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“La commission européenne est loin de la réalité politique”
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“La commission européenne est loin de la réalité politique”
Qu’est-ce qui ressort de votre mission à Bruxelles, la semaine dernière ?
Nous sommes entrés dans une nouvelle phase, celle de la préparation du texte législatif de la réforme du régime sucrier européen. Le projet de loi sera prêt en six mois.
L’introduction de ce texte devant le Conseil des ministres et du Parlement européen sera l’œuvre de la nouvelle commission. Cependant, cette équipe tient toujours le même langage : la réforme est nécessaire, pour des raisons internes et externes. Une argumentation récurrente dans leurs discours.
Nous avons rencontré les différentes parties et les ACP ont expliqué qu’une telle réforme est catastrophique. On voulait que l’Union européenne prenne conscience de ce fait. L’objectif a été largement atteint.
Plusieurs éléments positifs en résultent. D’abord, dix pays européens se sont prononcés contre la réforme. D’autres pays, à l’instar de l’Italie, ont soutenu que le présent régime sucrier est en vigueur jusqu’en 2006. Et rien ne presse.
Un deuxième point : la proposition des Pays-Bas qui démontre que techniquement, on peut avoir un régime sucrier compatible avec les règlements de l’Organisation mondiale du commerce, sans pour autant avoir une baissede 33 %.
C’est à nous, aujourd’hui, de peser de tout notre poids pour influencer la commission afin que le texte final tienne compte de nos principales préoccupations.
Mais le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, a été très précis. Il considère les 33 % comme une baisse logique.
Nous sommes contre cette argumentation. Il a dit que le prix du sucre sur le marché européen est de trois fois celui sur le marché mondial. Il trouve qu’une baisse de 33 % n’est pas révolutionnaire, empruntant les mêmes arguments de son prédécesseur, Pascal Lamy, et de l’ancien commissaire à l’Agriculture, Franz Fischler.
Le Britannique Peter Mandelson affirme que la pilule est amère. Il faut l’avaler et il nous aidera à l’avaler. Nous disons non. La potion peut être modifiée. Même d’autres pays européens abondent dans ce sens.
Force est de constater que cette logique technique de la commission est loin de se conformer à la réalité politique européenne. Cette réalité nous a souvent été exprimée lors des rencontres, voire ouvertement.
Ce n’est que la politique qui pourra modifier les propositions et le texte lé-gislatif final. Parce que, quelque part, à la table du conseil, ce ministre doit obtenir quelque chose, qu’il doit partir vendre à son électorat. Il ne peut retourner de Bruxelles, les mains vides. Comme nous d’ailleurs !
La position de la commission reste très floue sur la forme de compensation éventuelle au bloc ACP, contrairement aux betteraviers.
L’Union européenne est d’accord pour mettre des fonds à destination des pays ACP. Est-ce que cet argent sera déboursé sous forme de compensation, de Competitiveness Fund ou de mesure d’ajustement ?
Nous demandons un traitement paritaire avec les betteraviers qui encaisseront une compensation. Deuxièmement, nous demandons un fonds de compétitivité mis en place aussi vite que possible pour éviter le désastre de la réforme de la banane. Engagé en 2000, cette réforme n’a pas été suivie de déboursement de fonds pour la restructuration. Nous demandons un accompagnement sur un plan socio économique. On demande le décaissement sous ces trois formes, étalées sur huit ans.
Déterminer ce quantum revient aux trois commissaires concernés directement. Celle de l’Agriculture, la Danoise Mariann Boel a hérité du plan de réforme, qu’elle se doit de transformer en texte législatif. De son côté, le commissaire au Commerce, Peter Mandelson, devra tenir compte de cette réforme en fonction de la globalisation du commerce international, de l’Organisation mondiale du commerce et de l’accord de Cotonou.
Pour celui chargé du développement, le Belge Louis Michel, c’est plus simple. Il pense que la réforme est nécessaire, avec une baisse de prix, engendrant un impact négatif pour les ACP. Il sent qu’il a un grand rôle à jouer dans le cadre des programmes de développement dans ces pays. Et il veut venir de l’avant avec des programmes d’ajustements pour complémenter les mesures commerciales.
C’est dans cette optique qu’en début janvier, nous aurons des rencontres avec les commissaires, en prélude à la réunion entre les ministres ACP et européens de l’Agriculture.
Est-ce que le bloc ACP est so-lidaire ?
Tout organisme a des intérêts convergents. Là, nous avons dit que la baisse est trop forte, 2005 est trop près et trois ans, c’est trop court. Tout le monde est d’accord. Il y a une convergence entre les pays ACP et ceux tombant sous le Everything But Arms. Les deux disent que cela ne sert à rien d’avoir un quota garanti, dans un cas, et un marché ouvert dans l’autre, si le prix n’est pas valable.
Il y a des spécificités. Elles dépendent du degré de modernisation. Les pays ACP ont besoin de crédit pour restructurer leur industrie. Les pays les moins avancés ont besoin de crédit pour consolider leur entreprise.
Notre intérêt à nous tous est de parler d’une seule voix pour faire pression sur l’Europe.
La réforme, c’est aussi à Maurice. Où en est-on avec le plan accéléré pour l’industrie sucrière ?
A l’issue de nos ateliers de travail avec le vice-Premier ministre, Pravind Jugnauth, et au fil de nos discussions, nous finaliserons ce plan dans les semaines qui viennent. Les consultants britanniques, Landell Mills, sont là pour la touche finale.
Le plan tiendra compte de nos discussions avec les planteurs, le syndicat des sucres, la Chambre d’agriculture. D’une part, il faudra quantifier le coût de la mise en place de ce plan et proposer des mesures concrètes. Ce qui correspondrait à cette attente de l’Union européenne.
Vous militez pour un regroupement des petits planteurs. A ce rythme, est-ce qu’ils seront prêts pour la réforme ?
Dans le passé, il y a eu des tentatives. Ce que nous voulons, c’est un remembrement à grande échelle. Il faut que les planteurs puissent avoir confiance dans cet exercice. C’est à leur avantage et c’est leur avenir.
Je n’arrêterai pas de le dire : cette approche est nécessaire. Pour maintenir les 35 000 planteurs et les 200 000 tonnes de sucre, il nous faut un remembrement, utilisant les mêmes atouts, les mêmes moyens, les mêmes facilités dans le secteur corporatif pour augmenter le rendement, baisser les coûts de production et améliorer la profitabilité. C’est un message qui commence à bien faire.
Nous viendrons avec des mesures concrètes. L’appartenance à la terre est une forte notion émotionnelle. Une notion de propriété.
En quoi consistent ces mesures ?
Elles sont celles qu’on a toujours évoquées dans le cadre du plan stratégique sucre, c’est-à-dire la préparation des terres, la formation, la “multifonctionnalité”, l’utilisation optimale de la canne, des mécanismes pour augmenter le rendement et baisser les coûts de production.
La contribution au “Cess Fund” fait tiquer tout le monde, jusqu’aux petits planteurs.
Le Cess Fund fait tourner l’industrie. Ce dont on a besoin, c’est de quelque chose de plus conséquent. On étudiera la question dans le cadre du plan d’action globale.
Vous avez été l’objet de critiques à la suite de vos commentaires sur des instances fonctionnant sous votre ministère.
Demain, nous aurons des crédits additionnels, grâce à gouvernement et aux efforts du vice-Premier ministre. Cet argent devrait être utilisé à bon escient. J’avais pris un exemple pour démontrer que dans un cas précis, nous avions eu certains problèmes, qui, subséquemment, ont pu être réglés. Pour moi, les choses s’arrêtent là.
“C’est à nous, aujourd’hui, de peser de tout notre poids pour influencer la commission afin que le texte final tienne compte de nos principales préoccupations.”
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