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Bagasse pelletisée pour produire de l?électricité

1 février 2006, 20:00

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Au début des années 1980, on pense de plus en plus à remplacer le pétrole pour produire de l?énergie par des combustibles naturels renouvelables. La bagasse cesse alors d?être bagasse pour devenir une alternative intéressante à la cherté croissante des produits pétroliers. Les Mauriciens connaissent son potentiel énergétique. Il en existe cependant de meilleures méthodes d?utilisation à des fins énergétiques. Il s?agit de la bagasse pelletisée qui, selon certains, peut permettre à Maurice de satisfaire ses besoins énergétiques sans devoir importer des produits pétroliers (Rs187 millions en 1980).

M. Ernest Bouvet fait partie des spécialistes mondiaux de la pelletisation de la bagasse. Il a été administrateur de St-Antoine S.E. et de Rose Belle S.E. avant d?émigrer. En 1965, en effet, il répond à un appel de candidatures international et accepte un emploi à Hawaï. Le plus gros propriétaire cannier de ce pays, Theo M. Davies Co Ltd l?embauche. Cette firme possède deux usines sucrières d?une capacité de broyage chacune de 250 tonnes de cannes à l?heure. Il occupe successivement les postes de Factory Manager, de directeur du département de plantation au Corporate Office à Honolulu, de vice-président et directeur général de Davies Hamakua Sugar Co., une filiale de Theo H. Davies.

Hawaï compte, en 1981, un million d?habitants. Cet archipel partage la vocation cannière et sucrière de Maurice, avec une diversification économique prononcée en direction du tourisme et de la production de fruits tropicaux, tel l?ananas. Le Hawaïen consomme treize fois plus d?énergie électrique que le Mauricien. Cela incite le gouvernement américain à financer les recherches sur les moyens autres que pétroliers de produire de l?énergie électrique. M. Gunnerman de l?Oregon met alors en avant son procédé Woodex, permettant d?utiliser des déchets de bois à des fins énergétiques. Il créera plus tard un institut de recherches, ayant pour nom la ?Bio-Solar Research and Development Corporation?.

Ernest Bouvet a l?occasion de visiter ses installations en Oregon et constate qu?il y a un potentiel intéressant pour la bagasse. Theo H. Davies Co achète donc la licence et adapte le procédé à la bagasse. Elle se met en partenariat avec la Bio-Solar Research and Development Corporation pour développer le procédé en Afrique, en Asie et dans les îles de l?océan Indien.

Ernest Bouvet estime que le système de production de Gunnerman est différent de l?utilisation habituelle de la bagasse comme matière première. La Theo H. Davies Co. installe une usine, à côté d?une de ses sucreries, pour produire des pellets de bagasse, à un coût de US $ 3,2 millions de dollars (Rs 44.6 millions de 1981). Le procédé augmente la capacité calorifique de la bagasse. Une tonne de bagasse équivaut à un baril d?huile, tandis qu?une tonne de bagasse pelletisée représente 2,5 barils d?huile lourde. Le rendement thermique d?une chaudière utilisant la bagasse est de l?ordre de 60-65%. Il s?élève à 85% en utilisant des pellets de bagasse. Il faut environ 1,8 tonne de bagasse pour produire une tonne de bagasse pelletisée.

Ernest Bouvet estime que les usines sucrières de Maurice ont de quoi produire toute l?électricité dont le pays a besoin, avec la bagasse disponible. La production de celle-ci est de l?ordre de 1,8 million de tonnes annuellement, desquelles on peut produire aisément 302 000 tonnes de bagasses pelletisées à partir des 539 000 tonnes disponibles annuellement. La production nationale d?énergie électrique, sans recourir aux produits pétroliers, exigerait, en 1981, seulement 275 000 tonnes de bagasse pelletisée.

Les représentants locaux de Theo H. Davies Co à Maurice sont MM. Doger de Spéville Co Ltd, que dirige Michel Leclézio.

Le projet de bagasse pelletisée fait partie des dossiers mofine de Maurice. Il a le malheur d?intéresser certains ministres du MMM et cela suffit pour que leurs détracteurs les accusent de s?intéresser davantage aux intérêts des cousins, cousines plutôt qu?à ceux du pays. Quand la politisation s?ingère dans le domaine du potentiel calorifique de la bagasse, pelletisée ou non, une chatte ne réussit plus à retrouver ses petits. Le projet de pelletisation de la bagasse par l?usine sucrière de Beau-Champ est donc voué au départ à une mort annoncée. L?inauguration de l?usine de Bagapel a lieu le 24 novembre 1984. Ils s?agit d?une première mondiale, car celle d?Hawaï est encore au stade expérimental. Celle de Beau Champ est la première au monde à avoir une vocation commerciale. La bagasse pelletisée possède l?immense avantage de pouvoir être utilisée pendant l?entre-coupe. On estime sa densité à 7 à 10 fois supérieure à celle de la bagasse. L?Etat possède 25% du capital de cette usine. Elle bénéficie d?un prêt français de Rs 60 millions. A titre d?essai, 40 tonnes de pellets sont produites avant l?inauguration. On prévoit une production de 10 000 tonnes de pellets en 1985 et de 14 500 tonnes pour les années suivantes. L?expérience se révèle pourtant non concluante et Bagapel n?est plus. L?histoire de la pelletisation de la bagasse à Maurice reste à écrire.

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