Publicité
Au-delà de la danse?
Assise dans son grand sofa en cuir blanc, bordé de coussins à motifs orientaux, Nalini Aubeeluck a le sourire facile. Pour faire son portrait, elle préfère nous recevoir dans son appartement situé à Phoenix, son milieu naturel. Plus pour longtemps puisqu?elle s?apprête à le vendre. «Je ne viens pas souvent ici. C?est pour ça qu?il n?y a pas beaucoup de décorations. Je vis plutôt chez ma mère», dit-elle.
Celle que l?on connaît surtout pour ses talents de chorégraphe de sa troupe, le Nalini Dance Group, et de présentatrice, se raconte aisément. Et montre que derrière la façade, toujours tirée à quatre épingles, se cache en fait une personne aux mille facettes.
Malgré la pluie persistante, l?humeur de Nalini affiche le soleil. Celle qui se décrit elle-même comme «impatiente», «souriante» et «perfectionniste», se sent visiblement bien dans sa peau.
Chaque question a sa réponse. La langue de bois n?est pas de rigueur. De sa relation avec Dieu, ses parents, son fils, son époux et son métier, elle en parle sans retenue, avec générosité. Les sourires sont nombreux, les éclats de rires également. Ses multiples projets sont évoqués rapidement.
Après avoir fait de la danse, de la télé, du théâtre, joué dans des courts-métrages, mené sa propre troupe de danse entre autres, elle travaille maintenant sur sa propre émission de télé dont elle est la conceptrice et la présentatrice. «D?ici quelques mois j?aurais aimé la voir à l?antenne», confie-t-elle.
Après une longue absence des studios, c?est le grand retour. Mais, contrairement à ce que l?on pourrait croire, cette virée dans l?ombre ne fut pas une traversée du désert. Plutôt l?occasion de se retrouver, de revenir à l?essentiel.
«Après ?Xpression?, ?Picsidou?, ma participation à des courts-métrages et la présentation de la météo, j?avais envie de m?éloigner, de retourner dans l?anonymat, de me consacrer principalement à ma troupe.»
«Après Xpression, Picsidou, ma participation à des courts-métrages et la présentation de la météo, j?avais envie de m?éloigner un peu, de retourner dans l?anonymat, de me consacrer principalement à la troupe. Le regard des gens ça pèse parfois, quoique ça fait également plaisir.»
Et c?est alors qu?elle fait partie du jury de Dance Fever, l?année dernière, diffusée sur la MBC, que le virus la rattrape. L?envie d?être là, présente, devant les caméras est de retour. Cette soif de se retrouver sous les projecteurs est à nouveau une priorité. «C?est un peu pour ça que l?on décide de faire ce métier, non ?» Une question qui ne nécessite pas de réponse.
Cela dit, la Nalini d?hier, celle qui faisait ses premiers pas devant l?écran et celle d?aujourd?hui, n?est plus là-même. Plus mûre, plus réaliste et plus en paix avec elle-même. Entre-temps, il y a également eu la rencontre avec Dieu. De ce choc a résulté un autre regard sur la vie et ses priorités.
Mais, sa carrière à multiples virages a toujours eu un fil conducteur : la danse. Comme le veut le cliché, c?est toute petite qu?elle fait ses premiers pas dans la danse. A 16 ans, elle intègre la Art Academy, la troupe de Sandeep Bhimjee et d?Anna Patten, réputée pour être la meilleure école de danse du pays.
Trois ans plus tard, elle forme sa propre troupe. Celle-ci se produira dans les hôtels pour commencer avant d?étendre son rayonnement au public local. Cela en adaptant les performances au goût des uns et des autres. «Les touristes demandent de la danse indienne classique alors que les Mauriciens sont plutôt friands de variété bollywoodienne», explique-t-elle. Si elle s?occupe toujours des chorégraphies, elle a mis ses ghungroos, ces petites clochettes que s?attachent les danseuses de kathak aux chevilles, au placard il y a cinq ans. Nalini se contente maintenant de gérer sa troupe, composée de six filles et de trois garçons. Tout un travail en soi.
Si la jeune femme fait office de mère poule, celle qui veille sur ces petits a cependant l??il critique et ne laisse rien passer. La discipline est de rigueur, sur la scène, comme en dehors. Une hygiène de vie stricte est imposée. Consciente de la responsabilité qui lui est conférée par les proches des membres du groupe, elle l?assume consciencieusement.
Mais il faut dire que les mentalités évoluent, tout comme les préjugés d?ailleurs. L?image d?une jeune femme dansant devant des étrangers dans les hôtels était encore mal perçue il y a quelques années encore. «Avant, les gens faisaient des commentaires négatifs. Aujourd?hui, ça a changé. Ils expriment leur appréciation. Ils savent faire la part des choses. En cinq ans, les regards ont beaucoup évolué», constate Nalini. L?influence des chaînes satellitaires a-t-elle contribué à faire reculer les barrières ?
Les préjugés, Nalini a l'habitude de les affronter. Fille-mère à 17 ans, les regards en sa direction n?ont pas toujours été tendres. «Ce n?était pas évident. Heureusement que ma mère était là pour m?aider. Quant aux préjugés, ils ne m?ont pas affectée. ça ne me fait ni chaud ni froid .» Aujourd?hui, son «bébé», Hans, a 14 ans et fait toute la fierté de sa mère.
Si Nalini revendique une certaine indépendance, elle reste tout de même très proche des siens. Sa mère, Sata, et son père, Prem, aujourd?hui décédé, tiennent d?ailleurs un rôle important. Ses parents ont depuis le premier jours, toujours poussé leur fille à aller jusqu?au bout de ses rêves et de ses ambitions.
Et ses rêves l?ont emmenée jusqu?à Bollywood en 2002. Et là, le retour à la réalité fut brutal, tout comme la déception fut grande, d?ailleurs. Quelques semaines en stage à l?école de Kishore Namit Kapoor, qui a formé plusieurs étoiles indiennes, dont Hrithik Roshan pour ne nommer que lui, furent suffisantes pour se rendre compte que certains obstacles ne pourraient être surmontés.
«A l?époque je rêvais beaucoup, rit Nalini. D?abord, il y avait la barrière du hindi . Mon accent était trop étrange et puis j?ai rapidement compris que ce n?était pas pour moi.» Peu après son retour au bercail, elle prend la barre d?Xpression, suivi de Picsidou.
Supportant mal de rester en cage, l?oiseau s?envolera une fois de plus en 2005. Pour changer radicalement de cap, puisqu?il se posera en Angleterre. Histoire de «découvrir autre chose». Là-bas, elle a cependant un repère de taille, son compagnon. Mais le ciel anglais n?est pas le ciel mauricien. Le bleu paradisiaque y laisse la place au gris déprimant. Et les torrents de pluie y remplacent les rayons de soleil éblouissants.
Six mois lui suffissent pour se rendre compte que ce n?est pas ça. Ce n?est pas le paysage dans lequel elle souhaiterait évoluer. Elle préfère faire le va-et-vient entre les deux pays. Avec son compagnon c?est donc une relation à longue distance, «qui a ses avantages et ses inconvénients».
Et à Maurice, elle se recentre sur les activités de sa troupe, tout en travaillant sur une multitude de projets, dont celle d?une émission de télévision pour femme. A priori, pas de revendications féministes, juste une émission féminine pour celles qui s?assument.
Publicité
Publicité
Les plus récents