Publicité
À s?offrir, le « Joshua » de Susan Lutchmeenaraidoo
Par
Partager cet article
À s?offrir, le « Joshua » de Susan Lutchmeenaraidoo
Si nul ne l?a déjà fait, en ces temps d?étrennes et d?attentions mutuelles, offrez-vous sans tarder le Joshua de Robinson de Susan Lutchmeenarai-doo, née Susan Poli. Offrez-vous sans tarder ce bain de fraîcheur littéraire où le charme humoristique de l?enfance se marie harmonieusement à de fructueuses réflexions anthropologiques, sinon philosophiques, sur quelques-unes des bizarreries de la vie à la mauricienne.
Joshua de Robinson a ceci de commun avec l?Astérix le Gaulois de Goscinny et d?Uderzo que plus on relit une de ses aventures, et plus on apprécie les détails ayant échappé antérieurement à notre esprit, entraîné à aller à l?essentiel et à connaître la fin de l?histoire, sans se perdre dans les méandres des détails, en dépit de leur saveur et ingéniosité. C?est dire que Joshua de Robinson peut nous accompagner tout au long de 2007, année de reprise et de relance, espérons pas des sacrifices et des austérités à nous imposés, l?an dernier, entre autres par un budget de moments difficiles qu?on dit transitoires. Ce livre de chevet ne sera pas de trop pour nous aider à reprendre goût à la vie quand les nuages, entre autres budgétaires, voleront plus bas que de coutume.
Nous devons lire et relire Joshua de Robinson pour plusieurs raisons. Pour commencer, nous sommes en présence d?une fine plume mauricienne. Les origines corses, mais insulaires de Susan Poli, n?empêchent guère l?épouse de Vishnu Lutchmeenaraidoo d?être Mauricienne jusqu?au bout des ongles et surtout, de tout son c?ur. Une Mauricienne qui conserve l?avantage sur nous autres de pouvoir nous voir autant du dedans que du dehors. Susan n?a, en effet, qu?à s?imaginer, aux côtés des siens, en Corse ou en France, pour mesurer la distance morale et intellectuelle nous différenciant d?autres populations de l?hémisphère Nord.
Elle met au point un nouveau genre littéraire, fait de nouvelles différentes mais avec des personnages, sinon des héros, communs. La formule comporte des avantages incontestables. Elle échappe à la longueur d?un roman où l?on subit de la première à la dernière page les mêmes personnages baignant dans la même atmosphère. Elle évite également l?inconvénient de devoir, d?une nouvelle à une autre, nous livrer à des rétablissements intellectuels pour sortir d?un monde et des personnages que nous avons appris à aimer et à connaître pour retomber dans quelque chose de différent avec d?autres personnages à découvrir et à distinguer.
Les gais dessous de la politique
Chez Joshua, on peut certes passer des gais dessous de la politique au triste tableau des excès du qu?en-dira-t-on, mais on demeure en pays connu car Joshua, sa mère, son oncle Mario, son ami d?enfance Stellio, sont toujours là pour s?échanger des commentaires et des confidences sur les faits et gestes, ou plus exactement méfaits et rejets, de quelques membres connus ou anonymes de la société de Robinson, pour ne pas dire mauricienne.
C?est dire que Susan Lutchmeenaraidoo excelle dans l?art de créer des personnages. Elle partage ce talent avec d?autres Provençaux comme Pagnol, Giono, Daudet, Audouard. Avec un peu d?imagination on peut même concevoir une procession des santons de Robinson « pélégrinant » les uns à la suite des autres jusqu?au lieu de l?assomption de Joshua. Ajoutons à cela ce don inné de pouvoir traduire avec drôlerie et vérité le langage imagé d?un raisonnement d?enfant si souvent plein de sagesse et de vérité.
Pour comprendre toute la richesse anthropologique de ce recueil de nouvelles, dont on ne finit pas d?apprécier la profondeur de pensée et de réflexion, il convient de passer en revue les nouvelles qui le composent.
Les tonkins de Mama Laloune nous permet de faire la connaissance du gamin Joshua et de son île Robinson qu?il ne faut pas, paraît-il, confondre avec notre île Maurice. On croit son président, Pando, inamovible, mais c?est sans compter avec les magouilles de Mama Laloune qui veut imposer à tous sa frénésie pour les pièces de monnaie, inconnues dans une île pratiquant le troc. Elle séduit un troisième larron. À deux, ils parviennent à supplanter Pando et à imposer à tous les tokens (les nouvelles pièces de monnaie à l?effigie de Mama Laloune). Les habitants se lassent des tokens (les tonkins de Mama Laloune, au dire du facétieux Oncle Mario) et remettent au pouvoir Pando qui se venge, en laissant en circulation les fameux tonkins. Comme quoi on est toujours puni par là où l?on a péché.
Chaque vie est un roman met en scène l?image digne de la vieille Réséda, innocente victime du qu?en-dira-t-on, parvenant ignominieusement à séparer à jamais Roméo et Juliette, Tristan et Iseut.
Retour à la politique avec les Statues de Robinson. Caporal, le fondateur de l?Ananas Republic (à ne pas traduire par la république des nanas), veut bien être statufié à condition que sa statue ne soit pas, de la tête et des épaules, couverte de guano blanchâtre et dégoulinant. Concepteurs de para-fiente, le moment est venu de confronter vos trouvailles avec celle de Suzanne Poli.
À l?ombre de midi met en scène Joshua et son inséparable compagnon de jeux, Stellio, innocentes victimes de l?autorité éducative. Celle-ci enseigne que toute ombre s?efface totalement à midi pile. Pour avoir vainement attendu cette disparition totale, Joshua et Stellio rentrent chez eux après 16 heures et ont droit à une? pile mémorable. Allez faire confiance, après cela, aux élucubrations professorales.
En partance pour la France met en scène une Maman Poule presque mauricienne, déguisée en Madame Claude française. L?île Robinson, qui n?aime pas les ségatiers aux cheveux crépus mais à la voix d?or, déroule devant elle un tapis rouge pouvant faire pâlir d?envie un détenu VIP négociant ministériellement ses conditions d?incarcération. Rose Marie fera preuve d?une plus grande perspicacité et préférera son Rodrigo à la prison dorée que lui concocte la tante Yvonne. Et dire qu?il y a des imbéciles pour alléguer que l?amour est aveugle.
Nouvelles instructives et amusantes
Aline, c?est la pimbêche, affolant les godelureaux qui n?ont d?yeux que pour elle, au point de ne plus percevoir ses caprices sadiques et dominateurs.
Les fleurs de Mémé Jeanne nous entraîne traditionnellement dans les cimetières de la Toussaint et autre fête des morts. Tant qu?il y aura des consommateurs couillons, il y aura des mercantis s?enrichissant à leurs dépens. Qu?on se le tienne pour dit.
La nuit du loup-garou oppose le rationalisme des enfants à la facilité avec laquelle les grandes personnes peuvent tomber dans la pire des psychoses et autres hystéries collectives. Mais pas facile d?être courageux jusqu?au bout quand le souffle du vent, par une nuit sans lune, transforme en autant de fantômes nos haies de fataque, cette grande herbe malgache, introduite par La Bourdonnais, au dire de Thomson (Report on the Forests of Mauritius ? 1880).
Nous restons dans la fantasmagorie avec la boule bleue, mettant en scène un étrange sauvetage, permettant à Stellio d?échapper à une mort certaine, après avoir plongé, avec son vélo tout neuf, dans une rivière en contrebas. On ne badine pas avec le mauvais sort souhaité par une grand-mère aigrie.
Si Stellio échappe miraculeusement à la mort, Joshua disparaît dans les espaces infinis après avoir ferré un gros poisson rouge. L?on espère seulement qu?il reviendra bientôt pour inspirer à Susan Lutchmeenaraidoo d?autres nouvelles aussi instructives et amusantes que celles peuplant son recueil à la gloire de Joshua de Robinson. Su-san-nous-vou-lons-la-suite !
Publicité
Publicité
Les plus récents