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?À ma fille !?
Emotion, joie et satisfaction. Stéphan Buckland est heureux. Heureux de tout ce qui lui arrive, il pense à cette finale d?aujourd?hui, mais surtout à sa petite fille? Stéphan est un père heureux ! ?Cette finale, elle est pour toi !?, lâche-t-il.
Ce soir à 23 h 50, ce sera la course de sa vie. Une course où toute l?île Maurice attend de vivre des moments encore plus intenses? C?est le jour le plus long. L?île Maurice a vibré, hier soir, alors que Stéphan Buckland bouclait son demi-tour de piste en 20.37, dans le sillage du Champion olympique de la distance reine, l?Américain Justin Gatlin (20.35) et son dauphin le Portugais Francis Obikwelu (20.36). L?essentiel était fait. Stéphan Buckland est en finale des Jeux olympiques? (Voir la startlist au bas).
Mais, cartésien comme il est, l?euphorie ne le gagne pas pour autant . Heureux, il l?est, certes, mais l?athlète de haut niveau reprend le dessus.?Demain (NdlR : aujourd?hui), ce sera la course de ma vie. Je vais me jeter à fond dans cette finale. Je vais prendre tous les risques?, insiste Stéphan Buckland.
Tous les risques ? ?Je ne vais pas commettre les mêmes erreurs qu?à Paris. Il faudra que je sois avec tout le monde à la sortie du virage afin de pouvoir être à la bagarre dans la ligne droite, et tout ça en restant relâché?, rassure-t-il. Et d?ajouter : ?je voudrais dire un grand merci à mon épouse, mon coach Hervé Stéphan, Raj roy, Natacha Gopaul, Barnabé Jolicoeur, Serge Seenyen, toute la Cité Mangalkhan, tous mes amis, au Groupe Mon Loisir et surtout à tous ceux qui ne m?aiment pas !?
La finale, on a hâte d?y être.
Mais, quelque part aussi, tant la passion nous envahit, on a aussi peur d?y être. Plus d?un million de Mauriciens seront rivés devant leurs postes de télé ce soir pour vivre l?une des plus belles aventures de notre sport. Que les dieux de l?olympe veillent sur nous ! Rendez-vous donc ce soir à 23 h 50?
L?ÉTÉ 2001
<B>La course qui a tout changé</B>
Sa victoire aux Jeux de la Francophonie face à Bruny Surin, qui était alors le deuxième homme le plus rapide de la planète, l?avait révélé aux yeux du monde. S?ensuivirent les Mondiaux d?Edmonton.
Pour prétendre s?aligner en finale du 200m dans un champ aussi prestigieux que les Mondiaux d?Edmonton, il fallait être audacieux et talentueux. Et apprendre qu?un petit gars de Cité Mangalkhan, quelqu?un de votre connaissance de surcroît, était parvenu à se frayer un chemin dans la cour des géants, en finale d?une course qui promettait de tenir éveillée la planète toute entière, ça ne pouvait que vous glacer le sang.
Quelques jours avant Edmonton, dans l?Ottawa voisine, aux Jeux de la Francophonie, Buckland avait écrit une première fois l?histoire en décrochant une victoire d?anthologie, sur 100m, aux dépens d?un monstre du sprint, Bruny Surin.
L?exploit était d?autant plus grand que le mythique athlète canadien, proclamé parrain des Jeux, avait été champion du monde et champion olympique quelques années plus tôt. Il était à l?époque le deuxième homme le plus rapide de tous les temps avec à la clé un chrono arrêté à 9.84. Un Bruny Surin qui, en outre, évoluait devant son public, sur sa piste fétiche du Terry Fox Stadium, et qui avait été suffisamment insolent pour se couvrir d?or avant d?affronter Buckland.
Placé l?un à côté de l?autre en finale, les deux hommes s?étaient défié du regard avant le départ. Dix secondes, treize centièmes plus tard, et un nouveau record de Maurice au bout de l?effort, le Curepipien levait un point rageur comme pour enfoncer le clou dans la blessure déjà profonde de Surin.
<B>Au nom de tous les siens</B>
Au départ de la finale du 200m des Mondiaux d?Edmonton, il n?y avait pas de Surin. Mais le plateau était néanmoins relevé. Aux côtés du Mauricien figuraient en effet le champion olympique grec Kenteris, le Jamaïcain Williams, le Névissien Collins, les Britanniques Malcolm et Devonish, ainsi que les Américains Little et Crawford.
Le soleil venait à peine de se lever sur Maurice quand, enfin, la télévision française nous projetait sur la ligne de départ. Il était 7 h 30 à Port-Louis, 5 h 30 à Paris, 22 h 30 à Edmonton. Ce vendredi 10 août 2001 appartenait à l?histoire, les Mauriciens le savaient.
À Cité Magalkhan plus qu?ailleurs, les coeurs étaient fébriles. Dans la modeste demeure des Buckland, il y avait foule. Ils voulaient tous voir leur Téfan. ?Ene zenfant guetto couma nous ça?, clamaient du reste de jeunes habitants du quartier sous le regard amusé de Jean-Bertrand, le père de Stéphan. Ils ne pouvaient ignorer que c?était au nom de tous les siens qu?allait courir Stéphan.
À défaut de pouvoir compter sur de bien pâles sprinters français pour flatter l?orgueil de sa grande métropole, Patrick Montehl, présentateur de France 2, n?avait lui aussi d?yeux que pour notre compatriote. ?Quelques chose me dit que Buckland va réaliser une grande performance aujourd?hui?...
Quand enfin fut donné le départ, les coeurs avaient cessé de battre à travers le pays. Vingt secondes et quatre centièmes plus tard, Kenteris venait rappeler à toute l?humanité qu?il était le maître incontesté de la distance. Mais derrière, ils étaient six à franchir la ligne dans la même foulée, dans le même souffle. Parmi, Buckland.
Jamais dans les annales de l?athlétisme n?avait-on vu un 200m aussi disputé. Le Mauricien, brillant malgré un temps de réaction inférieur estimé à 0.179, terminait finalement sixième, à seulement quatre centièmes du médaillé de bronze, Shawn Crawford.
?J?ai fait de mon mieux. Je n?ai pas de reproche à me faire. Après tout, ce n?est pas donné à tout le monde d?être sixième mondial sur une distance aussi sélective que le 200m?, nous confiait-il, au téléphone, quelques heures après sa finale.
Et à quoi pensait-il au moment du départ ? ?On n?a pas le temps de penser à qui que ce soit et à quoi que ce soit. On est dans sa course. Tout se passe très vite. Avant le départ en revanche, mon coeur était avec les Mauriciens. Je savais qu?ils étaient tous derrière moi, qu?ils avaient prié moir moi. Ça m?a transcendé.?
L?euphorie, on le sait, fait naître les rêves les plus fous. Et au lendemain de sa course d?anthologie, une question était sur toutes les lèvres. Jusqu?où ira Stéphan Buckland ? ?Seul le temps nous dira s?il peut être champion olympique,? le répondait Jacques Dudal, alors directeur technique national. L?heure est venue de connaître la réponse.
GALERIE DES PORTRAITS ? STÉPHAN BUCKLAND
<B>Chasseur de podium</B>
Edmonton, Sydney, Paris, maintenant Athènes, Stéphan Buckland, 27 ans, poursuit sa quête du Graal.
Et il nous emmène, volontiers, avec lui dans sa folle course au podium. Et cette histoire de folie a commencé en 1985 sans qu?on ne le sache.
Sous l?impulsion de son père, Jean-Bertrand, il se met à la pratique du sport. Toutefois, ce n?est pas par l?athlétisme qu?il débuta, mais bel et bien par le judo. C?est cette année-là que Joseph Mounawah remportait la médaille d?or aux Jeux des îles de l?océan Indien qui se tenaient à Maurice. Tout un symbole pour le jeune Stéphan? Il goûtera au volley, mais se tournera définitivement vers l?athlétisme sur les conseils de son père.
<B>Sans tambour ni trompette</B>
La belle aventure de Stéphan pouvait, enfin, commencer avec ses titres de champion minime en 1992 et d?autres consécrations sur le plan national.
À cette époque, nul ne songeait, ne serait-ce qu?une seconde, que le jeune Stéphan serait un jour double finaliste des Mondiaux d?athlétisme, triple médaillé d?or aux Jeux de la Francophonie, entre autres.
Depuis 1992 à la grande époque des Intercollèges, Stéphan Buckland tracera sa route, sans tambour ni trompette, avant d?exploser aux yeux du monde en 2000 à Sydney où il accrocha une place de demi-finaliste. L?année suivante, l?habitant de Cité Mangalkhan confirma sa progression aux Jeux de la Francophonie en remportant l?or sur le 100m, 200m et avec le relais du 4X100. Un mois plus tard, il permet à toute la nation mauricienne de rêver en atteignant la finale des Championnats du monde à Edmonton.
Au sommet de sa forme en 2002 aux Jeux du Commonwealth, il sortira des demi-finales à cause d?une blessure. Ce n?était que partie remise. De retour définitivement à Maurice pour s?entraîner, Stéphan Buckland améliora après quelque temps le record de Maurice du 200m (20,06), à Paris, lors des championnats du monde où il termina à la cinquième place de la finale.
Cette année, il a abordé les JO comme numéro un mondial et n?a ni plus ni moins le rêve que font tous les Mauriciens : être sur le podium.
INTERVIEW ? STÉPHAN BUCKLAND
<B>?Je vais prendre des risques?</B>
Stéphan Buckland ne veut surtout pas rater sa première finale olympique. Il a de bonnes jambes et il va prendre des risques !
? <B>Quel est votre feeling après votre qualification pour la finale du 200 m ?</B>
? Je suis forcément heureux. J?ai atteint mon objectif. À présent, je laisse tomber la pression. Et demain (NdlR : aujourd?hui) on verra. Je me sens fier également d?être en finale et de représenter mon petit pays. D?ailleurs, je tiens à remercier la nation mauricienne pour son soutien. Et, comment ne pas penser à ma femme et ma fille, mon physio, Natacha Gopaul, qui se met en quatre pour mon bien-être, Raj Roy qui nous aide même par téléphone, ma famille, mes amis de la Cité, Barnabé Jolicoeur mon coach à Maurice, Hervé Stéphan et mon sponsor le groupe Mont Loisir. Et sans oublier tous les gens qui ne m?aiment pas.
? <B> Les conditions sont-elles réunies à Athènes pour que vous soyez au top ?</B>
? Techniquement, je n?ai pas de soucis. Mais, j?ai eu de gros problèmes pour faire entrer mon physio dans le village des Jeux. C?est dommage que les dirigeants mauriciens aient d?autres priorités que leurs athlètes. De plus, j?ai appris que ma vie privée a été étalée au grand public. Ça m?a franchement dérangé et perturbé psychologiquement. Je tiens à préciser que ma vie privée ne concerne strictement personne. Et je pense que ça s?applique à tout le monde.
? <B>Quel va être votre plan pour la journée de demain (Ndlr : aujourd?hui) ?</B>
? Ça va être une journée tranquille. Beaucoup de relaxation et de récupération en espérant qu?on ne va pas me gâcher la journée.
? <B> Sur le plan technique et physique, comment vous sentez-vous ?</B>
? J?ai fait trois bonnes courses. Il va falloir répéter sinon faire mieux pour la finale. Je serai dans le 7e couloir. Ce qui me pousserait à faire une course en solo. Et je vais prendre des risques tout en évitant les erreurs commises à Paris l?année dernière où j?étais parti trop vite. Mes derniers 80 mètres étaient pénibles.
? <B> Le septième couloir ne vous pose pas problème ?</B>
? Il y a définitivement mieux. Mais je préfère le 7e au 2e. Je vais faire une course sans me soucier des adversaires.
? <B>La pression va sans doute monter d?un cran avant la finale ?</B>
? Je ne crois pas forcément que ce sera le cas. N?empêche qu?il y a certaines personnes dans le camp mauricien ici qui ne peuvent s?empêcher de me déranger.
? Et le dopage?</B>
? Comme vous l?avez sûrement remarqué, je n?ai pas raté l?occasion d?en parler sur France 2 après ma qualification. C?est clair qu?avec l?actuelle campagne des autorités, l?athlétisme retrouve de ses couleurs. On va vers un nivellement à mon avis. N?empêche que je trouve les décideurs assez cléments dans leurs sanctions. J?aurai préféré que les tricheurs soient bannis.
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