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Anthony Legentil, garde-côte : « Je n?ai cessé de prier pour m?en sortir »
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Anthony Legentil, garde-côte : « Je n?ai cessé de prier pour m?en sortir »
Anthony Legentil a vu la mort de près. De très près. Ce jeune garde-côte, âgé de 26 ans, aurait pu figurer au nombre des victimes de la houle australe qui s?est abattue sur Rodrigues dans la nuit de dimanche. Mais il s?en est sorti. In extremis. Il lui a fallu redoubler de courage et de volonté pour nager des heures durant pour espérer échapper aux vagues de plusieurs mètres et pour enfin réussir à toucher terre.
Anthony, que nous avons contacté, a accepté de nous raconter le déroulement de cette nuit qui aurait pu être la dernière de sa vie.
Des vagues d?une dizaine de mètres viennent tout juste de s?abattre sur l?île. Au quartier général des gardes-côtes, qui est en alerte maximale, on apprend que plusieurs personnes ont été emportées par les flots. Il est alors aux alentours de 13 heures.
C?est aussitôt le branle-bas de combat. Anthony Legentil, ainsi que deux autres collègues, embarquent à bord d?un bateau pour tenter de retrouver les victimes. « Le ciel était bleu. Tout était calme. La mer était simplement un peu agitée », explique le jeune homme, qui aura bientôt six ans de service au sein de la National Coast Guard (NCG).
« J?ai entendu un grondement »
L?embarcation de la petite équipe longe pendant un moment la côte de l?île, avant de prendre le large. Les recherches se déroulent normalement jusqu?à ce que survienne un problème mécanique. « Le moteur du bateau a rendu l?âme et nous avons été contraints de jeter l?ancre et d?appeler notre QG pour qu?il envoie une autre équipe nous aider. Nous leur avons demandé d?apporter avec eux des outils pour que nous essayions de faire redémarrer le moteur », raconte Anthony d?une voix posée.
Il faudra un peu plus d?une heure pour que la deuxième équipe arrive à leur rescousse, soit aux alentours de 16 heures. Après avoir à maintes reprises tenté de faire repartir le moteur, décision est prise de remorquer l?embarcation au poste de commande.
Alors que les membres de la NCG font route vers la terre ferme, Anthony, qui est resté dans le bateau en panne, s?efforce d?essayer de réparer le moteur, pour pouvoir reprendre les recherches au plus vite. « Nous n?avions pas de temps à perdre. S?il y avait ne serait-ce qu?une chance de retrouver les victimes vivantes, nous devions la saisir », tient à faire ressortir le garde-côte. Mais son sens du devoir a bien failli lui coûter la vie.
Alors qu?il s?affaire avec ses outils, Anthony réalise que quelque chose ne va pas. Il est alors peu avant 20 heures. « Il faisait nuit noire. On n?y voyait rien à un mètre. Je me trouvais à l?arrière du bateau quand j?ai entendu un grondement. Une vague de plusieurs mètres s?est abattue sur moi et m?a projeté à l?eau. Quand je suis remonté à la surface, une deuxième vague, toute aussi grosse, m?a entraîné une nouvelle fois au fond de l?eau », nous explique Anthony.
De longues minutes s?écoulent. Anthony voit la surface de l?eau s?éloigner de plus en plus. L?air lui manque. Il lutte contre l?envie d?ouvrir la bouche dans une tentative désespérée et instinctive de chercher de l?oxygène. Il résiste encore quelques secondes. Et sans même qu?il ne s?en rende compte, Anthony regagne la surface. Il parvient enfin à respirer. Il comprendra plus tard que son gilet de sauvetage lui a sauvé la vie. « Si je ne l?avais pas mis, je n?aurais sans doute pas été là pour vous raconter ce qui m?est arrivé », confie le jeune homme, encore secoué pour les récents événements.
« J?étais seul en pleine mer »
Mais ses ennuis sont loin d?être finis. Le fort courant l?a éloigné des embarcations de ses collègues. « J?ai crié encore et encore, mais je n?ai entendu aucune réponse. C?est à ce moment que j?ai compris que j?étais seul en pleine mer. »
La nuit s?annonce longue. Anthony se débat comme il le peut contre les vagues qui l?emmènent vers de large. Comme il l?expliquera lui-même plus tard, son expérience de la pêche et des courants marins lui a été d?une grande aide pour se sortir de ce mauvais pas. « J?ai nagé pendant plus de trois heures pour pouvoir trouver un courant qui me ramènerait vers l?île. À un certain moment, j?ai aperçu de la lumière sur la montagne Croupier et je l?ai prise comme repère pour me diriger. Pendant que je nageais pour rejoindre le rivage, je n?ai pas cessé de prier pour m?en sortir », lâche le jeune homme.
Ce n?est que vers quatre heures du matin qu?il foulera le sol de son île natale. « Il n?y avait aucune maison dans les environs. J?étais exténué par les heures que j?avais passées à nager », explique le jeune garde-côte, pas encore totalement remis de sa mésaventure.
À bout de force, Anthony se résigne tout de même à marcher pour chercher de l?aide. Il lui faudra un peu moins d?une heure pour enfin trouver une maison.
Il frappe alors à la porte et relate au propriétaire des lieux ses péripéties. Celui-ci l?invite aussitôt à entrer et lui offre un verre d?eau sucrée pour lui permettre de reprendre des forces.
Anthony téléphonera ensuite aux policiers ainsi qu?aux gardes-côtes pour leur apprendre qu?il a réussi à s?en sortir. Transporté à l?hôpital pour y subir des examens, il sera autorisé à regagner son domicile le même jour.
Il ne se laisse pas intimider par les événements
Depuis, bénéficiant d?un congé maladie de quelques jours, Anthony ne rate aucune occasion de passer du temps avec sa famille et sa fiancée. Sa mère, Marinette que nous avons jointe au téléphone, nous confie qu?elle a eu très peur pour son fils. « Je me suis vraiment inquiétée lorsque je me suis aperçue qu?il n?était pas rentré à la maison lundi matin, d?autant plus que j?avais entendu à la radio qu?un garde-côte avait disparu en mer », explique Marinette.
Moins d?une heure plus tard, un véhicule de la police, avec à son bord Anthony, s?immobilise devant sa maison. « Lorsque je l?ai vu, j?ai pleuré car j?étais soulagée que mon fils soit vivant », nous confie cette mère de famille.
Après avoir raconté à ses proches sa mésaventure, Anthony, épuisé, s?écroule sur son lit pour profiter de quelques heures de sommeil, avant de se rendre chez sa fiancée, Christella. Cette dernière, âgée de 21 ans, se souvient encore de cette nuit tragique : « Je ne me suis pas tout de suite doutée qu?il se passait quelque chose d?anormal. Anthony m?envoyait de temps en temps des messages grâce à son portable pendant qu?il poursuivait ses recherches. J?ai bien essayé de l?appeler plus tard dans la nuit, mais il ne prenait pas le téléphone. »
Ce n?est que vers 6 heures du matin qu?elle reçoit un coup de téléphone de son fiancé. Celui-ci lui explique alors ce qui lui est arrivé. « Je pensais qu?il s?agissait d?une blague, mais il m?a juré que non. Je suis heureuse qu?il ne lui soit rien arrivé », explique la jeune femme.
Deux jours plus tard, loin de se laisser intimider par les événements de dimanche, Anthony reprend les entraînements et entend regagner au plus vite le travail. « Il part courir tous les jours à la plage et fait ses exercices pour être en forme », explique sa mère, pas peu fière du « courage » de son fils durant toute cette épreuve.
Le bilan des vagues qui se sont abattues sur Rodrigues et Maurice est lourd : six personnes sont portées disparues. Le corps de trois pêcheurs ? Perrine Joseph Étienne (35 ans), Evenor Gabriel Ahtion (55 ans), et Pierre Louis Louloune (42 ans) ? ont été repêchés mercredi par des officiers de la National Coast Guard (NCG). Les victimes étaient parties pêcher à la Passe, au sud de Rodrigues. Elles auraient été prises par surprise par des vagues de plusieurs mètres de haut et auraient été projetées à l?eau.
Leur embarcation, à la dérive, a été retrouvée dans la journée de lundi par les sauveteurs.
Deux officiers de la NCG de Rodrigues, Judex Spéville et Joseph John Philippe (photo), sont eux aussi portés disparus. Les recherches entreprises jusqu?à présent en vue de les retrouver se sont révélées vaines.
« Nous poursuivons nos recherches. Ils avaient tous deux leurs gilets de sauvetage quand ils ont été entraînés par les vagues. Même s?il y a peu d?espoir de les retrouver vivant, nous continuons de garder espoir », laisse entendre un membre de la NCG.
Un Mauricien, Ramchandar Babooa, un habitant de Rose-Belle, figure également sur la liste les victimes.
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