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Au bout de ses rêves
Les Flanagan forment un couple inhabituel. Bien que divorcés depuis 2005, ces parents de Benjamin, neuf ans et Gabriel, six ans, passent des vacances ensemble avec leurs enfants dans un bungalow à l?hôtel La Pirogue. Louise a adopté l?établissement peu après le début de la traversée d?Adrian le 28 octobre 2005. La direction l?a tellement soutenue qu?elle y est retournée trois fois depuis. Elle s?y sent comme à la maison. C?est aussi Louise qui s?occupe de la promotion de tout ce qui a trait au tour du monde vertical en solitaire de son ex-mari, y compris la sortie de son livre intitulé Over The Top qui doit paraître le 1er novembre.
Les voyages ont toujours fait partie de la vie d?Adrian Flanagan car son père était cadre chez Exxon. A ce titre, le jeune Flanagan a séjourné dans plusieurs pays, à commencer par le Kenya où il est né jusqu?à Singapour et Hong Kong. Mais c?est à 15 ans, à l?issue de la lecture du livre de sir Francis Chichester qui a fait un tour du monde en solitaire d?est en ouest en 1966-1967 avec un unique arrêt dans le port de Sydney, que le jeune adolescent qu?il est se dit qu?il veut faire de même. La lecture deux ans plus tard du livre de sir Robin Knox-Johnston qui a accompli le même exercice, ne fait que le confirmer dans son désir de les émuler. «L?idée était de faire un tour du monde en solitaire mais vertical et à la seule force de la nature. C?était un mélange d?aventure, de danger, de découverte et de romantisme ou du moins l?idée que l?on se fait de ce sentiment», explique Adrian.
Il met 30 ans à réaliser ce rêve car entre-temps, il a fait des études d?ostéopathe et s?est lancé dans la distribution de provisions à domicile. Il a aussi écrit un livre intitulé Cobra, un thriller sur les pirates des mers, qui a connu un certain succès. «Dans ma tête, l?idée de faire cette traversée jamais effectuée jusqu?ici était très attirante mais tous les aspects pratiques, comme l?argent à trouver, m?effrayaient».
A la suite de son divorce, il finit par réunir l?argent nécessaire, soit $ 300 000, pour l?achat de Barrabas, sloop en acier et titane, construit à la main en France. Il choisit ce sloop particulier car son ponton est constitué de telle sorte qu?il évacue immédiatement l?eau des vagues qui s?y sont écrasées. De plus, le cockpit étant situé au centre, est plus sécurisant.
Le 28 octobre 2005, Adrian quitte le port de Southampton à bord de Barrabas et entame son tour du monde vertical en solitaire. L?objectif étant de longer la France, l?Espagne, l?Afrique de l?Ouest et rallier le Cap Horn, considéré comme le cimetière des navigateurs et autres marins puisque ses courants contraires ont déjà pris la vie de 10 000 marins. Après cinq jours de navigation alors que le ?Barrabas? est encore dans les eaux agitées de la Manche, il vaque à ses occupations sur le ponton et sans harnais lorsqu?une énorme vague le cueille et l?entraîne par-dessus bord. Il a la présence d?esprit d?envoyer la main et tenter d?agripper quelque chose. Son doigt ne rencontre qu?un filin du sloop et il s?y accroche. «Quand j?étais plus jeune, je m?étais disloqué l?épaule et là, je sentais qu?il m?arrivait quelque chose de similaire. A une fraction de seconde près j?aurais lâché et je serai mort car le sloop aurait continué sa route sans moi? Une autre vague m?a cueilli et m?a reposé sur le pont. C?était incroyable».
Remis de ses émotions, Adrian poursuit sa route. A 300 miles du Brésil, il est pris en chasse pendant deux jours par ce qu?il pense être un navire pirate. «Il était rouillé, ne battait aucun pavillon et rempli d?équipements civils. Je me suis rapproché de lui pour que ses occupants qui demeuraient invisibles, voient le nom de mon expédition, l?Alpha Global Expedition inscrite sur ma voile et l?adresse de mon site web et réalisent que je n?ai pas d?argent à bord. Le deuxième jour, j?ai fait la garde avec mon fusil de chasse. Au bout d?un certain temps, ce bateau a modifié sa route et est parti».
Il essuie une énorme tempête lorsqu?il arrive au Cap Horn. Le sloop se renverse à deux reprises à intervalle de 30 secondes. «Vous n?avez pas le temps d?avoir peur. Vous faites ce qu?il faut pour sauver le bateau». Comme le sloop a essuyé quelques avanies, il s?arrête à Hawaï pour une semaine, le temps d?effectuer les réparations nécessaires. Il comptabilise alors six mois et demi de navigation en solitaire. De là, il navigue jusqu?à 500 miles au sud-est du Japon pour toucher son point antipodal. Il dirige ensuite le sloop vers le détroit de Bering et l?Alaska. Son intention est de traverser l?arctique russe où jamais aucun navigateur n?a réussi à se rendre faute d?autorisations des autorités compétentes. En attendant en Grande-Bretagne, Louise se démène pour obtenir ladite autorisation, alertant entre autres le Premier ministre britannique, le ministre des Affaires étrangères. Adrian approche de l?Alaska le 9 août 2006 et n?a toujours pas l?autorisation de pénétrer l?arctique russe. Il doit stopper sa traversée à Nome, petit port d?Alaska et effectuer des réparations mineures. Celles-ci doivent s?effectuer hors de l?eau. Une grue se charge de soulever Barrabas le temps de le réparer.
<I>«Plusieurs personnes m?ont pris pour un fou quand j?ai laissé mes deux petits et me suis embarqué dans ce tour du monde vertical en solitaire. Mais comment aurais-je pu leur enseigner qu?il faut être vrai envers soi-même si je ne l?avais pas été envers moi??».</I>
Pendant ce temps en Grande Bretagne, Louise a la présence d?esprit de contacter l?homme d?affaires russe, Roman Abramovitch, qui a entre autres racheté le Chelsea FC, et qui est un ami personnel de Vladimir Poutine, le président russe. Comme par enchantement, elle obtient l?autorisation pour Adrian. Le hic est qu?on est alors le 17 septembre 2006 et que de nouvelles couches de glaces se sont formées dans l?arctique russe. «A l?origine, j?avais prévu de faire ce tour du monde vertical d?une traite mais là, c?était impossible». En septembre 2006, Adrian regagne la Grande- Bretagne où il reste jusqu?à juin 2007.
A ce moment là, il récupère son bateau en Alaska et se rend dans l?arctique russe. En sus des rigueurs du climat, il découvre celles de la police secrète qui vérifie et contre-vérifie tous les papiers, les cartes maritimes, toutes ses affaires, lui faisant perdre un temps précieux. «C?était la bureaucratie dans toute son horreur. Autant j?ai rencontré une multitude de personnages sympathiques durant mes transits forcés à terre, autant là, on ne savait pas sur quel pied danser. On pouvait s?attendre à tout et à n?importe quoi». Lorsque toutes ces tracasseries se sont terminées, Adrian a joué de malchance. Un filet de glace lui a barré la route, le contraignant de reporter la suite de sa traversée. «J?ai dû prendre un passage avec Barrabas sur un brise-glace russe et là je me suis rendu en Norvège, plus précisément à Mehamn où j?ai laissé le sloop. J?étais mentalement épuisé». Il regagne la Grande-Bretagne en novembre 2007 et profite de tout le temps dont il dispose pour écrire Over The Top. Ce livre de 350 pages qui relate son incroyable tour du monde, sera disponible sur Amazon dès le 1er novembre 2008. Il doit donc se dépêcher de terminer son tour du monde vertical, de même que son manuscrit dont il remettra les dernières pages le 1er juillet au plus tard.
Adrian a tiré bon nombre de leçons de cette traversée. Il ne savait pas qu?il pouvait tenir la pression aussi bien. Tout comme il a réalisé à quel point le monde est petit. «J?ai fait pratiquement le tour du monde à la vitesse d?une marche à pied et j?ai réalisé à quel point ce monde est petit et délicat. Le nombre de bouteilles et de sachets en plastique que j?ai vus dans ces mers me l?ont fait réaliser et aussi qu?il est très facile de les endommager». De plus, ajoute Adrian, les gens ont tendance à ne voir que le mauvais côté des choses. «On veut toujours plus dans la vie. Là, j?ai réalisé qu?une vie simple est meilleure. Je me sens plus en paix avec moi-même».
Sa satisfaction en consultant la tonne de courriels qui lui ont été adressés est de voir que son exemple a incité d?autres à vouloir aller au bout de leurs rêves. «Plusieurs personnes m?ont pris pour un fou quand j?ai laissé mes deux petits et me suis embarqué dans ce tour du monde vertical en solitaire. Mais comment aurais-je pu leur enseigner qu?il faut être vrai envers soi-même si je ne l?avais pas été envers moi??».
<B>Le site de l?expédition www.alphagloballex.com</B>
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