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Affaire Dantier : complot évoqué

17 septembre 2004, 20:00

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Nadine Chaton a-t-elle participé à un complot pour faire incriminer Jean-Yvon Dantier ? A-t-elle été manipulée ? A-t-elle fait marche arrière lorsqu?elle a senti que sa vie privée risquait d?être étalée sur la place publique? Mais surtout, pourquoi a-t-elle caché la nature de ses relations avec le sergent Mardi ? Faute d?explications cohérentes de la part de la jeune femme, les enquêteurs semblent pencher pour le complot, bien qu?ils n?aient aucune preuve pour étayer la thèse.

La jeune femme, qui s?était présentée à la police comme un témoin oculaire du crime de Nadine Dantier le 25 juin 2003 pour ensuite tout nier, est restée vague sur les raisons qui l?ont poussée à agir ainsi. Elle a, dans une nouvelle déposition consignée hier matin, maintenu avoir tout inventé à la demande du sergent Mardi. « Bizin lak boper la », lui aurait dit ce dernier. Mais elle n?aurait toujours pas expliqué pourquoi elle a accepté de le faire.

Interrogé mercredi et jeudi, James Mardi, le policier qu?elle accuse de l?avoir poussée à mentir, a maintenu que le premier « témoignage » de Nadine Chaton à la police est en tout point identique à ce qu?elle lui avait confié il y a quelques mois. Field Intelligence Officer au sein de l?ADSU, il en a informé son supérieur hiérarchique, l?assistant commissaire de police, Ramparsad Sooroojbally. Ce dernier l?a alors référé à la MCIT.

Cependant, un aveu tardif de la jeune femme sous la pression des policiers, trouble encore la police. Chaton devait avouer une liaison avec le sergent. Les enquêteurs pensent que Nadine Chaton a cédé à la panique au moment où elle a senti que sa vie privée risquait d?être connue. Contre-interrogé sur cette relation clandestine (Nadine Chaton est mariée), le sergent devait confirmer, précisant qu?ils sont cousins par alliance.

Le « récit du drame » tel que l?avait relaté Nadine Chaton avait pratiquement convaincu les enquêteurs. Elle affirmait avoir, d?un terrain en friche à proximité, assisté au viol et au meurtre. Elle affirmait avoir vu ce jour-là Jean-Yvon Dantier et Marcelin Azie sur le site. Des visages qu?elle avait ?reconnus? plus tard grâce aux photos parues dans la presse. Elle citait même des phrases qu?elle aurait entendues sur la scène. La police est prête à passer à l?action. Mais ses allégations sont trop graves pour ne pas être dûment contre-vérifiées.

DESCRIPTION CONFUSE

Mercredi soir, la police insiste de nouveau pour savoir ce qu?elle faisait à Albion et avec qui elle était. C?est alors que Nadine Chaton perd de son assurance. Et s?embrouille. Elle parle d?abord d?un certain Gino, qui pourrait confirmer qu?elle se trouvait bien à Albion ce jour-là. Elle le décrit, mais les recherches de la police l?amènent à conclure que cette personne n?existe pas. Elle balance alors le nom d?une autre personne portant le même prénom. Une nouvelle descente sur le terrain amène à la même conclusion. Excédés et ayant le sentiment d?être menés en bateau, les enquêteurs musclent alors l?interrogatoire. La jeune femme s?effondre et nie tout ce qu?elle a déclaré antérieurement.

ACCUSATION DE FAUX TÉMOIGNAGE

Le «témoin» soutient que tout ce qu?elle a dit jusqu?ici n?est pas vrai : tout cela provient de son imagination, d?un « rêve ». Elle aurait un jour fait part de ce « rêve » au sergent Mardi qui l?aurait alors poussée à « prétendre » à la police avoir réellement assisté à la scène de violence. Cette nouvelle version est tout aussi cousue de fil blanc, estiment les enquêteurs. Son récit était agrémenté de trop de détails pour provenir d?un « rêve ».

Les enquêteurs se sont alors sentis dupés. Après consultations avec leurs chefs hiérarchiques, la décision est prise de placer le sergent Mardi et le «témoin» Nadine Chaton en détention. Ces derniers sont accusés provisoirement de complot et de faux témoignage visant à entraver l?enquête policière dans l?assassinat de Nadine Dantier.

La Major Crime Investigation Team (MCIT) sera dès le lendemain dessaisie du dossier, vu que la police considère n?être plus sur la piste de suspects du meurtre. Le commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh, a confié au Central Criminal Investigation Department (C CID) la tâche de faire la lumière sur cette drôle d?histoire. L?enquête est menée par les hommes de l?assistant surintendant de police, Heman Jangi, placée sous la supervision de l?assistant commissaire de police Pritansing Jawaheer, numéro deux du C CID. Ils s?y sont appliqués ces deux derniers jours.

Enceinte de quatre mois, la jeune femme est détenue au poste de police de Pailles. Elle s?est plainte hier de douleurs au ventre et de maux. Le Dr Sudesh Kumar Gungadin, médecin légiste l?a examinée hier. Le sergent Mardi est, lui, détenu au poste de police de La Tour Koenig. Il a retenu les services de Me Jim Seetaram. Les deux suspects comparaîtront au tribunal de Curepipe pour la deuxième fois jeudi.

Les familles des suspects dans l?incompréhension

Dans le salon familial à Henrietta, les proches de James Louis Mardi contiennent mal leur amertume. Les conversations portent inlassablement sur les raisons de l?arrestation de Louis James qui, laissent-ils entendre, n?a « aucun sens». « Louis a toujours été quelqu?un d?honnête. Je ne comprends pas pourquoi cette femme, Nadine, est venue le mettre en cause dans cette affaire », lancent les proches. Alors que Louis James Mardi a affirmé aux enquêteurs entretenir une liaison avec Nadine Chaton, ses proches déclarent tout ignorer de cette relation. La nouvelle de son arrestation, ils l?auraient apprise par la radio. « Nous n?étions au courant de rien car il s?était rendu à son travail comme à l?accoutumée», explique sa s?ur Stéphanie, âgée de 19 ans.

Le sergent Mardi compte une dizaine d?années de service au sein de la force policière. Il envisageait, selon les dires de ses proches, de prendre part aux examens pour obtenir le grade d?inspecteur. « Il ne vivait que pour sa famille et pour son travail. Il fait ce qu?il avait à faire et du mieux qu?il le peut », affirme Stéphanie, d?une voix fébrile. Les deux enfants du suspect, âgés de 5 et 6 ans, n?ont pas vu leur père depuis maintenant trois jours. « Sa fille est dans un tel état qu?elle refuse de mange», explique Stéphanie, encore sous le choc.

Issu d?une famille de trois enfants, Louis James a fait ses études au Glen Park RCA School avant d?intégrer le collège Impérial à Curepipe. Il avait toujours voulu intégrer la force policière, se rappelle Stéphanie.

La famille Mardi a reçu, depuis l?arrestation de Louis James, le soutien de leurs proches mais aussi des collègues de ce dernier. « Il est très apprécié de ses collègues de travail qui sont persuadés de son innocence. »

Tout comme chez les proches de Mardi, l?incompréhension règne également chez ceux de Nadine Chaton. « Nous n?étions pas au courant de sa liaison avec James Mardi», affirme Yves Chaton, père de l?époux de l?accusée, Jean Noël.

La case en tôle où réside Nadine Chaton, née Hosseny, située à Henrietta, est déserte. Jean-Noêl, ainsi que ses quatre enfants ont emménagé depuis hier chez Yves Chaton à la route Royale de la localité. Selon les dires de ses proches, Nadine était une personne discrète qui n?évoquait presque jamais sa vie privée. Elle est issue d?une famille de deux enfants. Nadine n?a jamais informé quiconque de sa démarche de témoigner dans le cadre de l?enquête sur l?agression mortelle de Nadine Dantier, précise Jean-Noël. Il ne comprend visiblement pas ce qui a bien pu se produire. « Kot mo été mo né pli kapav réflesi. Cé ki pli importan la sé mo zenfan », lâche-t-il entre deux bouffées de cigarettes.

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