les moins exposés. Ken Bigley n?avait plus que trois semaines de travail avant d?achever son contrat et de prendre sa retraite en Thaïlande.
Pour M. Blair, cette tragédie se déroule au plus mauvais moment, quelques jours avant le début, à Brighton, du congrès annuel du New Labour qu?il souhaitait focaliser sur la réforme des services publics, à huit mois de probables élections générales. Une fois de plus, l?Irak refuse de se faire oublier.
<B>Incertitude sur le sort des autres otages</B>
Six employés irakiens et deux ingénieurs égyptiens de la compagnie de téléphone Iraqna ont été enlevés, mercredi dernier, à proximité de Fallouja. Aucune revendication n?a été formulée.D?autre part, le gouvernement italien a été informé d?une nouvelle revendication du meurtre des deux otages italiennes, Simona Torretta et Simona Pari, mais les investigations menées à Bagdad par les services italiens ne permettent pas de confirmer leur assassinat.
Après l?Organisation du Djihad, qui avait indiqué avoir «exécuté» les deux otages, un second texte, émanant d?un groupe se faisant appeler «Ansar Al-Zawahiri» a indiqué, quelques heures plus tard, les avoir tuées. De leur côté, les forces nationalistes irakiennes, basées à Damas, ont annoncé jeudi, sur la chaîne Al-Arabiya, la libération «au cours des trois prochains jours» de Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Le groupe et son porte-parole, Fadhel Al-Rabii, sont inconnus à Bagdad.
<B>Jean-Pierre Langellier
Le Monde News Service</B>
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