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Étrange
On ne peut s?étonner que le Directeur des poursuites publiques (DPP) veuille traduire le directeur général de la Mauritius Commercial Bank, Pierre-Guy Noël, en cour intermédiaire. Personne n?est au-dessus de la loi. Cependant, il est difficile de comprendre le raisonnement qui consiste à inculper un comploteur présumé sans inquiéter les principaux personnages incriminés dans la même affaire.
A la suite du scandale MCB-NPF, la banque a eu à rembourser Rs 882 millions. Les bénéficiaires présumés de la somme détournée seraient essentiellement les compagnies de l?homme d?affaires basé à Londres, Teeren Appasamy. Or, ce témoin capital n?a pas encore été interrogé par les enquêteurs.
L?Icac, si prompte à rendre compte sur son site Internet des dossiers d?accusation pesant contre d?autres suspects, n?a jamais expliqué pourquoi elle n?a pas entamé les procédures pour demander l?extradition de l?homme d?affaires. Soit l?Icac est en présence de témoignages permettant formellement d?innocenter Teeren Appasamy, soit il existe un vide juridique qui rend improbable son extradition. Dans les deux cas, l?opinion publique est en droit d?attendre des explications.
Il faut aussi relever le fait que lorsque Pierre-Guy Noël est arrêté le 24 juin 2003, l?acte d?accusation dressé contre lui identifiait déjà des protagonistes de l?affaire. Selon la charge provisoire d?alors, il aurait ?wilfully and criminally conspire with Robert Lesage and Teeren Appasamy to engage in several transactions involving a sum of Rs 36 millions, which in whole or partly directly or indirectly represents the proceeds of crime.?
Pour sa défense, Teeren Appasamy soutient avoir emprunté Rs 401 millions de la MCB, ?contre des garanties en bonne et due forme?. L?Icac n?est pas intéressée à en savoir davantage ?
Robert Lesage, l?ancien ?Chief Manager? de la MCB, s?en sort également plutôt bien pour l?instant. Il a refusé le 4 mai dernier de répondre aux enquêteurs du CCID. S?appuyant sur un document de l?Icac lui octroyant une ?immunity from prosecution?, il s?est muré dans le silence. Le CCID a l?intention de rechercher l?avis du parquet sur la marche à suivre le concernant. L?affaire traîne. La MCB soutient que son ancien ?Chief Manager? a contourné les systèmes de contrôle interne de la banque pour détourner les dépôts du NPF. Robert Lesage semble ne pas nier avoir détourné de l?argent même s?il allègue qu?il l?a fait sur les ordres du ?Top Management? de la MCB. Il manque aux enquêteurs la volonté de diligenter l?investigation à son sujet.
Quant à Amina Rojoa, responsable du suivi des dépôts du Fonds National de Pension, son cas est non moins mystérieux. L?Icac dit avoir établi un ?prima facie case? de blanchiment d?argent contre elle depuis le 14 mai. Le DPP a fait savoir au début du mois qu?il étudie toujours les éléments à charge contre la fonctionnaire. Entre-temps, elle n?a pas été suspendue de ses fonctions.
Décidément, l?enquête sur le scandale MCB-NPF recèle beaucoup de bizarreries. Il est aberrant que dans une histoire où les rôles des différents personnages sont si imbriqués, il est possible de boucler certains dossiers avant même d?avoir touché à d?autres.
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