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Badry et Augustave sauvent la majorité de SSR
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Badry et Augustave sauvent la majorité de SSR
Pendant que Duval se fait plébisciter sur les marches de l’hôtel de ville du Port Louis, le Premier ministre, Sir Seewoosagur Ramgoolam, ne sait à quel saint se vouer pour sauver sa majorité parlementaire plus fragilisée que jamais. Le refus des ministres bleus (Eliézer François, Kamil Ramoly et Paul Chong Leung) de démissionner, à l’invitation de Gaëtan Duval, entraîne automatiquement les députés demeurés fidèles à leur leader (Ghislaine Henri, Nicol François et Pierre Simonet) à délaisser les rangs de la majorité parlementaire et même à aller prêter main forte à l’opposition MMM-PSM. Celle-ci est l’auteur d’une motion, proposant un amendement au projet de loi de Ringadoo afin que la compensation salariale soit révisée à la hausse et qu’elle passe de 13 à 18% pour tous les secteurs et pas seulement pour l’industrie sucrière.
Seewoosagur Ramgoolam n’a plus, à la fin de juin 1981, qu’à refaire ses calculs parlementaires, comme aux pires moments de l’histoire politique de Maurice, entre 1976 et 1982. Il blêmit quand le très fidèle Chettiar vient lui annoncer que l’ancien député MMM, passé depuis dans les rangs travaillistes, Jean Claude Augustave, est introuvable alors que, généralement, il est un des premiers à hanter les corridors parlementaires, avant toute séance de notre Assemblée législative. Lutchmeeparsad Badry, ancien ministre de la Sécurité sociale, blâmé par la commission d’enquête, présidée par le juge Victor Glover, et poussé à la démission de ses fonctions ministérielles, sous menace de révocation, fait monter les enchères en invoquant un élément discriminatoire dans la compensation salariale proposée par Ringadoo.
Pendant que se déroule un question-time marathonien, truffé de peg questions, les unes plus embarrassantes que les autres, les négociations se poursuivent entre les partisans de Gaëtan Duval et ses opposants au sein du groupe parlementaire bleu. La cassure devient d’autant inévitable que SSR louvoie comme un chef. Il prétexte une réunion ministérielle, pour examiner les griefs des médecins d’Etat, pour recevoir sur le pas de porte un Gaëtan Duval venu lui remettre les lettres de démission du ministre de Rodrigues, Nicol François, et de la secrétaire parlementaire Ghislaine Henri. SSR se garde de faire le moindre commentaire. Il refuse systématiquement de s’ingérer dans les affaires internes du PMSD. Il joue à celui qui ne s’en fait pas et qui attend patiemment la fin des bisbilles au sein de la basse-cour bleue. Il profite quand même de l’auditoire sélect, composé de ministres, pour demander à Eliézer François : “Qu’est-ce qui ne va pas au sein du PMSD ?” La réponse de son ministre du Logement sera son seul moment de bonne humeur au cours d’une matinée exécrable. Eliézer François lui répond en effet : “Tout fonctionne correctement au sein du PMSD. C’est chez Gaëtan que tout va mal !”
Le neutralisme ramgoolamien incite le bloc anti-Duval au sein du PMSD (les trois ministres précités, Robert Rey, Maurice Espitalier-Noël et Cyril Guimbeau) à renouveler son allégeance à la majorité parlementaire, dirigée par SSR. Manifestement les éléments anti-Duval n’ont pas digéré les accusations injurieuses débitées à leur encontre, lors du meeting-plébiscite devant la municipalité de Port-Louis.
Robert Rey distribue, à la presse, deux lettres, montrant que depuis mai 1981, il supplie les deux factions opposées du PMSD, ainsi que son leader et leader adjoint, d’enterrer la hache de guerre afin de ne pas mettre plus longtemps en péril et le PMSD et la coalition PTr-PMSD. Il rappelle à tous l’imminence des élections législatives. Le désarroi et la confusion, prévalant au sein du PMSD, ne peuvent que tourner à l’avantage de l’alliance MMM-PSM, “des adversaires politiques n’inspirant guère confiance”. Duval lui en veut parce qu’il refuse de présider le congrès, devant prétendument réconcilier les factions bleues opposées. Sa sagesse et son expérience politiques l’incitent à penser que ce congrès sera, au contraire, dominé par des énergumènes incontrôlables, à la solde de la cause duvalienne, et dont il se refuse de devenir la marionnette, d’où la diatribe publique de son leader contre lui.
Enfin, entre en scène le tandem Badry-Augustave. SSR est tout heureux d’apprendre qu’ils consentent, une fois de plus, à sauver sa majorité parlementaire. Ringadoo peut présenter sa motion. Le MMM-PSM propose l’amendement, surenchérissant la compensation électoraliste du PTr (5% de plus aux employés de l’industrie sucrière). Glissons sur les discours et les prises de position, de part et d’autre. A l’heure du vote, l’amendement MMM-PSM + une minorité bleue (Nicol François, Fifi Henry et Pierre Simonet) est repoussé par 34 voix à 33. La compensation électoraliste peut être votée par la même marge.
L’Assemblée législative bâcle alors l’examen et le vote d’une quinzaine de projets de loi, restés en suspens. Sur le coup d’une heure du matin, Sir Seewoosagur Ramgoolam propose la prorogation de l’Assemblée législative. La question de majorité parlementaire ne se posera plus pendant des vacances parlementaires pouvant se prolonger jusqu’à la mi-octobre 1981. Chacha Ramgoolam peut pousser un soupir de soulagement. Il redevient un Premier ministre en sursis. C’est quand même mieux qu’un Premier ministre sans majorité parlementaire.
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