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Amédée Nagapen, lire entre les lignes
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Amédée Nagapen, lire entre les lignes
L?auteur a marqué son temps avec son sens aigu du romanesque. Les trois mousquetaires, Le comte de Monte-Christo sont parmi les ?uvres les plus connues d?Alexandre Dumas. Mais ce n?est pas là l?intérêt d?Amédée Nagapen. Son flair d?historien l?a poussé du côté du roman ?mauricien? de Dumas : Georges, publié à Paris en 1843.
S?appuyant sur les aventures de Georges, le ?mulâtre? et de ses amours contrariés avec une Blanche, Sara de Malmédie, l?historien déploie le panorama de l?esclavage et du marronnage tel que retranscrit par la plume de Dumas. Cet opuscule récemment publié par l?université de Maurice, reprend la contribution de l?historien aux travaux du Maroon History Group. Des écrits déjà rendus publics dans un ouvrage collectif lancé en décembre 2005.
Pour rappel, le Maroon History Group avait pour tâche d?étudier diverses facettes de l?histoire du Morne Brabant. Des travaux supervisés par Vijaya Teelock, historienne et présidente du conseil d?administration de l?Aapravasi Ghat Trust Fund et Amédée Nagapen.
La contribution de Nagapen repose essentiellement sur l?étude lexicale et celle des sources ayant conduit à la réalisation du roman Georges. L?historien postule d?emblée que ce roman méconnu et qui n?est pas inscrit au cursus scolaire, est ?un roman typiquement mauricien.?
Premier constat : si la trame prend source en 1810, Dumas ?s?obstine? à appeler la colonie britannique Isle de France. Mais le principal attrait de l??uvre réside dans ce qu?elle nous apprend de l?esclavage francilien. De ?l?éventail ethnique des esclaves? au régime servile en vigueur, Dumas, fait feu du bois apporté par Jacques Gérard Milbert, auteur du Voyage pittoresque à l?île de France, au Cap de Bonne Espérance et à l?île de Ténérife, paru en 1812. Ainsi, les principaux protagonistes aux côtés de Georges, sont Laïza, un prince anjouanais et Antonio le Malais.
L?historien remet les pendules à l?heure. Replonge dans le contexte. Va chercher dans le passé même de Dumas pour nous apprendre qu?il est le petit-fils d?un marquis et d?une esclave noire de Saint-Domingue. ?Dumas ne manifeste quelque état d?âme sur les traitements féroces et autres sévices infligés aux Noirs. Cependant (il) reconnaît l?inhumanité de la condition servile? utilise l?adjectif ?malheureux? pour qualifier le sort de tels captifs? sans être abolitionniste.
Sans complaisance, Nagapen braque les projecteurs sur l?image de l?esclavage bon enfant véhiculée par Dumas. S?il est vrai que Georges est par certains côtés un ?hymne au fouet?, l?auteur écrit, ?sans oser de commentaire particulier, Dumas sous-tend son récit de l?apologie du Noir, facteur économique, destiné à faire prospérer le sol francilien, enchaîné dans l?esclavage.?
L?historien démontre que Dumas n?échappe pas à l?école des auteurs qui dépeignent le ?bon maître?. Il oppose à cela le personnage de Laïza, prince anjouanais, ?esclave insurgé d?une silhouette de leader?, un ?guérillero passionné de liberté, tel un héros, nouvel avatar de Spartacus.?
Autant de lectures croisées qui font de Georges un roman à découvrir. Le dernier ouvrage d?Amédée Nagapen propose en annexe, une étude des Toponymes marron. Quatre lieux immortalisant l?esclavage et son corollaire sur les cartes géographiques : cap Marron, Piton Marron, Mare Marron et Ruisseau Marron.
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