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À l’assaut des vivres…pour survivre

16 octobre 2005, 00:00

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La tension est montée cette semaine à Muzaffarabad, capitale du Cachemire sous administration pakistanaise où, après le séisme, la population était toujours très largement abandonnée à elle-même. Ainsi, à plusieurs reprises, mardi, des habitants affamés, à bout de nerfs, ont pris d’assaut des camions d’aide, s’arrachant les uns aux autres des paquets de dattes, des sacs de riz, des couvertures.

Un camion de l’organisation Islamic Relief a même été abandonné par ses chauffeurs apeurés par des hommes munis de piques de fer qui se battaient pour son contenu. Un autre, chargé de dons des habitants de Mirpur, et qui se dirigeait vers un camp de réfugiés, a été intercepté et vidé de sa charge en moins de cinq minutes.

Portant encore son uniforme qu’il avait le jour du séisme, Hussein Shah, 14 ans, a réussi à s’emparer avec un ami de six paquets de dattes et de deux paires de sandales. Assise sur une tente pliée avec 12 petits paquets de lait à ses pieds, Anwar Bibi, mère de quatre enfants, protège son butin que lui a jeté un des accompagnateurs du camion, attendri par ses pleurs. « Cette tente est un trésor, dit Anwar Bibi. Cela fait trois nuits que nous dormons à la belle étoile et la nuit dernière il a plu. Nous n’avons que les vêtements que nous portons », explique-t-elle.

La détérioration de la sécurité inquiète fortement l’armée pakistanaise. « La population est de plus en plus désespérée car les secours n’arrivent pas », admet le major Farooq Nasar, porte-parole de l’armée au Cachemire.

« Nous espérions à la fin de cette journée être capables d’envoyer des secours et des médecins vers les positions les plus avancées, mais avec cette pluie tout est arrêté », dit-il alors que la grêle tombe dru sur Muzaffarabad, faisant baisser la température de plusieurs degrés et inondant les camps de déplacés sommairement installés dans la ville. Trois hélicoptères américains gros porteurs Chinook ont, en une rotation mardi matin, apporté des secours et évacué vers Islamabad tous les blessés qui attendaient sous des tentes autour de l’héliport, mais ils ne sont pas revenus l’après-midi, au grand désespoir de beaucoup.

Pour tenter de contrôler la situation, l’armée « va faire escorter les camions apportant des secours et va patrouiller la nuit », affirme le major Farooq, pour empêcher les vols et pillages, qui se multiplient.

Accélérer les opérations et contrôler la situation</B>

L’entrepôt du Programme alimentaire mondial (Pam) de l’Onu a été dévalisé. Dans le principal marché de Muzaffarabad, totalement détruit, des commerçants veillent, fusil à la main, devant les ruines de leur échoppe. Les pickpockets sévissent, notamment dans les camps de déplacés où les familles sont rassemblées sous des toiles ouvertes. « Mon frère vient de se faire voler tout l’argent qu’il avait réussi à sauver, soit 50 000 roupies (800 euros environ) », affirme Bushrat, 25 ans.

Les sinistrés risquent toutefois d’attendre encore plusieurs jours des secours car, selon le général Sallahudin, commandant militaire des territoires du Nord et du Cachemire, ce n’est qu’« à la fin de la semaine que l’armée sera en mesure d’établir des bases avancées dans les vallées de la Jhelum et de la Neelum. Il est très difficile d’atteindre chaque village car ceux-ci sont très dispersés et nous allons établir dans chaque vallée, là où peuvent se poser des hélicoptères, cinq ou six bases avec des vivres, des médecins, des secours. Les gens devront y venir », explique-t-il. L’armée, qui dispose déjà sur place de huit bataillons, va en faire venir quatre autres pour accélérer les opérations et aussi contrôler la situation.

Leur tâche est loin d’être achevée</B>

En attendant, sur les chemins menant à Muzaffarabad, les survivants des villages sinistrés arrivent par petits groupes, implorant de l’aide à chaque personne. Beaucoup sont exténués. Une mère portant son fils pleure silencieusement. « Avec l’aide de Dieu, nous cherchons juste un petit endroit sûr pour nous poser », implore Wassim Ishaq Khan, 22 ans, qui a perdu sa belle-mère, son neveu et beaucoup de ses amis.

Les secouristes étrangers nombreux à Muzaffarabad travaillent dorénavant sans relâche pour dégager les corps coincés sous les débris et ont même réussi à retrouver mardi une vingtaine de survivants. Devant l’hôpital général, qui est totalement détruit,des corps abandonnés, recouverts d’un drap blanc attendent toutefois d’être enterrés.

Partout le long des rues, on croise des petites processions suivant un corps porté à bout de bras sur un brancard. Les volontaires du Dawat Islami, un mouvement sunnite barelvi, reconnaissables à leurs turbans verts assurent aux morts les derniers rituels. Et rien qu’à Muzaffarabad, leur tâche est loin d’être achevée.

<B>@ 2 005 Le Monde – Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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