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Après 25 ans de guerre, les Afghans vont voter un président
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Après 25 ans de guerre, les Afghans vont voter un président
Dans le jardin de la permanence électorale d?Humayun Assefi, au c?ur de Kaboul, des chefs tribaux aux turbans colorés sirotent leur thé sous une tente en attendant le candidat, occupé un peu plus loin. Chez Ahmed Chah Ahmadzaï, un autre candidat, ils sont installés dans un salon.
En Afghanistan, où les structures tribales ou claniques restent fortes, ce sont les chefs qui viennent à la rencontre des candidats pour se faire une idée et décider pour ?leurs? gens.
?Les chefs tribaux vont chez tout le monde. Ils posent des questions très précises à chacun?, affirme Nilab Moubarez, chirurgienne orthopédiste, vice-présidente sur le ?ticket? du candidat Assefi. ?Ici, ils nous disent souvent : «On n?a pas besoin d?écoles, d?hôpitaux, de routes ; aidez-nous d?abord à désarmer les gens et après, tout sera possible»?, dit-elle. ?Les responsables tribaux sont curieux de connaître les candidats et de savoir ce qu?ils feront pour eux?, dit, pour sa part, Ahmed Chah Ahmadzaï. ?Les communications sont difficiles en Afghanistan ; ils ne nous connaissent pas et tentent de se faire une idée en parlant avec chacun?, ajoute-t-il.
A travers leurs affiches, qui couvrent les murs du centre de Kaboul, les 18 candidats qui s?affrontent pour ce premier scrutin présidentiel de l?histoire de l?Afghanistan promettent aux 25 millions d?Afghans (le chiffre n?est qu?approximatif, faute de statistiques exactes) des lendemains qui chantent après vingt-cinq ans de guerre. ?Nous nous battons pour avoir la loi et pour la défaite de ceux qui maintiennent les pauvres en situation d?esclavage?, proclame sur une affiche géante, en dari et en pachtou, Massouda Jalal, la seule femme candidate à cette élection. ?Unité nationale, sécurité, développement équilibré?, promet Mohammed Mohaqiq. ?Nous espérons l?unité nationale et la paix dans tout le pays?, renchérit le président Hamid Karzaï. Dans un pays où le taux d?analphabétisme est, selon la Banque mondiale, supérieur à 70 %, chaque candidat a choisi un symbole parlant : un épi de blé avec un pain pour Massouda Jalal, un stylo pour Mohammed Mohaqiq, un cheval pour Abdul Rachid Dostom, une balance pour Hamid Karzaï.
L?intérêt de la population ? au moins dans les villes ? est réel, et les 20 minutes dont disposent, sur les antennes nationales, trois fois durant la campagne, les candidats, sont suivies avec attention. Autre nouveauté pour les Afghans : les tables rondes organisées par des radios comme la BBC, la Voix de l?Amérique ou Radio Liberty, pendant lesquelles les candidats sont interrogés par des auditeurs qui appellent au téléphone. La liberté de ton et la pertinence des questions ont déstabilisé plus d?un candidat. ?D?où vient l?argent qui vous a permis d?acheter 26 maisons à Kaboul ??, a ainsi demandé un auditeur au candidat Ahmed Chah Ahmadzaï, ancien bras droit du fondamentaliste Abdul Rasul Sayyaf. Après quelques secondes d?hésitation, celui-ci n?a pu que répondre : ?Non, c?est exagéré... Je n?en ai que 13.? ?Comment osez-vous vous présenter à la présidence alors que vous êtes directement impliqué dans les tueries de Kaboul ? entre 1992 et 1996, quand les moudjahidins ont, pour conserver le pouvoir, détruit Kaboul au prix de 50 000 morts-?, a demandé un autre à Mohammed Mohaqiq, membre du Hezb-e-Whadat, qui combattait dans la capitale afghane. ?Personnellement, j?étais à Mazar-e-Charif, non à Kaboul?, s?est défendu le candidat.
Beaucoup de Kaboulis avouent qu?ils attendront le dernier jour, le 9 octobre, pour faire leur choix. ?Quand je viens à ma boutique le matin, je pense à cela. Je veux une personne qui serve le peuple afghan?, avoue Ali, un habitant de Dasht-e-Barchi, l?un des quartiers les plus déshérités de Kaboul. Dans ce quartier à majorité hazara chiite, les portraits du candidat Mohaqiq, un Hazara, sont omniprésents. ?Chacun promet tout. Je suis perdu?, confie Sayed Hadi, un commerçant revenu d?Iran. ?Nous ne pouvons pas croire les candidats sur leurs discours. Nous devons être sûrs qu?ils peuvent faire ce qu?ils disent?, ajoute-t-il. ?Cela n?a aucune importance si c?est Karzaï, Mohaqiq, Qanouni ou si le président est pachtoune, hazara, tadjik, ouzbek?, dit-il encore. ?Ce qui est important, c?est ce que le président peut faire pour nous?. Dasht-e-Barchi n?a pas vu sa situation s?améliorer de façon significative depuis le départ des talibans : toujours pas d?électricité, pas d?eau, simplement un peu de travail pour les Hazaras, nombreux à travailler sur les chantiers de construction.
Françoise CHIPAUX
PERTURBER L?ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE
Le colistier de Karzai échappe à une explosion
■ Ahmed Zia Masood, colistier de Hamid Karzaï pour l?élection présidentielle de samedi en Afghanistan, a survécu à une explosion survenue hier au passage de son convoi dans le nord-est du pays, ont déclaré des responsables. Une personne est morte dans cette explosion survenue alors que le convoi quittait l?aéroport de la ville de Faizabad, capitale de la province du Badakhshan, pour se rendre sur les lieux d?un rassemblement électoral. Le gouverneur de la province a été blessé, a dit un responsable régional. Les partisans de l?ancien régime intégriste taliban ont promis de perturber l?élection présidentielle afghane.
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