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Bam Cuttayen, la parole engagée
?Quitte ène trace ou passage?, disait souvent Bam Cuttayen. L?île Maurice s?est souvenue du poète, conteur et chanteur, et a commémoré ce week-end le premier anniversaire de sa disparition avec entre autres, un concert hommage et le lancement de Parol Anvolé, un testament musical, considéré comme l?aboutissement de sa philosophie et de ses réflexions sur la société. ?La parole est si facile. On parle de tout mais rien ne change. Cela reste des paroles en l?air, disait Ban Cuttayen peu avant son décès, expliquant le choix d?un tel titre (?) N?importe qui dire ène zaffaire zordi et après li blié dimain.?
Celui qui, vers la fin de sa vie affirmait n?être ?qu?un poète témoin de l?histoire et porteur d?un message d?espoir?, a consacré une grande partie de sa vie à la lutte culturelle et politique.
Né le 21juin 1952, il doit abandonner ses études très tôt et survit grâce à de petits boulots avant de faire de la couture son gagne-pain. Touche-à-tout autodidacte, Bam est aussi animateur de radio pour l?émission Zenfan la terre Maurice, pratique le journalisme et se fait orateur au sein des partis de gauche. Il commence son apprentissage politique avec le Mouvement militant mauricien (MMM) puis rejoint le Mouvement militant mauricien socialiste progressiste (MMMSP). Lors des législatives de 1976, il s?aligne contre Paul Bérenger à Belle-Rose-Quatre-Bornes.
Patriote, philosophe et humaniste, il rêve ?d?un monde sans médiocrité, sans exploitation, sans misère.? Il est surtout connu pour son rôle déterminant dans l?émancipation de la chanson engagée. Ram Joganah, son complice, parle de cette époque avec émotion : ?Le message ti ène revendication, ène critique. Nou ti donne calotte, coutte fouette à l?establishment. Banne chansons engagées ti à l?avant-garde des élans politiques.?
Bam est à l?origine de la création spontanée du groupe Soley Ruz qui deviendra un organe, un véhicule culturel et politique. Avec Menwar, les Joganah, Yvon Macabé, Micheline et Rosemay Nelson, ils sont des agitateurs. Et ils créent des morceaux d?anthologie : La source, Répression, Diégo, Piti-la, Montagne Berthelot, Ton Madev? Alors que le pays est endetté, que le chômage bat son plein et que des diplômés sont ?lors coltar? Bam compose Mai 75, la chanson phare du ?militantisme authentique?.
Plus tard, après un passage au Groupe culturel mauricien, il refuse les compromis avec l?estrade politique officielle. La page est tournée. Après 1982, il s?en va à Strasbourg se perfectionner comme styliste puis, de retour il refuse le monde du travail pour se consacrer à sa musique. Il continue sa carrière en solo avec les albums Fler Raket, Pei Larm Kulé, Zanfan Later, Brin Soley qui rencontrent un succès populaire. Il est ainsi un des premiers à associer les musiques orientales, occidentales et locales. Il crée son propre style , un nouveau souffle qui s?imprégnera dans l?inconscient collectif.
Jean-Bernard BARBEAU
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