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“Maurice est condamnée à réussir dans l’exportation des services”
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“Maurice est condamnée à réussir dans l’exportation des services”
● <B> Vous êtes à Maurice dans le cadre de l’élaboration d’une feuille de route pour l’exportation dans le secteur des services. Comment définir ce secteur ?</B>
Le secteur des services englobe tout type de transactions entre deux individus de différentes nationalités. L’Organisation mondiale du commerce les classe en plusieurs catégories ou modes of supply. Le premier porte sur les transactions transfrontalières, soit un service qu’offre Maurice à quelqu’un se trouvant à l’étranger, sans qu’il y ait mobilité de personnes. Les centres d’appels et la télé médecine en sont des exemples. Le deuxième mode opère quand une personne se rend dans un autre pays pour s’offrir ses services, comme c’est le cas pour le tourisme ou des jeunes qui viennent étudier à Maurice. L’ouverture d’une branche dans un autre pays, telle une compagnie d’assurances qui ouvre une succursale à la Réunion, est un cas de figure du troisième mode. Et le quatrième mode est l’exportation des compétences tels des médecins, des infirmiers ou des employées de maison qui partent travailler à l’étranger.
Ce secteur a enregistré une importante croissance ces deux dernières années. En 2010, le domaine de l’éducation devrait générer US$ 5 milliards, la santé, près de US$ 40 milliards, les technologies de l’information et de la communication, US$ 50 milliards en termes de chiffre d’affaires.
● <B>Dans quels créneaux des services Maurice pourrait-elle se positionner ?</B>
Nous ne sommes pas à Maurice pour les identifier. Le gouvernement s’en charge à travers des groupes de travail. À notre niveau, nous nous concentrons sur l’éducation, la santé et les services basés sur la technologie informatique. Notre tâche consiste à déterminer quels sont ces secteurs qui exportent, et comment ils pourraient augmenter leur volume de transaction, dénicher de nouveaux marchés et situer les contraintes entravant leurs exportations. À partir de là, nous pourrons libérer ce secteur.
Le pays ne pourra pas exporter un service du jour au lendemain, dans un secteur où l’on ne dispose pas d’expérience. Dans le contexte mauricien, le sucre est déjà un secteur regorgeant de compétences et de connaissances. C’est évident que des services liés au sucre soient exportés. Autre exemple est le textile. Quand le Clothing Technology Centre fut créé, l’idée était d’accumuler ces connaissances et les exporter vers la région quand cette industrie ne serait plus compétitive localement. D’ailleurs, des entreprises se sont installées à Madagascar.
● <B>Quelles sont les contraintes ?</B>
Un steering committee a été mis sur pied, sous la présidence du secrétaire financier, Ali Mansoor. Pour chaque secteur identifié, des groupes de travail planchent selon nos directives pour identifier les lacunes. Nous avons souvent tendance à dire que le pays a les compétences pour exporter ses services dans un secteur spécifique. Il se pourrait toutefois que le marché ciblé n’existe pas. Donc, il est important de les dénicher. Ce qui nous amène au souci qu’est le marketing.
Autre incongruité est la mauvaise conception du secteur. Quand on parle de services, cela n’implique pas que les prestataires doivent être à Maurice. Nous pouvons agir comme intermédiaires. Très souvent, le pays a été qualifié de tremplin pour l’Afrique ou l’Inde. Nous sommes présents dans les services financiers. Pour les autres secteurs, nous devons cerner ces services que nous pouvons offrir aux Chinois et Européens, par exemple, désireux d’accéder à ces marchés.
● <B> Est-ce que le pays pourra sécuriser une part de marché satisfaisante dans la région, en dépit de la forte concurrence ?</B>
C’est un secteur en pleine croissance. Le pays est condamné à réussir dans l’exportation des services. Les petites économies comme Maurice n’ont pas le choix. Les secteurs traditionnels n’ont plus d’avenir. Mais cela ne veut pas dire qu’en bougeant vers les services, les piliers traditionnels n’existeront plus.
Souvent, nous avons une idée simpliste de l’économie. L’industrie sucrière cède la place à celle de la canne. Le textile ne sera plus le moteur de la croissance. Les services sont un ensemble de nouveaux secteurs qui apporteront croissance, développement et emplois. Certes, la compétition sera féroce.
Au niveau du Commonwealth, nous travaillons dans plusieurs pays comme Malte, Chypre, Sri Lanka et Caraïbes. Et Maurice devra se dire qu’elle ne pourra pas forcément identifier ces secteurs de services qui seront rentables. C’est pourquoi nous voulons créer cette plate-forme afin que les étrangers ayant déjà un marché utilisent Maurice comme une base et exportent vers ces destinations. C’est la voie la plus rapide. Ça marche.
Par exemple, à Grenade, se trouve une université médicale de 2 000 étudiants dont 95 % sont des Américains, et le reste constitué des habitants de l’île. Pourtant, le gouvernement n’a accordé aucun avantage. L’université contribue à hauteur de 8 % au produit intérieur brut de Grenade. Ce projet entraîne toute une série de services internes qui se développent : logements pour étudiants, transport, blanchisserie, etc. Par ailleurs, les parents leur rendent visite. Voilà un projet ayant des effets multiplicateurs.
Il ne faudrait pas se dire qu’un secteur catalysera la croissance. Ce seront des petits secteurs dans les services, chacun dans un créneau, qui le feront. Je ne crois pas qu’un secteur particulier à l’effet big-bang sauvera le pays. Sinon, on l’aurait déjà trouvé.
● <B>Comment expliquer cette situation où Maurice ne peut plus survivre économiquement ?</B>
La donne économique mondiale a changé. Trois-quarts des pays en voie de développement sont des anciennes colonies. Il y avait une relation entre la métropole qui perdurait. Ensuite, ces pays se sont retrouvés au sein du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique avec des préférences. Or, ces préférences s’érodent. Les marchés protégés n’existent plus.
Nous devons nous démener pour survivre. Une image pour mieux comprendre : quand nous pêchions dans le lagon, protégé par les récifs, tout était pour le mieux. Nous avions un marché. Mais le lagon n’est pas aussi poissonneux, et plus de pêcheurs mettent leurs prises en vente. La solution : partir pêcher au-delà des récifs, dans une mer houleuse, sans protection. Il faudra savoir naviguer.
<I>“Il ne faut pas dire qu’un secteur catalysera la croissance. Ce seront les petits secteurs, chacun dans un créneau, qui le feront.”</I>
C’est le choix de Maurice. Beaucoup de ces petits pays ont enclenché un processus de changement, en misant sur le tourisme et les services. Dans les Caraïbes, on retrouve des écoles de médecine, et même de vétérinaire, qui profitent de leur proximité avec le marché américain. Les petites îles croient que les anciens colonisateurs ont une obligation envers elles. Mais tel n’est pas le cas.
● <B>Le succès des services repose sur la disponibilité des compétences. Ce n’est pas le cas à Maurice…</B>
Si on en manque, on importe. Il y a trois ans, dans le cadre de la préparation du Competitiveness Foresight, c’était clair que le pays devait s’ouvrir vers l’extérieur. Les petits pays qui ont réussi tels Singapour et Dubayy l’ont fait. Or, à Maurice, on affirme qu’on n’est pas Dubayy. Mais nous devons apprendre de ces petites nations qui n’ont pas besoin de protection et qui ne sont pas bruyantes sur le plan international. Elles se sont dit que le monde change et s’y sont adaptées.
Alors qu’à Maurice on évoque la cybercité et le knowledge hub, Dubayy, situé en plein désert, dispose de sa Media City où se sont installées de grandes agences comme Reuters. Dubayy possède son knowledge village avec des universités américaines de renom. Pourquoi un État tel Dubayy, dans un désert, peut attirer tous ces investissements et qu’à Maurice, nous sommes incapables ? Ils ont ouvert leurs portes aux travailleurs manuels. En même temps, ils ont cherché des compétences à travers le monde pour venir développer leur pays. Un nombre impressionnant de nationalités y est présent.
À Maurice, nous avons plusieurs avantages. Du moment qu’une compétence s’installe au pays, la création d’emplois s’ensuivra. Or, nous n’avons pas cette exposition à l’environnement global. Ce qui explique la nécessité d’attirer ces compétences et se développer sous leur égide.
<I>“Nous devrons apprendre de ces petites nations qui n’ont pas besoin de protection et qui ne sont pas bruyantes sur le plan international...”</I>
La main-d’œuvre chinoise a été importée pour maintenir la compétitivité des usines sur une durée déterminée. Par la suite, soit nous continuons à déprécier pour que ces usines puissent exporter ou bien elles ferment leurs portes. La même logique s’applique au sucre. Le choc est que les entrepreneurs sont restés les bras croisés pour s’adapter à la situation, non pas trouver des mesures à court terme. Au lieu de recourir à la main-d’œuvre non qualifiée de l’étranger, ils auraient dû faire appel aux compétences, sans contraintes sur leur visa, entre autres. Davantage d’emplois auraient été créés couplés à des produits ayant de la valeur ajoutée.
● <B> À vous entendre, vous adhérez au nouveau modèle économique que le ministre des Finances, Rama Sithanen, a défini dans le discours du budget ?</B>
L’ouverture vers l’extérieur est la seule alternative. Cessons avec ces débats idéologiques sur l’ouverture de l’économie. Le problème c’est comment créer des emplois pour les Mauriciens, augmenter la croissance économique pour qu’il y ait une meilleure distribution, qui relève, cependant d’une décision politique. Avant, il faudrait concocter ce gâteau national.
Du point de vue économique, je voudrais bien rencontrer celui qui proposera une alternative viable à l’ouverture. Il existe une grande différence entre ce qui est désirable et faisable. Cessons d’être nombriliste et tirons des leçons des autres pays. Au cas contraire, contentons-nous d’une faible croissance tout en sachant que certains besoins du pays ne seront pas satisfaits. Soit nous maintenons l’État providence dans sa forme actuelle avec la certitude d’une dégradation générale de l’économie. À l’opposé, pour que ce mode existe toujours, il faudrait réduire le nombre de gens qui en dépendent.
<I>Propos recueillis par</I> <B>Kamlesh BHUCKORY</B>
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