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Écritures : lire nos sociétés
?Les écrits restent?, a-t-on coutume de dire. L?écrivain argentin Jorge-Luis Borges évoquait, lui, le plaisir de lire. Mais que dire de la stupéfiante magie qui opère à chaque fois que nous déchiffrons, à demi-inconscients, les mille et un signes d?une langue dont nous aurons fini par oublier qu?elle n?est finalement qu?une superbe construction mentale, une notation logique mais somme toute arbitraire ?
Qu?est-ce que l?alphabet occidental, auquel nous nous sommes habitués, en regard des écritures antiques, promises à l?éternité, mais victimes du temps à l?image de ces cylindres de Goudéa érigées en Mésopotamie il y a plus de 4 000 ans et livrés aux regards profanes du Musée du Louvre ?
En regard du monde actuel, où Chine et Inde se partagent 50 % de l?écrit, transcrit dans d?autres systèmes et d?autres graphies, parfois bien plus efficaces ( ceux de la Grande péninsule qui ignorent superbement le frein de l?orthographe au profit d?une écriture syllabique) ? Ce sont quelques-unes des questions qui ont été soulevées par le conférencier François Lapérotte dans son survol de l?histoire des écritures, jeudi, au CCB.
Illustré de diapositives, érudit sans sombrer dans le doctoral, ce voyage est bouleversant : on apprend que l?écriture de l?ancienne égypte a subsisté à ?notre? ère pour disparaître au Ve siècle car jugées trop païenne, au profit du copte, plus ?grec?, donc plus ?chrétien?. On contemple médusé une autre écriture ? familière mais toujours pas déchiffrée ? sur un mausolée : il s?agit d?une tombe étrusque, ce peuple mystérieux et si raffiné, qui précéda les Romains en Italie et dont il ne reste que de rares traces.
L?akkadien, langue antique internationale
On est aussi mi-fasciné mi-amusé d?apprendre, en ces temps d?exceptions culturelles, que la grande langue internationale de l?antiquité, l?akkadien, fut ?sémite?, car elle comporte des mots le plus souvent formés de trois consonnes, et que son système d?écriture ? ?cunéiforme?- c?est-à-dire rappelant littéralement des clous, se maintint plusieurs millénaires pour mourir de sa belle mort au premier siècle après Jésus-Christ ( qui soit dit en passant lisait l?araméen).
Lors de la séance de questions, le rare public n?est pas en reste. Le débat plus d?une fois lorgne du côté des langues plus que des écritures. Mais l?intervention d?Issa Asgarally sur les SMS nous ramène au sujet central. C?est un écrit révolutionnaire, qui met, selon François Lapérotte, en exergue les lourdeurs de l?orthographe et pose le problème de l?avenir des langues idéo-pictographiques, comme le Chinois.
Un avis que ne partage pas Amal Seetohul, impressionné par la formidable dextérité du SMS en idéogrammes chinois du directeur du CCB, Jean André Vialla, dont l?expérience en Extrême-Orient a permis de juger de la grande capacité de ces peuples à apprendre d?autres langues sans en perdre? leur mandarin.
Une fois de plus, nous assistons au triste réveil d?un auditoire si peu habitué au bouillon de culture et si abruti par l?arrogant règne du rat race, par la misérable réalité des listes de commissions ? en chiffres plus qu?en lettres ? que le temps de discussion ressemble à celui des bonnes et pieuses résolutions. à noter la brillante absence d?un public jeune. On se prend à s?émerveiller d?une piste simplement belle sur laquelle nous pourrions nourrir cet appétit né d?autre chose que d?une formule appauvrie, d?un alphabet en ?A+?.
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