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Économie : Sithanen catastrophé
Le tableau est sombre. Très sombre même si l?on en croit Rama Sithanen, porte-parole économique du parti travailliste (PTr). Il a affirmé hier, lors d?une conférence de presse au quartier général du parti à Port-Louis, que tous les principaux indicateurs de performance sont au rouge. Les perspectives à moyen terme et à long terme ne sont guères plus brillantes, disent les travaillistes.
D?abord, les prévisions de croissance du Produit intérieur brut (Pib) qui ont été révisées à la baisse (5,3 % à 4,6 %) par le Bureau central des statistiques (BCS). ?Ce taux est bas malgré le fait que la croissance réalisée l?année dernière était faible?, constate Rama Sithanen. Selon celui-ci, tous les secteurs d?activités font face à de grosses difficultés. Le responsable du dossier Economie et finances du Ptr a accusé le gouvernement de manipulation de plusieurs indicateurs macroéconomiques.
Le Ptr conteste la nouvelle méthode de calculer l?emploi par le BCS. La décision d?enlever 5 900 personnes du pool des chômeurs sous prétexte qu?ils ne sont pas activement à la recherche d?un emploi (selon la définition utilisée) est qualifiée de ridicule. ?Le plus inquiétant c?est qu?il y a une augmentation du nombre de personnes qui sont chômeurs pendant une longue durée. Cela peut créer des problèmes sociaux à l?avenir. On constate aussi une hausse du chômage parmi les jeunes?, souligne l?intervenant. Les investissements privés ne sont pas en quantité suffisante pour relancer l?emploi, explique-t-il.
Menaces sur le sucre
Les chiffres de la dette publique sont également sujets à divers commentaires. Rama Sithanen trouve que le gouvernement utilisera un ?colourable device? pour masquer la vérité, en transférant une partie du fardeau à la Banque de Maurice. Au terme d?un récent changement dans la gestion monétaire et budgétaire, la Banque centrale a la responsabilité de gérer les Bank of Mauritius Bills et le gouvernement les bons de Trésor. Cela a eu pour résultat de faire baisser la dette de l?Etat de manière artificielle. Malgré cette opération, estiment les travaillistes, la situation reste très préoccupante avec un niveau de la dette se chiffrant à Rs 110 milliards, soit 67 % du PIB.
Le gouvernement a failli sur le déficit budgétaire, ne cesse de dire l?opposition rouge. ?L?objectif de ramener le déficit du budget à 3 % du PIB en 2005 est maintenant reporté à 2009 ? fait ressortir l?ancien ministre des Finances. Ce dernier met en garde. Les difficultés risquent fort de s?accentuer. Le ralentissement de l?économie privera davantage de recettes douanières les caisses de l?Etat.
L?opposition cible aussi la politique anti-inflation du gouvernement. Le BCS prévoit un taux d?inflation de 4,5 % pour l?année 2004, contre 3,9 % en juin 2004. Les rouges trouvent cette hausse alarmante et prévoient des jours encore plus pénibles pour les consommateurs avec les hausses annoncées pour l?électricité et dans le transport public, ainsi qu?avec la dépréciation continue de la roupie.
Le porte-parole des travaillistes a procédé un diagnostic critique de la performance de nos principales industries. Rama Sithanen a commenté les licenciements dans la zone franche, et avance que la situation va s?aggraver avec le démantèlement de l?accord Multi-fibres. ?Les groupes de textile quittent Maurice parce que nous n?avons pu obtenir la dérogation third country fabrics sous l?AGOA (Africa Growth and Opportunities Act). Il y avait la possibilité d?obtenir cette exemption en 2002, mais nous avons mal agi?, dira-t-il.
Les menaces sur le sucre ont aussi été commentées. L?ancien grand argentier estime que les petits planteurs sont laissés à eux-mêmes pour faire face aux effets de la réforme du régime sucrier européen. Les grandes sociétés sucrières peuvent, dit-il, vendre des terres pour pouvoir dégager des revenus, et participent dans la production de l?énergie électrique. ?Les petits planteurs n?ont pas ces possibilités. Il faudrait leur accorder des facilités pour qu?ils puissent participer dans des projets de génération de l?électricité?, affirme le responsable du dossier économique.
Les travaillistes s?attaquent aussi à la politique du tourisme. La nouvelle taxe sur les arrivées va, selon eux, remettre en question une croissance déjà fortement entaillée par plusieurs conditions internes et externes. Rama Sithanen demande le gel des projets hôteliers afin d?éviter une surcapacité dans l?industrie. Il faut, d?autre part, améliorer la visibilité de Maurice à l?étranger.
Les développements récents sur le plan du commerce international ont été passés en revue. L?opposition accuse le gouvernement de ne pas voir les changements à venir dans leur globalité. ?Le gouvernement est en train de voir l?OMC (Organisation mondiale du commerce) en isolation. Il faut aussi tenir compte des autres engagements que nous avons?, commente Sithanen. Il cite à cet effet les négociations prochaines avec la SADC (Southern African Development Community) et le COMESA (Common Market of the Eastern and Southern Africa) ainsi que l?Accord de partenariat économique entre l?Europe et les ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Toutes ces discussions porteront sur la réduction des tarifs douaniers et autres barrières aux échanges internationaux.
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