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Au trésor des mots
Elle doit sûrement l?avoir relu 100 fois. Et pourtant, sa copie de L?île au trésor, de Robert Stevenson est intacte. Parole d?honneur de Véronique Garrioch. ?J?ai trop de respect pour les livres?. Sous-entendu : pour les écorner, les raturer.
Chercheuse des perles de mots, d?or de l?âme. C?est par la littérature enfantine que Véronique Garrioch a inauguré ses cours à l?université populaire, mercredi. Partir du ?stéréotype parfait?, qu?est L?île au trésor, avec ses pirates, son innocence, ses rebondissements à répétition. Oeuvre si souvent adaptée au cinéma, pour pousser le public vers le large. Là où les mots coulent en vous. Font des vagues de lecture. Faisant de l?écume des livres le sel de la vie. Car ?l?important ce n?est pas de trouver le trésor, c?est la quête sans fin, l?aventure?.
Rencontrée à son bureau quelques heures avant son premier cours ( le prochain est prévu en novembre), Véronique Garrioch n?a rien du pirate.
Si ce n?est le goût du risque calculé. Dans ses cheveux qu?elle vient de brosser, ses mains qui passent souvent, tracent le sillage de son parcours.
Articulé, cohérent. Presque linéaire. Nous devrons nous contenter d?un ?bien sûr que j?ai eu des coups durs mais nous n?allons pas les évoquer ici?. Pour deviner les creux où ont transité son existence. Stress de la vie quotidienne, de ses longues études, de ses responsabilités actuelles de consultante en communication au sein d?agences de pubs.
Ecouter Véronique Garrioch dérouler le fil de son parcours en ordre chronologique, c?est entendre un récit de merveilleuse réussite. C?est aussi se souvenir qu?elle a été sur tous les ?bons coups?. Que ce soit le concours de chant Rêve de star ou l?avion de Catovair, un passage à Parabole Maurice puis à Maurice Publicité. Véronique est la femme qui tombe à pic. Celle qui sait rejoindre les projets au bon moment. ?Enfant je rêvais d?être soi journaliste soit égyptologue?. Elle aura presque fait les deux. Journaliste elle l?a été, à l?île soeur. Archéologue aussi à sa manière. Celle qui va fouiller parmi les mots, pour faire remonter les trésors de sagesse.
Comme celle de s?investir dans une université aux cours bénévoles, alors qu?à côté, Véronique est aussi chargée de cours à mi-temps en Business communication à l?université de Maurice. Histoire aussi d?une rencontre avec Joseph Cardella, professeur de philosophie et moteur de l?université populaire. ?J?avais entendu parler de son café philo. C?est le prolongement de son projet. Réunir des gens qui ont envie de partager leur savoir. Ceux qui viendront à mon cours n?y seront pas par hasard. Ce n?est pas par coïncidence que l?on choisit la littérature?.
?La recherche du trésor est un thème universel, quelle que soit l?époque. Pour l?atteindre l?être humain passe par le dépassement de soi.?
Elle est comme cela. Affirmée dans ses choix. Se repérant dans le temps à la boussole de la naissance de sa fille, Morgane. Son tout. Son île au trésor à elle. Ce que Véronique aime le plus ? après le contact avec les gens, rire et communiquer ? ce doit être le français. Matière où elle a toujours eu ?un excellent niveau?.
Flashback. C?était il y a 20 ans. En 1987, l?élève du Collège de Lorette de Rose-Hill est boursière de l?Alliance française. ?Je me souviens encore des palpitations que j?ai eu quand on m?a appelée pour m?annoncer la nouvelle?, se souvient cette femme épanouie, qui projette l?image d?une femme de tête qui n?a pas oublié qu?elle a un coeur. Celle qui n?avait jamais quitté Maurice avant, s?envole pour un diplôme d?études universitaires générales (DEUG) en lettres modernes à l?université de La Réunion.
C?est la découverte d?un autre monde, car ?la France de la littérature et la France actuelle sont deux choses différentes?. Il lui faut s?adapter aux règles du système. Apprendre, ce qui semble basique, comme ?l?art subtil? d?écrire un commentaire composé. Aidée par des parents qui, depuis son plus jeune âge, ont toujours mis des livres à sa disposition, une maman qui conserve toujours sa collection de la bibliothèque rose pour la fille de Véronique, la boursière se lance dans un parcours académique long et multiple.
?Pour moi, le plus beau cadeau c?est un livre, au point où quand enfant j?étais malade, j?étais contente parce que j?allais avoir un livre?.
Des dispositions particulières qui la font rencontrer le professeur Jean Michel Racault, spécialiste de la littérature de voyage à l?université de La Réunion, ?celui qui m?a fait comprendre pourquoi j?aimais les romans d?aventure?.
Véronique Garrioch enchaîne avec une licence en lettres modernes à Aix-en-Provence au début des années 90. Des études qui la mènent toujours vers les vastes contrées de la littérature de voyage, et de ce qui est aujourd?hui sa référence du genre : L?île au trésor. Parallèlement, elle met les voiles sur les contes, embarque à bord du bateau de Sindbad le marin. ?La recherche du trésor est un thème universel, quelle que soit l?époque, l?être humain recherche un trésor et pour l?atteindre passe par le dépassement de soi?. Sauf qu?à Aix, alors qu?elle est sur le point d?aborder sa dernière année, les engrenages s?affolent dans le cerveau de Véronique. ?J?étais triste, il ne me restait qu?une seule année de bourse et je n?avais pas les moyens de rester pour entamer la maîtrise?. Tout bien réfléchi, elle réintègre l?université de la Réunion en se disant que cela lui permettra de suivre les cours à distance que l?université de l?île soeur organise conjointement avec l?université de Maurice. Véronique retrouve le professeur Racault, qui est son directeur de thèse. Son thème : Insularité et quête de sens dans le roman d?aventure du 19e siècle. Couronnée d?une mention très bien. La maîtrise en poche en 1992, faut penser à gagner sa croûte.
Véronique postule à Le Réunionnais, ?à l?époque, c?était le premier quotidien en couleur de la Réunion? et y devient journaliste culture. Elle en garde surtout le souvenir d?un paradoxe. Celui d?avoir représenté ? elle la Mauricienne- la presse de la Réunion au sommet de la francophonie en 1994 à Maurice. C?est de cette époque que datent ses contacts avec les journalistes locaux. Des liens toujours actifs, pour cette consultante qui ?intervient au sein de l?agence de pub pour proposer une offre complémentaire, un outil pour notamment aider une entreprise à construire ses relations avec la presse?.
Décidément passionnée par les quêtes de l?esprit, elle s?inscrit parallèlement pour un diplôme d?études approfondies ( DEA) en études créoles et francophones, toujours à l?université de la Réunion. Et soumet un mémoire sur André Masson, journaliste, romancier, ?qui écrit sur l?île comme espace carcéral. Dans cet univers là, le personnage qui est toujours dans une quête spirituelle, souffre de l?exiguïté de l?île et de la société?.
Comme boulimique, Véronique fait une demande pour suivre une licence d?anglais, d?abord ?parceque pour devenir prof à la fac, faut valider ses connaissance dans une autre langue?. Ensuite parce qu?une thèse en littérature comparée l?attire.
C?est donc sur trois fronts que Véronique se bat en même temps. Entre sa rubrique hebdomadaire au journal, la lecture et ses recherches.
Au milieu de tout cela sonne l?heure des amours. Du retour à Maurice. Du tourbillon du quotidien qui l?oblige à délaisser ses chères études. Pour ses obligations de chargée en communication. ?Je me suis toujours dit qu?un jour je recommencerais?. Véronique, c?est sûr, n?a pas finit de chercher son trésor.
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