Publicité
«Une voiture est aussi un engin de mort»
Par
Partager cet article
«Une voiture est aussi un engin de mort»
Didier n?impose pas tant par sa taille ? il fait 1 m 72 ? que par son gabarit. Son immobilité forcée d?un mois et demi n?a pas fait fondre ses muscles, même si son visage paraît émacié. Son pied gauche est plâtré du genou aux orteils et repose sur le fauteuil en face de lui. Son bras gauche est bandé du poignet à l?épaule. A ses côtés, deux béquilles...
Sa tante, Marjorie, chez qui il a emménagé depuis l?accident pour être près de l?hôpital Victoria, en raison de soins hebdomadaires obligatoires à son bras, explique qu?elle doit aussi lui tenir la jambe lorsqu?il se déplace avec ces supports. «A part televizyon ek pran ler dehor, pena narie pou fer», confie Didier, 33 ans. Jusqu?au 30 octobre, il habitait chez lui, à Port-Louis, avec son épouse, Sylvana, et Gwenaëlle, leur fille de quatre ans. Il était vigile pour une compagnie assurant la surveillance du port et du port franc.
Didier ne se déplace qu?à moto. «Je fais de la moto depuis l?âge de 14 ans.» En ce dimanche fatidique, il passe chez ses beaux-parents à Camp-Levieux avant de regagner Port-Louis. A une jonction près de Roches-Brunes, une voiture venant en sens inverse double un autre véhicule et lui fonce dessus. «Je n?ai vu qu?un flash blanc, à croire qu?on me prenait en photo. Et puis j?ai senti mon corps passer sur quelque chose.»
Il s?agit du dôme de la voiture qui l?a percuté. «Il paraît que j?ai survolé le pare-brise, le dôme et que je suis tombé derrière la voiture. Je n?en ai aucun souvenir.» L?ambulance du service d?aide médicale d?urgence le transporte à l?hôpital.
Allocation
Au cours du trajet, il perd à nouveau connaissance. Il se réveille durant l?intervention, lorsque le médecin recoud les quatre profondes entailles dans son bras gauche. Le tendon sectionné est recousu. Il présente aussi deux vilaines fractures au tibia, une juste sous le genou et l?autre au milieu de l?os. Il est plâtré. Didier ne peut plus fermer sa main complètement et a une insensibilité à l?auriculaire gauche. Ce serait irréversible. «Heureusement que je suis droitier.»
Il saura, dans six semaines, s?il va retrouver l?usage de sa jambe ou s?il en gardera des séquelles. «Je sais seulement qu?avec une seule main qui fonctionne normalement, je ne pourrai plus être vigile.» Ne pas travailler constitue un manque à gagner de Rs 12 000 dans les revenus familiaux. Sylvana travaille dans une usine textile et ne gagne que Rs 3 000. Grâce à l?attestation du médecin qui le suit, il a pu percevoir une allocation de la Sécurité sociale de l?ordre de Rs 2 450. «Mon prochain rendez-vous médical est le 19 janvier. C?est là que je saurai si je me qualifie une fois de plus pour cette allocation ou pas.»
Aux automobilistes et autres conducteurs de véhicules lourds, il demande pitié pour les motocyclistes. «Vous ne tenez pas qu?un volant entre vos mains. C?est aussi un engin de mort. Zot bizin take care bann motosiklet, siklis, ek pieton? »
Publicité
Publicité
Les plus récents