Publicité
“Catwoman” Minuit félinement vôtre
Par
Partager cet article
“Catwoman” Minuit félinement vôtre
L’autre soir chez des amis, des gens absolument charmants, par ailleurs, j’ai vu ce qui pourrait bien être l’avenir du cinéma. C’est un engin, un machin appelé “Playstation 2” avec une console et des commandes, le tout étant branché sur une télévision. Les lecteurs en auront sûrement entendu parler mais, n’étant moi même pas très au courant des dernières avancées technologiques dans l’industrie des loisirs, j’ai d’abord cru que c’était un film. Un film fantastique bourré d’action guerrière, avec une histoire palpitante, des héros intéressants, des affreux, de magnifiques images de synthèse incroyablement détaillées, etc. La seule déception étant les combats, dont la chorégraphie paraissait plutôt sommaire. C’est alors que voulant m’éviter d’être pris pour un vieux croûton, mes amis toujours très attentionnés, m’expliquèrent avec délicatesse qu’il s’agissait d’un jeu. En effet, grâce aux commandes reliées à la console, il était possible en manipulant l’un des héros, d’intervenir directement dans l’histoire (lors des combats, notamment) et d’en influencer le cours, à la manière des dieux dans L’Odyssée d’Homère.
Une cosmétique toxique
Quiconque a connu cette sensation grisante (celle d’être un dieu de l’Olympe intervenant dans l’existence de simples mortels) ne pourra que regretter amèrement le fait que Catwoman, le film de Pitof, ait été livré sans console ni commandes. Ce qui l’aurait rendu non pas plus intéressant, mais tout simplement moins ennuyeux, au moins pendant quelque temps, le scénario ne débordant pas d’imagination. Il y a d’abord Halle Berry dans le rôle de Patience Phillips, une pauvre fille, du genre à se laisser marcher sur les pieds. La malheureuse travaille comme dessinatrice pour un conglomérat qui s’apprête à lancer sur le marché un cosmétique miracle, celui qui gommera tous les défauts du corps et du visage des femmes. Puis, le film nous présente Christophe Lambert et Sharon Stone, tirant (honteusement) parti de précédentes incarnations (Matrix 2 et Basic Instinct). Christophe Lambert est le Pdg tyrannique et sans scrupules de la compagnie, et Sharon Stone, son épouse, ancien top model, est tout aussi dénuée de scrupules. Il s’avère que le cosmétique miracle est en fait des plus toxiques et lorsque la pauvre fille le découvre, elle est aussitôt noyée dans une décharge et éliminée. Mais, elle est ressuscitée par un chat nommé Minuit, se découvre des supers pouvoirs et décide d’abord de ne plus se laisser marcher sur les pieds, puis de s’offrir un peu de bon temps, et finalement de se venger. Elle a aussi fait la connaissance d’un bel officier de police, le lieutenant Tom Lone/Benjamin Bratt, mais ce dernier n’est là que pour l’intrigue romantique. Autrement dit, c’est lui qui se fait sauver par la belle au moment crucial, c’est-à-dire que c’est lui qui tient le rôle de potiche pour changer. C’est la seule originalité de ce film. “Catwoman est un film construit autour de la beauté de l’actrice Halle Berry, de son sex-appeal, sa ligne de corps, son costume, ses yeux, ses lèvres. Tout cela est réussi. Le reste est secondaire et la trame n’est que tertiaire”, commente un critique américain. Il faut avouer que le costume que porte l’actrice lui va à ravir : masque noir avec des oreilles pointues recouvrant ses cheveux courts, bustier, pantalon latex moulant, etc., plus le fouet et la démarche qui va avec ce genre d’accoutrement. Certains ont parlé de tenue de dominatrice S/M et lorsqu’on l’aperçoit juste le temps d’une bande annonce, Halle Berry donne en effet l’impression de camper un personnage assez sulfureux. L’impression n’est que fugitive : durant les 104 minutes que dure le film, on a dix fois, 20 fois le temps de s’apercevoir que la tenue que porte l’actrice tient finalement plus du bal costumé que des distractions réservées uniquement aux adultes consentants. Quant à l’actrice, on voit son personnage déambuler soit dans des ruelles mal éclairées, soit en haut des gratte-ciel, en se déhanchant, accompagnée de rap ou de rock tonitruant et envahissant. Cela n’est pas forcément disgracieux, mais ce n’est pas très suggestif non plus et ce n’est en aucun cas intéressant. Les acrobaties exécutées n’arrivent jamais à surprendre, pour la bonne raison qu’elles sont mises en images de la manière la plus plate qui soit. On se croirait devant un jeu vidéo des années 1990 (sans les commandes, hélas !) et les combats ne sont à la hauteur des attentes que dans la mesure où l’on en n’attend pas grand-chose. Pitof, réalisateur français, avait réalisé un premier long métrage, il y a deux ans : Vidoq. De l’avis de tous les critiques, le film fut très loin d’être une réussite. Malgré de belles images, des décors soignés et quelques effets numériques réussis, il fut jugé plat, incohérent et surtout très ennuyeux. Le fait que ce même réalisateur se soit vu confié les commandes d’un “blockbuster” hollywoodien dépasse l’entendement. Toutefois, ceux qui craignaient de le voir perdre sa “spécificité française” n’avaient pas à s’en faire : outre les caractéristiques précitées, Pitof a ajouté à son deuxième long métrage, celle des invraisemblances qui s’enchaînent. Patience Phillips-Catwoman ressuscite après avoir été tuée par ses employeurs et revient au travail les jours suivants (ce qui ne semble aucunement perturber ses employeurs). Elle et son policier font un numéro de danse rap qui brise net l’élan du film. Une fois ses nouveaux pouvoirs acquis, elle découvre qu’elle a horreur de l’eau (et des chiens), mais cela ne l’empêche pas d’être toujours très propre.
Talentueux oui, mais...
Comment fait elle ? Elle devient une fugitive lorsque la police découvre ses empreintes sur un pistolet tout près du corps de Christophe Lambert, alors que ce dernier est mort de multiples lacérations (infligées par Sharon Stone). Quelques malpolis ont suggéré le nom de Halle Berry pour le Golden Raspberry Award, pour la plus mauvaise actrice de l’année. A mon humble avis, l’actrice a quand même le mérite d’avoir pu conserver une bonne part de sa félinité, dans toute cette histoire. Ses collègues ont eu moins de chance, leurs personnages n’échappant pas au cadre d’un scénario si peu inspiré. Ainsi, Christophe Lambert est aussi effrayant que Vincent Price dans une émission genre Samedi Soir en Direct - ce qui est assez gênant pour l’affreux bonhomme de l’histoire - et Sharon Stone nous laisse de marbre tout comme son visage dans le film, ce qui est plus que gênant pour une femme fatale. On ne saurait mettre en cause leur talent. Si seulement il y avait eu un réalisateur pour les diriger… Après Spider-Man 2, puis Hellboy, voilà un film à ne pas recommander aux amateurs de films de super-héros, encore moins aux admirateurs de Halle Berry. Peut-être que les amateurs de nanars y trouveront leur bonheur. Mais là aussi, rien n’est moins sûr.
Publicité
Publicité
Les plus récents