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“Offshore : transformation réussie”

17 novembre 2004, 00:00

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●<B> Après trois années à la présidence de la Financial Services Promotion Agency (FSPA), vous avez choisi de partir à l’expiration de votre contrat il y a une semaine. Pourquoi ? </B>

J’ai le sentiment d’avoir accompli mon travail et d’avoir fait ce qu’il fallait. Lorsque j’ai accepté ce poste il y a trois ans, l’offshore était en pleine réforme. J’ai toujours cru dans la nouvelle orientation que les autorités voulaient donner à ce secteur, que ce soit en termes de régulations ou de produits. Il fallait vendre cette nouvelle vision aux opérateurs et aux professionnels. C’était pour moi un défi. Aujourd’hui je pense que la bataille de la réforme est gagnée.

Par ailleurs, j’ai passé beaucoup de temps à faire ce que j’appelle du travail d’intérêt public. J’ai présidé l’Export Processing Zone Development Authority pendant près de10 ans. Avant cela, j’ai été membre du conseil de l’Université de Maurice et membre du conseil d’administration de la Mauritius Broadcasting Corporation.

Cela donc fait plus de vingt ans que je fais ce travail que j’estime nécessaire. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir trop donné de mon temps, au détriment de mes intérêts personnels. Je suis un entrepreneur et j’ai la responsabilité de 300 employés.

J’ai donc voulu prendre mes distances avant de revenir peut-être un jour, si on estime avoir besoin de moi. Cela a été un plaisir de travailler à la FSPA ces trois dernières années. Je dois rendre hommage au ministre Sushil Khushiram et aux autorités pour m’avoir donné un excellent produit à promouvoir.

●<B> Quelle est la situation dans le secteur offshore aujourd’hui ? </B>

Depuis la fin de l’année dernière, chaque mois, entre 150 et 200 compagnies offshore élisent domicile dans la juridiction de Maurice. D’ici la fin de l’année, il y aura environ 2 000 nouvelles sociétés offshore, portant le total à 25 000.

Cela témoigne du succès du nouveau modèle de l’offshore mauricien. La FSPA a conduit plusieurs missions ces deux dernières années et nous avons pu entendre de vive voix l’intérêt que portent les professionnels – avocats, comptables, fiscalistes – pour notre juridiction.

Si nous arrivons à satisfaire encore quelques conditions, l’offshore sera dans cinq à dix ans un des piliers de l’économie.

●<B> Vous parlez de réforme réussie et de résultats mais il y a eu beaucoup de résistance à ces changements…</B>

C’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’appréhensions. Certains criaient même à la mort de l’offshore local. Je souhaite sincèrement que depuis, les professionnels de l’offshore ont changé d’avis. Quand je vois les bénéfices réalisés par certains prestataires de services, je pense qu’ils n’ont plus de raison d’être contre la réforme.

Ces changements étaient nécessaires. Aujourd’hui, l’argent propre ne veut plus côtoyer l’argent douteux. Le cadre légal et la réglementation mis en place ont été tellement efficaces que les professionnels de l’offshore dans le monde perçoivent Maurice comme une juridiction bien régulée.

●<B> Vous avez mentionné plus haut qu’il y a encore quelques conditions à satisfaire pour que l’offshore progresse davantage. Quelles sont-elles ? </B>

Il faut continuer à former. Je ne pense pas que les prestataires de services en général soient dotés des instruments nécessaires et des connaissances requises pour que Maurice atteigne le niveau du Luxembourg et de l’Irlande.

Nous avons innové au cours de ces trois dernières années pour améliorer le nombre et la qualité des services dans l’offshore. Mais les prestataires de services ont encore du chemin à parcourir.

Il faut qu’ils deviennent de véritables spécialistes, que ce soit dans la gestion et l’administration des trusts ou dans la planification fiscale. Je déplore par exemple qu’il faille encore s’en remettre à l’expertise étrangère en ce qui concerne la planification fiscale.

Maurice a un réseau de 29 traités de non double imposition et les fiscalistes ont beaucoup à faire. Malheureusement, tout le travail de structuration fiscale est effectué à Londres ou dans d’autres juridictions, alors que normalement cela devrait se faire ici.

Une autre condition essentielle est la libéralisation de la profession légale le plus vite possible. C’est même une urgence. Cela donnera un nouveau souffle à l’offshore. Il faut permettre aux cabinets de légistes étrangers de s’installer à Maurice. Il ne s’agit pas d’accueillir n’importe lesquels, mais ceux figurant parmi les meilleurs que nous appelons dans le jargon “le magic circle”.

La domiciliation des compagnies offshore requiert de plus en plus des expertises d’équipe. Un avocat seul ne peut prétendre tout connaître. Le partage de l’expertise est aujourd’hui la règle dans ce domaine.

Compte tenu de la sophistication continue de l’industrie offshore vers le haut, la synergie dans le partage des connaissances est une condition essentielle pour transformer notre centre offshore.

●<B>Le grand public ne perçoit pas l’utilité pour Maurice de servir de courroie de transmission pour des transactions financières internationales. Quelle est la contribution de l’offshore dans l’économie ? </B>

Il y a sept ou huit ans de cela, il était perçu comme un secteur étrange, coupé de la réalité du pays. De nos jours, l’offshore s’intègre de plus en plus.

C’est une industrie réelle qui génère des revenus bruts annuels de Rs 2 milliards environ pour le pays. Ce chiffre représente le montant des licences payées par les compagnies offshore, les paiements pour les prestations de services et les salaires des professionnels, entre autres. Nous ne comptons pas les recettes indirectes en termes de chambres d’hôtel, de taxis ou de restaurants que paient les étrangers à Maurice.

Je pense toutefois qu’on peut encore faire mieux. Il y a aujourd’hui 25 000 compagnies étrangères, 200 fonds d’investissements dont la valeur comptable nette dépasse $12 milliards et plusieurs centaines de trusts qui ont émigré vers Maurice.

Cela représente un potentiel non négligeable pour se lancer dans le Business Process Outsourcing (BPO). Si l’externalisation des services démarre à Maurice, ce sera autour de l’offshore.

Les quelque 200 fonds d’investissements domiciliés peuvent produire des emplois de “back office”, comme la tenue des registres d’actionnaires et le calcul de la valeur comptable nette, qui doit se faire sur une base quotidienne.

Par ailleurs, les 7 000 sociétés GBL 1 qui utilisent d’une manière ou d’une autre les traités de non double imposition, peuvent aussi générer de l’emploi. Mais les prestataires de services sont loin d’être prêts au niveau de l’expertise telle que la structuration fiscale des compagnies pour correspondre aux besoins des sociétés offshore.

●<B> Que fait la FSPA pour remédier au manque de formation du personnel de l’offshore ? </B>

Au cours de ces dernières années, nous avons touché plus de 500 professionnels dans ce secteur. Mais nous avons eu beaucoup de mal à les réunir pour un cours de formation. Il y a plusieurs raisons à cela.

Les services financiers sont tournés vers l’exportation des services et il n’est pas toujours facile de trouver le temps nécessaire pour la formation. Surtout s’il s’agit d’un cours de longue durée.

Ce n’est pas facile non plus de trouver des formateurs de qualité à des prix abordables. Il y a aussi le fait que la priorité des prestataires de service est de faire des profits. Sauf quelques exceptions, ils sont plus tournés vers les gains immédiats.

La FSPA doit se battre avec les prestataires de services pour obtenir un nombre suffisamment raisonnable de participants à nos cours de formation.

●<B>Vous parlez du manque de formation de notre main-d’œuvre comme une faiblesse. Pour d’autres, le fait que notre secteur offshore soit construit sur des traités qui peuvent être remis en question est la principale fragilité de l’offshore. Qu’en pensez-vous ? </B>

Les traités sont rédigés dans un esprit très précis : encourager et stimuler les échanges économiques entre les pays signataires. Lorsqu’un traité n’est pas respecté, il est effectivement fragilisé.

Si le traité de non double imposition entre Maurice et l’Inde a si souvent été attaqué, c’est sans doute parce que les professionnels de l’offshore, à Maurice comme ailleurs, en ont abusé.

Un traité a un caractère permanent et il le reste aussi longtemps qu’on le respecte. Je suis pour que la Financial Services Commission et les autorités sévissent. Le mauvais usage des traités risque de les remettre en cause.

Mais je pense que la meilleure manière de contourner le problème est de promouvoir l’autorégulation chez les prestataires de services.

●<B>La dépendance de l’offshore du marché indien est une autre source de fragilité …</B>

C’est vrai que ce secteur a décollé grâce au marché indien. Je pense que nous n’avons pas suffisamment fait d’efforts pour vendre notre juridiction sur la base des autres traités de non double imposition que nous avons signé. Nous avons d’excellents traités avec la Chine, Singapour et le Luxembourg par exemple, mais les fiscalistes sont loin de les connaître. La FSPA et les autorités doivent continuer à travailler pour promouvoir ces traités moins connus.

<I>Propos recueillis par Stéphane Saminaden</I>

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