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Bérenger : inévitable réduction des subsides riz et farine
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Bérenger : inévitable réduction des subsides riz et farine
Autant que possible, nos réminiscences d?il y a un quart de siècle évitent de donner la priorité aux événements politiques dont l?impact ?ne dure que ce que durent les roses? c?est-à-dire l?espace d?une entente bidon et, par conséquent, éphémère. Il y a tout de même des crises pouvant laisser des blessures difficiles à cicatriser. Elles demandent à être analysées de nouveau afin de mieux comprendre les susceptibilités régissant les tristes dessous de notre histoire politique, faite davantage de regrettables conflits de personnalités que d?idéologies et de programmes gouvernementaux. D?où cette pénible impression du on-prend-les-mêmes-et-on-recommence dans le décor monotone du plus-ça-change-et-plus-c?est-pareil.
Octobre 1982 voit l?élargissement de la lézarde, défigurant la façade triomphale de la victoire électorale du 11 juin 1982, permettant au trio Jugnauth-Bérenger-Boodhoo de mettre un terme à deux décennies de règne ramgoolamien sans partage. Mais déjà le complexe d?Oedipe ronge l?aile majoritaire du PSM. Elle ne s?en remet pas de l?audace de ce fils qui est allé jusqu?à couper, sinon le cordon ombilical, du moins la sève nourricière le liant à son père spirituel, Seewoosagur Ramgoolam. Savamment manipulée par des lobbies culturo-religieux et la bourgeoisie d?Etat, découvrant sa force et son prestige, sinon à l?Hôtel du GM, du moins dans la fonction publique, cette aile introduira le ver de la zizanie entre Bérenger et Anerood Jugnauth que soutiennent constitutionnellement les députés et ministres MMM allergiques à tout autoritarisme stalinien. De ce conflit surgira un chef de gouvernement et d?Etat de grande envergure, Anerood Jugnauth.
Début octobre 1982, Paul Bérenger (ministre des Finances) et Kailash Ruhee (Plan et Développement) rentrent des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI. A l?aéroport, Bérenger tient une conférence de presse dans laquelle il annonce en vrac toute une série de mesures économiques dont l?introduction de la Sales Tax, la mise sur pied de l?Unified Revenue Service (l?ancêtre de notre MRA), la restructuration de la douane et de l?impôt sur le revenu, les bons au porteur du Trésor, la libéralisation des taux d?intérêt. Il n?a pas la prudence d?attendre le soutien psychologique mais aussi stratégique et diplomatique d?un Conseil des ministres. Ses adversaires auront le loisir de lui attribuer la paternité et la responsabilité des mesures impopulaires à venir, pour mieux disculper ceux qui n?ont pas besoin de les ratifier puisqu?ils sont mis devant le fait accompli de l?effet d?annonce de cette conférence de presse aéroportuaire. La presse d?octobre 1982 dit ceci : ?Bérenger fait, à son arrivée à l?aéroport, le bilan de sa tournée, au cours de laquelle il a pu établir de fructueux bla-bla-bla...?
Significative et même instructive est la relecture des journaux de l?époque, en commençant par les plus travaillistes pour terminer par les plus bérengéristes.
The Nation : Retour de mission de Paul Bérenger ? Réduction inévitable des subsides riz et farine. L?express : Le ministre des Finances à Plaisance : Le FMI mettra à notre disposition Rs 180 m. Crédits français de Rs 50 m. pour l?achat de farine. Nouvelles commissions mixtes avec la Libye et l?Algérie. Des visiteurs de marque attendus dont François Mitterrand, Gilbert Trigano (Club Med) et Tiny Rowland (PDG de la Lonhro). N.B. : A se demander s?il y aura ou non une nouvelle manifestation mauve au rond-point de Saint-Jean ? La presse gouvernementale (Advance) : Bérenger et Ruhee pleinement satisfaits de leur mission à l?étranger. Aucune dévaluation de la roupie à prévoir (on croirait entendre de nouveau Nadess Ringadoo) Maurice dispose de Rs 180 m en devises étrangères. N.B. : S?agit-il, par hasard, du récent prêt du FMI ? La presse mauve (Militant) : Mission fructueuse à plus d?un titre. Nous évitons une 3e dévaluation. La presse bérengériste : Bérenger de retour (non de voyage mais) de mission : Population et GM doivent conjuguer leurs efforts pour lutter contre l?inflation. Mais pour l?instant pas de dévaluation. Ouf ! on l?a échappé belle ! Heureusement que Bérenger est là ! Et pour mieux nous enfoncer cela dans la caboche, la presse indépendante titre, en une, s?il vous plaît : On ne badine pas avec (cet amour de) FMI... Il suspend son aide au Kenya. Ce dernier (de la classe ?) n?aurait pas respecté les conditions exigées. Bérenger a raison : Nous devons respecter les critères d?aide imposés par le FMI !
Ah ! nous avons failli d?oublier le plus important. Le Militant : Séance spéciale du Conseil des ministres proposée par Bérenger pour examiner les détails de sa mission ministérielle. Une campagne d?explications sera déclenchée. Mise sur pied d?un comité ministériel économique sous sa présidence... Consultations avec les partenaires socio-économiques. Pour plus amples renseignements voir la presse. Mais qui donc est le PM dans ce pays ?
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