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Éviter un « ghetto de luxe »

21 janvier 2007, 00:00

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«Rs 8,7 milliards d?investissement, création de 12 000 emplois. » Ces chiffres di-vulgués à travers la presse en début de semaine proviennent de l?annonce d?un projet de développement à La Tour-K?nig. Cet énième parc industriel, visant à reconvertir de vastes terrains naguère agricoles à des fins industrielles et résidentielles, s?insère aussi dans un programme que le gouvernement appelle « développement intégré ».

Favorisant un rayonnement de ces parcs industriels sur les régions résidentielles périphériques, ce terme semble porteur de moult promesses. Mais, par-delà la noble philosophie que comportent les termes « développement intégré », une lourde tâche a été placée sur les épaules de la State Land Development Co. Ltd. (SLDC), chargée de piloter la mise en chantier de ce parc industriel. Celle d?intégrer la zone résidentielle qui existe déjà dans cet espace où s?implanteront l?horticulture, le recyclage de papier, la réfrigération, mais aussi des complexes commerciaux et administratifs.

À la base de ce concept se trouve toutefois une idée purement commerciale. « L?idée derrière le développement intégré est de mettre à la disposition des investisseurs toutes les infrastructures de base ? routes, eau et électricité ? dans une zone résidentielle », déclare Sudesh Ghurburrun, le directeur du département Investment Promotion du Board of Investment (BOI).

Toutefois, Sudesh Ghurburrun avoue que « ce concept est plus complexe que les projets d?Integrated Resorts Schemes ou les hôtels en ce qui concerne l?impact régional. Il faudra éviter des ghettos de luxe », en faisant référence à la zone habitée déjà existante.

L?appréhension des forces vives

Mais à l?entendre, il ressort que plusieurs facteurs n?ont pas été pris en compte lors de l?élaboration de ce parc industriel, malgré l?optimisme affiché par les différents ministères impliqués.

Ainsi, l?appréhension des forces vives de la région de Pointe-aux-Sables et La Tour-K?nig est palpable. « Ils ne nous ont rien dit. Nous n?avons pas été consultés, bien que nous y ayons réfléchi. Toute médaille a un revers, et il faut attendre de voir ce que ce projet de développement nous réserve », déclare Christian Mohabeer, travailleur social de la région. La Corporate Social Res-ponsibility, il n?y croit pas vraiment. « Distribuer quelques cahiers à des enfants de la localité ne suffit pas, il faut une réfle-xion profonde sur l?impact social d?une telle démarche », affirme notre interlocuteur.

L?une des préoccupations majeures concerne la répartition des 12 000 emplois directs qui seront créés dans cette zone.

« Nous avons un fort taux de chômage dans la localité. En 2003, nous avions entrepris de faire un sondage auprès des habitants pour connaître le nombre de chômeurs et leur qualification pour le ministère du Travail », confie Christian Mohabeer. « Je ne sais pas si les autorités ont consulté ce document dans le cadre du développement du parc industriel, mais les données sont disponibles. »

Du côté du BOI, Sudesh Ghurburrun explique qu?il « faut être réaliste. Le concept d?un morcellement industriel implique qu?il y aura différents types d?industries. Ces entreprises rechercheront des compétences spécifiques qui ne se trouvent pas forcément dans la région ». Ainsi, la crainte de voir des étrangers occuper une bonne partie des 12 000 emplois « promis » n?est pas si spéculative que cela. Ce que souligne Christian Mohabeer, en expliquant que le phénomène s?est déjà produit avec l?implantation de la Compagnie mauricienne de textile. « C?est vrai que la main-d??uvre venue d?Asie est plus compétitive, mais est-ce que le salaire que proposent ces compagnies est raisonnable ? »

Et il ne s?agit là pas uniquement d?emploi. Car le développement d?un parc industriel implique aussi un changement drastique de l?espace, notamment la cohabitation entre une zone résidentielle déjà existante, un nouveau complexe résidentiel et commercial, et une zone essentiellement industrielle. Même si la SLDC a prévu que seulement 60 % de l?espace sera occupé, laissant 40 % pour une dimension plus conviviale dans cette région, plusieurs questions restent en suspens devant la conception de cet espace hybride.

« Il faut éviter les industries polluantes. À l?image du centre d?incinération de dé-chets ménagers en plein centre de Paris, la présence d?industries et de zones résidentielles n?est pas incompatible », insiste Sudesh Ghurburrun. Toutefois, les autorités devront veiller à ce que les entreprises respectent les termes stipulés dans leurs contrats. « Il y a aussi le rapport préliminaire sur l?environnement et les conditions qui figurent déjà sur le contrat de bail », précise-t-il.

Des exemples de mauvaise exploitation

Mais, comme cet aspect que les autorités sembleraient prendre pour acquis, plusieurs autres points pouvant avoir un impact direct sur l?environnement social et urbain à La Tour-K?nig suscitent des interrogations de la part des habitants. « C?est dommage que, lors de la visite sur le terrain des ministres Sithanen et David, nous n?étions là que pour les écouter. Nous aurions pu avoir une réflexion sur plusieurs aspects qui pourraient nous, les habitants, nous toucher de près ou de loin », regrette Christian Mohabeer.

Ainsi, outre la dimension de slogan commercial des termes « développement intégré », il ressort que, malgré le planning et la bonne volonté de la SLDC, certains points n?ont pas été pris en compte dans l?élaboration de ce parc industriel. Si le concept est cependant chargé de promesses, des exemples de mauvaise exploitation foncière, tels que le cybervillage, devraient servir de leçon. D?autant plus que dans le cas présent, la dimension sociale risque de peser plus lourd, car par-delà cette ville nouvelle, il y a déjà plusieurs milliers d?habitants qui vivent dans la région.

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