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Appel à la tolérance

24 mars 2007, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

A travers les âges, il a existé des tentatives de museler des pratiques et des fois religieuses. Ce n?est pas pour autant que les convictions ont péri sous le coup de boutoir de l?intolérance des uns et des autres. Au contraire, celle-ci a souvent engendré d?autres formes de radicalisme religieux. C?est le piège qu?il importe d?éviter aujourd?hui à la suite du verdict de la Cour présidé par le juge Paul Lam Shang Leen interdisant à la mosquée Waqf of Hidayat-E-Islam de Quatre-Bornes d?utiliser des haut-parleurs pour le rappel des fidèles musulmans aux cinq prières quotidiennes.

Il ne nous revient pas ici de commenter la décision du député Shakeel Mohamed de soulever la question au Parlement. Ce sont des man?uvres réductrices qui compromettent l?esprit de compromis et de tolérance. Il est beaucoup plus important de souligner la nécessité de privilégier la piste de la raison. Celle qui nous indique que la pratique de sa foi s?accompagne d?une exigence de sagesse vis-à-vis des pratiquants d?autres religions. Il ne s?agit pas ici de lancer un appel en faveur d?un islam plus moderne, voire plus adapté aux principes démocratiques. L?organisation sociale et collective de la société commande à chaque citoyen de respecter la liberté de l?autre. Mais au-delà de ce fait, il y a prioritairement le respect de sa propre liberté. Celle où dans l?expression de ses convictions, on ne réagit pas aux provocations primaires. Celle où, puisant dans sa croyance profonde, on ne se définit plus dans l?altérité. Ce gouffre si dangereux dans lequel de nombreux musulmans sont en train de tomber en essayant de faire triompher une certaine exubérance islamique. Toute revendication de ses convictions religieuses commence par une critique de ces convictions. Et s?installe ainsi une théorie de la critique de la religion. Celle-ci crée le cadre conceptuel où le fidèle devient le bras séculier d?un ordre sacré, d?un principe révélé. Il est à la fois croyant et critique de sa propre croyance. Aujourd?hui, il importe simplement de se dire qu?un juge mauricien a le droit de décréter que l?utilisation des haut-parleurs par un muezzin est illégale. De reconnaître aussi qu?un député mauricien est avant tout responsable vis-à-vis de ses mandants et non de ses correligionnaires. Que les symboles, les signes distinctifs religieux, que des appels à la prière? constituent autant de droits qui ne sont des acquis que dans le consensus. Ce n?est pas céder aux perversions de la modernité. C?est une belle manière de se démontrer la force de sa foi. De ne pas prostituer sa foi sur l?autel de l?identité-revendication.

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