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Aspects énergétiques du “Sugar Efficiency Act”
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Aspects énergétiques du “Sugar Efficiency Act”
<B>Louis Decrop</B>
<I>“Directeur du Développement Séchilienne-SIDEC</I>
<B>Maurice a la grande chance de disposer de la bagasse issue des sucreries, dont l’utilisation efficace pour la production d’électricité permet de réduire fortement les coûts de production. </B>
C’est un avantage considérable au regard de la situation de pays qui n’ont pas d’autres options, s’ils veulent réduire leur dépendance par rapport aux combustibles épuisables et importés, que de susciter le développement de l’énergie éolienne ou solaire dans des conditions coûteuses pour les contribuables ou les consommateurs de courant (par le biais par exemple d’une obligation faite au réseau d’acheter l’électricité ainsi produite à des prix très supérieurs à son tarif de vente moyen). A titre d’exemple, dans certains pays d’Europe, le prix du kWh d’énergie éolienne est d’environ Rs 3.5 à Rs 4.5 alors que le prix de vente du kWh d’origine solaire est de Rs 20. Encore faut-il ne pas oublier que la disponibilité de ces énergies dépend du vent et du soleil et ne sont pas permanentes, elles ne permettent donc pas de répondre à chaque instant aux besoins d’un réseau national.
Toutefois pour exploiter cet avantage, il est indispensable de brûler la bagasse dans des installations équipées de chaudières d’excellentes caractéristiques et de groupes turbo-alternateurs à haut rendement. Ce sont des investissements d’un coût élevé dont la sous-utilisation rend la production d’électricité extrêmement onéreuse au point de retirer tout son intérêt à l’emploi de la bagasse ; or il n’est pas possible d’éviter cette sous-utilisation si l’on ne complète pas le fonctionnement d’une centrale thermique à la bagasse avec un autre combustible en dehors des campagnes sucrières. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de recourir à des installations bi-combustibles qui brûlent du charbon pendant les périodes d’indisponibilité de la bagasse. Car c’est ainsi et seulement ainsi que l’on cumule l’utilisation rationnelle de la bagasse, la rentabilisation de l’investissement et que l’on apporte une réponse optimale aux besoins énergétiques tant du réseau que des sucreries.
Ces explications font ressortir le caractère infondé du reproche parfois fait aux centrales bagasse-charbon de produire d’avantage d’électricité à partir de charbon qu’à partir de bagasse. </B>
Si de telles centrales n’ont en effet pour alternatives que des installations fonctionnant exclusivement à partir de combustibles fossiles, il est évidemment préférable d’obtenir à moindre coût de l’électricité produite partiellement mais significativement à partir de bagasse, plutôt qu’à un coût plus élevé uniquement à partir de combustibles fossiles.
Un autre reproche est lié au choix du charbon comme combustible complémentaire et insiste sur les dangers supposés de son utilisation en termes environnementaux et économiques.</B>
Ce reproche n’est pas mieux fondé que le précédent.
En effet, de tous les combustibles fossiles susceptibles d’être utilisés à Maurice (qui ne dispose pas de ressources gazières ou de possibilités d’importations de gaz naturel), le charbon est celui qui présente le moins de risque pour l’environnement et la santé. Notamment, il évite l’éventualité de pollution des côtes sous l’effet d’une “marée noire”, et contenant moins de soufre que le fuel lourd, celle d’intoxication par production massive d’oxydes de soufre.
D’autre part, les réserves de charbon sont aux rythmes de consommation actuels beaucoup plus importantes et durables que celles du pétrole (garantissant des siècles et non quelques décennies de consommation mondiale). De surcroît, les réserves de charbon sont largement réparties sur toute la surface de la terre au lieu d’être concentrées dans un petit nombre de régions aux caractéristiques géo-politiques particulières comme c’est le cas des ressources de pétrole ou de gaz.
Le charbon est un des principaux contributeurs à la production d’électricité dans le monde (environ 40% de toute l’électricité produite dans le monde l’est à partir de charbon). à titre d’exemple, les centrales thermiques à charbon fournissent 80 % de la production d’électricité en Chine, 50 % de la production d’électricité aux Etats-Unis et en Allemagne et environ 33 % au Royaume-Uni. Sur l’île de la Réunion, les dernières installations de production d’électricité mises en service à Bois Rouge et au Gol fonctionnent à partir de charbon. Un tel développement ne serait évidemment ni envisageable ni possible si l’utilisation du charbon faisait courir des risques immédiats pour la santé publique.
<B>On devine que les reproches formulés à l’encontre des centrales bagasse-charbon répondent à une préoccupation particulière, à savoir la crainte de voir une partie importante de la production d’électricité mauricienne “aux mains de l’industrie sucrière” qui en tirerait des avantages excessifs.</B>
Cette approche mérite que l’on apporte les nuances suivantes : étant donnée l’ampleur des moyens financiers nécessaires pour développer des moyens de production d’électricité, il n’y a que trois intervenants possibles en la matière à l’île Maurice : la puissance publique, les grands groupes privés mauriciens et/ou les sociétés étrangères. Si le gouvernement mauricien préfère concentrer ses ressources sur d’autres travaux d’infrastructures non finançables sur fonds privés, et ne souhaite pas pour des raisons d’indépendance énergétique, l’intervention massive d’acteurs étrangers, les solutions pour éviter les investissements d’entreprises locales dont le secteur sucrier est l’une des composantes, ne sont pas légion.
Par ailleurs, les conditions dans lesquelles le Central Electricity Board (CEB) achète de l’électricité aux producteurs indépendants sont serrées et contraignantes, les contrats exposent les producteurs à de très lourdes pénalités en cas de disponibilité insuffisante ou de défaillance quelconque dans la fourniture du service contractuellement attendu. Ainsi, les niveaux de production des centrales privées sont parfaitement réglés et contrôlés à chaque instant par la CEB. De plus, il faut reconnaître, immodestement sans doute, que les derniers projets énergétiques réalisés par le secteur privé se sont déroulés dans des conditions techniques globalement satisfaisantes avec des mises en service suivant le calendrier prévu puis des disponibilité des installations conformes ou supérieures aux attentes.
Se fixer pour objectif intrinsèque la limitation de la production électrique par l’industrie sucrière, et pour cela plafonner la taille des centrales bagasse-charbon en privilégiant la construction de centrales fonctionnant avec seulement du combustible fossile n’apporterait toutefois pas obligatoirement un avantage économique. Au contraire, dans certains cas, cela pourrait conduire à pénaliser les consommateurs, à travers le doublement des coûts d’investissement mais aussi des coûts d’exploitation par rapport à la solution consistant à construire des centrales bagasse-charbon de bonne taille.
Nous estimons que le développement cohérent du secteur énergétique passe par les voies suivantes : </B>
Il appartient d’abord au gouvernement de prendre en considération l’efficacité comparée de l’affectation des ressources publiques aux différents usages possibles, pour déterminer la part des nouvelles capacités de production électrique à réaliser par les entrepreneurs privés. Après quoi, l’organisation d’une compétition entre les divers candidats désireux de vendre de l’électricité au réseau permettrait de sélectionner les attributaires sur la base de leur mérite objectif (crédibilité technique et financière, compétitivité écologique et économique …) en donnant la priorité aux meilleurs. Ce n’est qu’en adoptant une telle approche que l’on permettra aux projets privés de production d’électricité de se réaliser dans des conditions suffisamment consensuelles pour favoriser la mobilisation sur le long terme de capitaux importants.
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