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Évitons l?entre-deux
Où donc va le centre Nelson Mandela pour la culture africaine ? Décryptons le message envoyé par la nouvelle direction cristallisée autour de Jocelyn Gracieuse, président du conseil d?administration.
Au centre des nouvelles préoccupations du centre : comment aider une partie de la population ( identifiée sur la base ethnique) à dépasser son statut de laissée pour compte du développement économique. Lui dire qu?il est temps d? ?aret plaigne, aret attan ki gouvernman fer kitsoz pou ou, pran ou sort dan ou lamain?. Plus clairement : ?que cela ne change rien dans leur vie de mettre des bus à sa disposition? pour aller à un ?tamtam? au Morne, à Chamarel ou à Grand-Gaube.
Au royaume des bonnes intentions, celles du centre Nelson Mandela sont reines. Et pour prouver que ce ne sont pas que des résolutions creuses, l?institution a organisé samedi un séminaire regroupant plusieurs responsables d?institutions chargées de canaliser l?entrepreneuriat. Les participants : une centaine de représentants d?associations socioculturelles enregistrées auprès du centre Nelson Mandela.
Se donner pour mission d?aider les plus démunis est louable en soi. Loin de nous de fouler au pied les bonnes volontés. Mais est-ce bien au centre Nelson Mandela de se transformer en bureau des renseignements pour ceux qui souhaitent obtenir un prêt pour lancer une petite entreprise que ce soit en cordonnerie, en vannerie ou dans l?agroalimentaire ? Alors que la promotion de la culture africaine demande des efforts constants pour ne pas être réduite à certains clichés boudinés dans des serre-têtes et costumes léopards.
Et nous ne parlons même pas là d?industries culturelles car le centre voit large. Il entend faire explorer tous les débouchés existants à ceux touchés par son nouveau discours.
Pour parer aux questions somme toute légitimes sur le rôle du centre culturel, Jocelyn se réfugie derrière le flou légal. Son raisonnement : comme la loi n?interdit pas au centre de telles activités, alors tout est possible.
Certes, faire la promotion de la culture (ce qui est écrit dans la loi) ne peut se faire en isolation. En faisant abstraction du public cible et de son manque de moyens, de ses réalités sociales et économiques. Et si dire spécifiquement à quelle partie de la population l?on s?adresse à travers ce changement d?orientation du centre, c?est reconnaître à voix haute une réalité historique, voilée par les discours politiquement corrects, c?est aussi stigmatiser les habitants des ?cités ouvrières et des villages côtiers?. Dire explicitement que tous ne savent que se complaire dans l?attentisme et l?immobilisme. Ce n?est pas vrai.
Toujours est-il que la nouvelle posture du centre Nelson Mandela nous force à repenser notre vision des institutions culturelles et leur rôle dans la société. L?impulsion de Jocelyn Gracieuse (bien qu?explicitement dirigée vers une partie de la population) sort le centre culturel de son ?petit? territoire d?organisateur de fêtes. Mais quitter un carcan pour assumer un rôle qui n?est pas a priori le sien, est-ce la réponse au malaise économique de certains ?
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