Publicité
Aller plus loin que le bénévolat
Avec le projet de Strengthening of the NGO Sector in Mauritius du United Nations Development Programme et celui de l?African Peer Review Mechanism réalisé par le National Economic and Social Council (NESC) (voir encadrés), c?est une nouvelle lumière qui sera projetée sur les Organisations non gouvernementales (ONG) et la société civile au sens large du terme. Du coup, c?est toute l?importance et la fonctionnalité de leur action qui prend une nouvelle dimension. On veut structurer le travail. Il y a une recherche pour davantage de professionnalisme. Et l?impératif d?un nouveau cadre légal. Toute la démarche consiste à dynamiser un secteur qui a fonctionné principalement en s?inspirant du volontariat et de la nécessité de saisir les faits sociaux pour pouvoir les transformer.
?Il était temps de revoir les ONG. Autrefois, il y avait plus d?organisations socioculturelles et quelques mouvements avec des objectifs communautaires. Il y a eu une évolution par rapport aux nouveaux problèmes sociaux. Les problèmes de société ont provoqué la naissance d?un autre type d?organisation. Le contact avec l?étranger a amené ces organisations à structurer dans une certaine mesure leurs actions. Aujourd?hui, il est important de mettre de l?ordre dans tout cela. Des lois sont dépassées. De nouvelles attentes ont émergé du côté des ONG que ce soit en termes de ressources humaines et financières?, explique Dana Chengan, président du Mauritius Council of Social Services (Macoss).
Le Macoss se retrouve justement au c?ur de ce processus de métamorphose. Un rapport préliminaire a été rédigé par les responsables du projet Strengthening of the NGO Sector in Mauritius où un examen total du conseil a été réalisé. Il en est ressorti que le Macoss doit être revu totalement. La nécessité d?une organisation ombrelle demeure mais dans sa fonctionnalité, Macoss est appelé à opérer sa mue.
?Le monde a changé. Le concept même de société civile est en pleine mutation mais c?est surtout de la capacité à insuffler une nouvelle synergie entre ces trois partenaires que dépendra le développement global de la société.?
Avec un Macoss revisité, c?est toute la chaîne de solidarité et de travail qui se retrouve dans une nouvelle logique. Le rapport Etat-société civile et ONG-secteur privé s?inscrit dans une nouvelle perspective. Davantage de dynamisme, de structuration et de professionnalisme. Le monde a changé. Le concept même de société civile est en pleine mutation mais c?est surtout de la capacité à insuffler une nouvelle synergie entre ces trois partenaires que dépendra le développement global de la société.
C?est à ce titre que le président de Caritas Maurice, Jacques Dinan met l?accent sur le concept de responsabilité sociale (corporate social responsability) des entreprises. ?Auparavant, on ne prenait en compte que la question économique des choses. Lorsqu?on disait d?une entreprise qu?elle a réussi, c?est qu?elle présentait un bon bilan financier. Or, dans le nouveau contexte mondial, il faut que l?entreprise remplisse trois conditions pour être jugée comme une entreprise à succès : bon bilan financier, responsabilité sociale et responsabilité à l?égard de l?environnement.? Il note aussi que les choses se précisent à Maurice dans cette direction. ?Les grandes entreprises ont conscience de leur rôle de responsabilité sociale. Est-ce seulement pour la forme ? Je ne le crois pas. L?entreprise a besoin de la société et vice-versa. C?est donc une tendance qui est en train de s?institutionaliser.?
Dans ce contexte, les ONG sont appelées à évoluer autrement. De tout temps, leurs actions butaient sur des considérations qui étaient hors de leur contrôle. Des éléments qui ont fait qu?elles ne pouvaient pas poursuivre leur initiative au-delà d?une certaine limite. ?Désormais, nous sommes arrivés à un moment de l?histoire qui est très positif. L?Etat, le secteur privé et les ONG sont à présent tenus et capables de regarder dans une même direction. Il y a une vision à concrétiser dans les faits?, ajoute Jacques Dinan.
La société civile témoigne d?une action plus ciblée. Outre, ce que les ONG font déjà sur plusieurs plans, combat contre la pauvreté et actions sectorielles, il existe une urgence de prise en compte de la personne dans sa citoyenneté sociale, économique, familiale et individuelle.
C?est en cela aussi qu?il y a nécessité d?un observatoire social. ?Pour un pays qui se développe comme Maurice, une structure comme un observatoire social s?impose. Mais, en même temps, le gouvernement travaille en ce sens. A cet effet, le NESC agit comme une institution d?observation. Cela dit, Macoss doit continuer à agir comme une structure d?encadrement pour les ONG?, précise, à ce chapitre, Dana Chengan.
La société civile mauricienne fait preuve d?une action certaine. Il reste encore à analyser l?approche. D?où l?importance de la recherche. Que sert-il de parler de société civile lorsque le concept est à peine intelligible pour une majorité de Mauriciens ? Aujourd?hui avec quelque 6 000 organisations volontaires dont la plupart sont des organisations à caractère communautaire alors que 300 présentent les caractéristiques d?une ONG, le pays profite d?un dispositif élargi mais relativement disparate.
Macoss était créé en 1965. Il a certes évolué mais pas suffisamment. Un nouveau régime est un impératif. Impératif également le besoin de disposer de données objectives permettant de mieux cerner le Mauricien dans ses aspirations et ses attentes. Une société capable d?agir sur elle-même est une société qui quitte le corpus des théorisations pour s?appuyer sur des informations vérifiables. Un observatoire social répond à cette fonction.
?UNITED NATIONS DEVELOPMENT PROGRAMME?
Le projet ?Strengthening of the NGO sector in Mauritius?, renforcer le secteur des ONG à Maurice, est une initiative du United Nations Development Programme. Il a été lancé en 2005 et devrait se poursuivre jusqu?à l?année prochaine. Il vise à faire des ONG un partenaire crédible de l?Etat et du secteur privé dans le processus de développement socio-économique du pays. Pour réaliser cet exercice, le travail a été divisé en plusieurs parties. Dont une évaluation du secteur des ONG avec l?accent porté sur leurs structures et leurs résultats. L?identification d?un nouveau cadre régulateur et légal afin de répondre aux nouveaux défis. L?examen des politiques de responsabilité sociale mises en place par les entreprises mauriciennes, incluant les partenariats entre les ONG et le secteur privé. L?examen de la politique gouvernementale à l?égard des ONG. L?identification d?un cadre politique de partenariat social entre le gouvernement, les ONG et le secteur privé. Enfin après l?évaluation des ONG, la mise en place d?un programme de développement et de renforcement destiné aux ONG dans le but de soutenir leurs actions autant qu?à les aider à se doter des moyens efficaces pour accomplir leur mission.
?AFRICAN PEER REVIEW MECHANISM?
Le National Economic and Social Council (NESC), en partenariat avec Ernst and Young, réalise un exercice national de consultation avec différents acteurs et partenaires, des formations politiques aux syndicats en passant par les organisations de la société civile. Ces consultations de base serviront à la préparation d?un rapport dont la réalisation fait suite à un engagement du gouvernement vis-à-vis de l?Union africaine. Cet exercice connu comme l?African Peer Review Mechanism donne une vue objective des institutions de la société telle que perçue par les citoyens.
Project Manager de ?Strengthening of the NGO Sector in Mauritius?
● Quel est le sens de votre action à Maurice ?
Inclure Maurice dans le Civil Society Index, une composante d?un projet global Strengthening of the NGO Sector in Mauritius, permet d?inscrire l?île dans un contexte global. C?est le début d?un processus de rapprochement des acteurs non gouvernementaux, un état des lieux afin de promouvoir les actions de renforcement, de réflexion autour du secteur en général et l?identification d?un cadre régulatoire qui régissent les ONG. Il est important d?agir sur le contexte légal autant qu?il importe de travailler sur les forces et faiblesses des ONG. Dans le même ordre d?idées, il faut ?uvrer pour améliorer la relation ONG-Etat, l?un dépendant de l?autre et inversément. Car il ne faut pas oublier que l?Etat assure des services sociaux destinés aux groupes marginalisés. Toute cette action tend à renforcer des valeurs et des concepts comme la transparence, la bonne gouvernance et le professionnalisme des ONG.
● Quelle est la méthodologie adoptée pour effectuer cet exercice ?
Il s?agit de recherches et des actions sur le terrain qui sont fondées sur des données collectées à travers un procédé participatif. Tous les acteurs concernés sont engagés dans le processus qui fait autant intervenir le savoir-faire local et l?expertise internationale.
● Concrètement à quoi aboutira votre travail ?
Nous sommes arrivés au stade d?un rapport préliminaire sur le Mauritius Council of Social Services (Macoss). Une nouvelle structure sera mise en place. C?est un rapport d?évaluation qui traite de plusieurs problématiques au niveau du Macoss. On lui reproche ainsi de n?avoir pas contribué à une culture de bonne gouvernance du fait que les relations n?étaient pas claires entre l?Assemblée générale, le bureau exécutif et le secretariat. De ce fait, beaucoup d?ONG se sont éloignées du Macoss. Certes même la nouvelle structure ne pourra pas tout faire. Mais, malgré un positionnement stratégique difficile, une action réaliste et ciblée est possible. Il s?agit de rendre plus cohérente l?action de l?organisation ombrelle de la société civile.
● L?objectif est-il de parvenir à une nouvelle structuration de la société civile ?
Une société civile dynamique, c?est un signe de maturité et un élément fondateur du sens de la citoyenneté. C?est la volonté de contribuer à créer une société plus inclusive. Il est en même temps vrai que le concept de société civile est devenu très à la mode. Il y a aussi d?autres formes d?organisations informelles avec des objectifs communs et communautaires qui peuvent culminer à des structures plus professionnelles. A Maurice, il est très intéressant de noter la présence des forces vives qui exercent des pressions. C?est un phénomène qu?il faut valoriser d?autant plus que le rayonnement des organisations traditionnelles, tels les syndicats, s?érode. Aujourd?hui, il n?y a pas plus chasse gardée, la société civile intervient partout.
● La société civile a souvent été assimilée à l?intelligentsia de chaque pays. Est-ce la seule définition possible ?
Au début, ce sont les intellectuels qui en ont parlé. C?est un concept élaboré par de grands penseurs comme Tocqueville, Marx, Hegel? Aujourd?hui, c?est un concept qui évolue vers des formes plus pratiques dont l?importance se mesure à travers ses effets sur la société. Pour nous, il s?agit de tous ceux qui contribuent à faire progresser la société.
● La société civile s?oppose-t-elle à la société politique ?
A la base, ce n?est pas une question de politique mais de problématiques auxquelles la société civile doit trouver des réponses. La société civile intervient là où la société politique ne peut entrer. Mais elle agit en collaboration avec l?Etat dans un cadre démocratique.
● Il y a nécessité de revoir le rôle des ONG. Mais dans quelle direction ?
Le rôle de service doit être couplé à un rôle critique. On ne peut se limiter à traiter seuls ceux que la société, la politique et l?économie n?arrivent pas à prendre en compte. Il faut être très pro-actif. C?est la dimension politique du travail des ONG avec une base conceptuelle.
Publicité
Publicité
Les plus récents