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?Bénarès?, du livre au scénario
Passer du livre au scénario implique forcément des modifications. C?est se mettre au service du lecteur métamorphosé en spectateur. C?est là l?effort requis de Barlen Pyamootoo, écrivain et éditeur, dont le roman, Bénarès, sera dans les prochaines semaines, porté à l?écran.
Prix du roman de la médiathèque de Paris, Bénarès (Editions de l?Olivier-Le Seuil, 1999), est le premier roman de notre compatriote. Il fut unanimement acclamé par la critique, Télérama, Le Nouvel Observateur, L?Evénement du jeudi? Et sera tourné dans son intégralité à Maurice; au coût de Rs 30 millions, grâce aux recettes françaises, avec des comédiens mauriciens. Ne fut-il pas ?pensé et écrit comme un projet de film?, selon la parole de l?auteur ? Qui est, pour l?occasion, scénariste et réalisateur.
Si la littérature répond de sa fonction essentielle par un espace exprimé, et dont elle rend compte, à en croire Rimbaud, elle a le privilège de pouvoir s?accommoder d?aires invisibles, telle l?introspection, par exemple. Alors que l?écran exige ?le manifesté?, pour l?emprunter à Antonin Artaud. L?on comprend alors la grosse difficulté soulevée par le monologue intérieur de Nad. Il sera donc traduit par des images. Sans doute faut-il le dire, Barlen a eu du mal à se séparer de son livre, à son premier scénario. Doublement premier, car, dans ce cas, il en faudra pas moins de trois. Et c?est la première fois que l?écrivain s?y met.
Quand, en juillet 2002, Joël Farges, producteur de Bénarès, et par ailleurs réalisateur, l?initiait, durant cinq semaines, à ce type de plan, les discussions se prolongeaient. Et l?écrivain se tenait proche du livre. Persuadé qu?il était du dessein du producteur de l?inciter à trahir son ?uvre.
En août 2003, l?auteur s?est quelque peu relâché. Il avait fini par s?éloigner de Bénarès, le livre. Il est prêt pour le second scénario. Il y aura un troisième. Qui s?élabore ces jours-ci, avec l?éclairage de Delphine Régnier, scripte, dont le travail mobilise la concentration et la mémoire, pour entre autres, ?appréhender toutes les difficultés du tournage?, et Laurent Cavero, premier assistant réalisateur. Ce dernier est d?opinion qu?il pourrait y avoir un quatrième scénario..
Mais, laissons cette plage pointilleuse, pour aborder d?autres modifications majeures qui s?imposent. Bénarès, le livre, se déroule en long travelling, il est vrai, mais en nocturne. Que peut-on montrer la nuit ? L?écrivain-scénariste ne peut alors que se plier aux exigences du métier. C?est-à-dire accepter, la larme à l??il, que les deux tiers de son livre soit tourné en diurne.
Le point de vue de Nad
Une autre modification de taille est dictée par l?histoire continue du livre. Qui s?avère trop courte pour un long métrage. Un autre personnage est alors introduit, Sam. Même si dans ce cas le scénariste pourrait ne pas lui donner visage. Par contre, il lui prête des paroles, à divers moments. Jimi, le chauffeur de taxi du livre, parle de Sam, autre chauffeur de taxi disparu. Ce qui amplifie le caractère dramatique de la scène. Par ailleurs, Barlen donne paroles à des silhouettes évoquées dans l??uvre écrite.
Passons à une troisième modification inéluctable. L?on se souviendra de la voiture du livre, qui roule à mesure que se tisse le récit. Pour les besoins du tournage, il s?agira d?un pick-up; une cabine qui comprend le siège du conducteur et des passagers rien qu?à l?avant. ?Il y a un grand plateau où l?on fait ce changement. A l?image, les choses ne se passent plus du point de vue de Nad,? explique Barlen Pyamamootoo. ?Dans le livre, poursuit-il, dans la voiture, c?est un autre jeu. A l?image, il n?y a pas de communication entre le plateau et la cabine. Si Jimi arrête la voiture du livre pour l?achat de cigarettes et bonbons, à l?image, il sera aussi question de bière.
Le long métrage de 80 minutes est, ces jours-ci, en pleine préparation. Cette plage qui suit le casting et précède le tournage. ?Depuis une semaine, les décors, tous particuliers, vu les contraintes techniques et d?auteur, sont repérés à proximité de la base, à Flacq. Il y a aussi les paysages auxquels Barlen tient, pour montrer les facettes de Maurice, raconte Laurent, qui fait la transition entre le côté artistique et les contraintes du livre. L?on tournera le début et la fin à la fois, sur le même lieu, pour ne pas déplacer l?équipe et le matériel à deux reprises.?
?Il ne faut pas chercher le livre à travers le film?, rappelle-t-il .Que le lecteur se rassure. Des éléments de continuité entre livre et film assurent la même dramaturgie. On retrouvera Jimi et le moulin de Bénarès-Maurice. Nad découvrira son jeu de séduction, en évoquant Bénarès-Inde? Malgré les changements ra-dicaux, l?esprit de l??uvre est le même: l?histoire d?une quête d?amour de pauvres, ces abandonnés de la vie, dans un trou perdu à Bénarès.
Mais, l?ultime modification concerne la langue. Bénarès sera tourné en créole. Voilà qui réjouit Barlen Pyamootoo : ?Je suis ravi. C?est notre langue maternelle. C?est l?authenticité, dit-il. Comment imaginer des êtres de Bénarès parlant autrement ? Avec le créole, on est plus proche du réel. C?est une chance extraordinaire pour le créole, langue tellement riche, charnelle pour nous.? Et il précise, ?Le tournage terminé à la mi-décembre, je serai en France de janvier à fin avril 2004 pour la post-production, concernant le montage son et des images. Le film sera alors prêt à être montré dans un grand festival. ?Par ailleurs, l?Ambassade de France met en place une manifestation culturelle d?envergure. Elle réunira fin novembre, des personnalités du film comme de la chose littéraire, comptant, entre autres, Ananda Devi, Carl de Souza, Alain Gordon-Gentil? Seront aussi de la fête des journalistes de presses prestigieuses: Le Monde et TV5, entre autres.
?L?ultime modification concerne la langue. ?Bénarès? sera tourné en créole. Voilà qui réjouit Barlen Pyamootoo : ?Je suis ravi. C?est notre langue maternelle?.?
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