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Amener les avoués à se recycler

15 avril 2008, 20:00

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Depuis la mi-mars, la Mauritius Law Society (MLS) a un nouveau président en la personne de Manon Mardemootoo qui exerce sa profession d?avoué depuis 37 ans. Il tient à ce que ses homologues suivent une formation continue pour gagner davantage en terme de respect public.

Les personnages-clés et les évènements qui ont compté dans la vie de Manon Mardemootoo sont affichés sur les murs de son bureau de Jamalacs Building. A l?arrière de sa tête trône la photographie de son père, feu Goinsamy Mardemootoo. Cet assistant commissaire de police est responsable, entre autres, du choix de carrière de notre interlocuteur. Le diplôme d?avoué de ce dernier, obtenu en mars 1971, placé sous verre et encadré, fait face à sa table de travail.

Sur un autre pan de mur se trouve un cliché d?une belle jeune fille, croquée sur le vif alors qu?elle exécute une figure du Bharat Natyam. Il s?agit de Vennila, la cadette de Manon Mardemootoo, qui enseigne cette danse classique indienne.

Si les photographies de ses autres enfants, Sivakumaren dit Robin et Komadhi n?y figurent pas, c?est tout simplement parce qu?ils sont présents en permanence dans le cabinet. En effet, les deux ont choisi de marcher dans les traces de leur père. Qu?ils consultent régulièrement à propos de certaines affaires. «Je crois même que je les consulte davantage qu?eux ne le font avec moi», déclare en riant le nouveau président de la MLS qui a été fait Commander of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean en 2002 et nommé Senior Attorney par la Cour Suprême l?année suivante.

En l?écoutant parler de sa carrière, on sent qu?il n?a jamais regretté ce choix qui n?était pourtant pas le sien au départ. En effet, après des études secondaires complétées au Collège Royal de Port-Louis, cet aîné d?une famille de sept enfants voulait étudier la médecine. Son père a choisi de l?éprouver par la manière forte. «Mon père m?a emmené assister à une autopsie. A l?époque, les médecins légistes étaient rapides en besogne et comme je suis très sensible, je me suis évanoui. Par la suite, j?ai réalisé que je n?aurais jamais pu être médecin».

C?est à l?étude de l?avoué André Robert que Goinsamy Mardemootoo entraîne son fils. Celui-ci s?enregistre comme clerk aussi bien auprès de l?avoué en question qu?auprès de la Cour Suprême. Pendant deux ans, Manon Mardemootoo apprend le métier au contact de Mes André, Jacques et Georges Robert. Ainsi, il se familiarise aux procédures de partages, de ventes et saisies, de réclamations de dettes, de divorces, de succession etc.

Ce qui lui plaît le plus, au fur et à mesure qu?il avance dans son apprentissage, c?est la rigueur dont il faut faire preuve dans le suivi des procédures et l?attention et l?écoute qu?il faut accorder à la clientèle. Il trouve le temps de se marier à Selvom et de réussir son examen intermédiaire. Il étudie pendant encore deux années supplémentaires avant de prendre part à l?examen final. Qu?il réussit haut la main. Comme Manon Mardemootoo est en avance sur le programme, il doit patienter un an avant d?exercer.

Attente qu?il met à profit pour trouver un local et y aménager son cabinet. Il en trouve un, toujours à la rue Georges Guibert. Il s?agit du deux pièces autrefois occupées par feu Jules Koenig, fondateur du Ralliement Mauricien, qui lui est loué pour Rs 70. C?est en mars 1971 que Manon Mardemootoo se met à exercer. Ses voisins de paliers qui sont les avocats Guy Ollivry, feu Robert Rey et Yousouf Mohamed, lui réfèrent des clients. «J?ai profité de leur vaste expérience». Il est également régulièrement sollicité par feu sir Gaëtan Duval pour l?assister dans bon nombre d?affaires. «Sir Gaëtan Duval travaillait vite et il fallait suivre le rythme. Il vous recevait en compagnie de 15 personnes et il parlait à tout le monde en même temps».

«J?ai proposé la création de huit sous-comités dont un ayant trait à la formation et
l?éducation continue. Il faut gagner le respect du public et du judiciaire. Le seul moyen de se faire respecter est de montrer qu?on est à niveau».

En 37 ans de carrière, Manon Mardemootoo a traité des milliers d?affaires dont beaucoup ont été gagnées et quelques autres perdues. «L?important dans tout cela est d?avoir fait son travail consciencieusement».

Ce grand-père de quatre petits enfants n?a qu?un souvenir pénible dont il a du mal à se défaire. Un de ses clients qui a été contraint de verser un pot de vin à un magistrat, vient s?en plaindre auprès de lui et lui demande d?écrire au ripoux pour réclamer un remboursement. Manon Mardemootoo s?exécute. Le magistrat rembourse la somme prise partiellement en liquide et le reste en chèque qu?il endosse. «Mon client a voulu que j?en informe le Chef Juge. Au lieu de l?admettre et de clore l?affaire, le magistrat nie et m?accuse de vouloir ternir sa réputation. L?affaire a suivi son cours et a finalement été prise par le Full Bench de la Cour Suprême. Cette instance a pris quelques semaines avant de statuer en ma faveur et de radier le magistrat comme avocat. Ces quelques semaines d?attente ont été pénibles, surtout lorsque l?on se sait dans son bon droit et qu?on a rien à se reprocher».

Manon Mardemootoo a rejoint la MLS alors qu?elle n?était qu?une association amicale. C?est en 2005 qu?elle a été officialisée et la législation y relative est entrée en vigueur le 1er février 2006. Il estime que son prédecesseur, Narendra Appa Jala, a fait un «joli travail de fondation» avec l?élaboration d?un code d?éthique et un registre des membres. Lui veut poursuivre en s?assurant que les avoués soient exposés à la formation continue. «Les avoués reçus dans les années 70 n?ont pas eu l?occasion de se recycler. La loi n?est pas statique. Il y a des concepts qui changent et auxquels les avoués ne sont pas tous exposés. En Grande Bretagne, ces professionnels doivent suivre des formations continues s?ils veulent continuer à exercer. J?ai proposé la création de huit sous-comités dont un ayant trait à la formation et à l?éducation continues. Il faut gagner le respect du public et du judiciaire. Le seul moyen de se faire respecter est de montrer qu?on est à niveau». Il veut aussi renforcer les liens entre la MLS et d?autres associations d?avoués à l?étranger.

Il trouve des lacunes à la Law Society Act et en a fait part à l?Attorney General qui lui a prêté une oreille attentive. Il cite la question des pénalités pour les membres de l?association qui ne paient pas leurs cotisations. «Telle qu?elle est, la loi ne nous autorise pas à appliquer une pénalité. Il y a une poignée d?avoués récidivistes et il faudrait que nous puissions les sanctionner en leur imposant une pénalité». Tout comme il aurait souhaité que l?exécutif de la MLS bénéficie d?une immunité quand elle enquête sur des allégations à l?égard d?avoués.

Manon Mardemootoo dit apprécier la volonté du Chef Juge, Bernard Sik Yuen, à vouloir réformer le système pour réduire les délais dans les affaires de cour, pour ne pas augmenter les frais des procès et offrir un meilleur service en général au public. «En Grande -Bretagne et en France, pour que les avoués et les avocats ne perdent pas de temps, le filing of plaints et les pleadings and recording of progress se font par mail. Le Chef Juge,qui est à l?écoute, travaille sur cette question. Cela rendra le judiciaire plus dynamique et performant?»

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