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Ariel Sharon décidé à rencontrer Ahmed Qoreï

14 novembre 2003, 20:00

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Ariel Sharon fait assaut de bonne volonté vis-à-vis du nouveau gouvernement palestinien réuni jeudi pour la première fois à Ramallah. En quelques semaines, le changement de ton a été spectaculaire. Après avoir traité Ahmed Qoreï, le premier ministre, de «marionnette manipulée par Yasser Arafat», avec lequel il n?était pas question de négocier, Ariel Sharon presse pour l?organisation d?une rencontre qui pourrait avoir lieu d?ici à la fin de la semaine prochaine.

Un revirement que le premier ministre a justifié en expliquant qu?un échec d?Ahmed Qoreï, après celui qu?a connu Mahmoud Abbas son prédécesseur, risquerait de «provoquer un effondrement de l?Autorité palestinienne». «Israël serait alors contraint de prendre en charge toute la vie administrative de 3,7 millions de Palestiniens», a répliqué Ariel Sharon à des députés du Likoud, son parti, partisans d?une politique de déstabilisation. Dans ce scénario, l?armée israélienne devrait s?occuper des écoles, des transports, des services de l?emploi, des hôpitaux palestiniens comme elle le faisait avant l?entrée en vigueur du régime d?autonomie il y a huit ans. Une tâche énorme qui coûterait très cher en hommes et moyens financiers.

Les tentatives de rapprochement avec Ahmed Qoreï visent aussi à se préparer au pire et éviter qu?Israël soit présenté dans le monde ? et notamment aux États-Unis ? comme responsable d?une chute du gouvernement d?Ahmed Qoreï au moment où l?image et la crédibilité de l?État hébreu sont au plus bas dans le monde.

Ce double risque a d?ailleurs été évoqué récemment par le chef d?état-major, le général Moshé Yaalon. Fait sans précédent depuis le début de l?Intifada, le patron de l?armée a mis en cause le gouvernement en l?accusant de n?avoir pas tendu la main à Mahmoud Abbas, contribuant ainsi à sa démission en septembre. Pour empêcher la

même erreur, le chef d?état-major a proposé de desserrer l?étau du bouclage imposé à la population palestinienne ainsi que le transfert au gouvernement d?Ahmed Qoreï du contrôle de plusieurs villes de Cisjordanie.

Le message est apparemment passé d?autant plus facilement qu?Ariel Sharon se trouve en position de faiblesse sur le front intérieur. Il est impliqué dans des «affaires» avec ses deux fils. Sa cote de popularité n?a jamais été aussi basse depuis son accession au pouvoir.

Ariel Sharon insiste sur le «dilemme» auquel il est confronté. «A chaque fois que nous avons relâché la pression, les organisations terroristes en ont profité pour commettre des attentats en Israël», a-t-il rappelé, en précisant que depuis l?attentat suicide contre un restaurant à Haïfa le 4 octobre qui a fait 21 morts, «7 kamikazes palestiniens sur le point de passer à l?action ont été arrêtés».

Bref, le premier ministre a prévenu qu?il ne dispose que d?une marge de manoeuvre limitée. Difficile dans ces conditions de s?attendre à des changements spectaculaires. Les responsables israéliens se refusent d?ailleurs à se laisser aller au moindre optimisme, comme si le pire restait le plus probable.

«Toute la question est de savoir si Ahmed Qoreï ne sera qu?un simple patin d?Arafat ou s?il deviendra indépendant», souligne Sylvan Shalom. Sans illusion, le ministre des Affaires étrangères évoque une possible reprise des affrontements dont il attribue d?avance la responsabilité au gouvernement palestinien. «Si Ahmed Qoreï ne se décide par à démanteler les organisations terroristes, elles vont en profiter pour se renforcer et préparer des attentats anti-Israéliens de grande envergure», prévoit Sylvan Shalom. En d?autres termes, les islamistes du Hamas et du Djihad islamique ont toutes chances de se retrouver de nouveau en position de tout faire capoter.

Sur le terrain, un détenu palestinien a été expulsé jeudi par Israël de Cisjordanie vers la bande de Gaza, le troisième bannissement du genre depuis lundi, a-t-on appris de source sécuritaire palestinienne. Les juristes palestiniens ont dénoncé à plusieurs reprises de telles expulsions en affirmant qu?elles violaient l?article 49 de la Convention de Genève interdisant les «transferts forcés, en masse ou individuels», hors de territoires occupés. La Cour suprême israélienne a toutefois donné son aval l?an dernier à cette mesure en arguant que les Palestiniens étaient simplement «déplacés» d?une zone palestinienne à une autre et non «expulsés».

Marc Henry

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